Dis, si on jouait aux policiers et aux voleurs? Le second polar d'Ingrid Astier, Angle mort, commence par un violent braquage au Parc de la Villette et se transforme rapidement en chasse à l'homme à travers Paris. En guet-apens autour du parc, les policiers assistent impuissants à la mort du convoyeur, tué à coups de batte de baseball.
L'incendie, mais surtout les cargaisons d'immigrants Irlandais qui débarquent à pleins quais; malades, pauvres, affamés. Ces « voleurs de jobs » chassés de leur pays par la maladie de la patate qui apportent leur foi catholique (papiste) au pays du protestantisme. Les natifs déclenchent presque une guerre civile contre les nouveaux arrivants et lorsqu'ils apprennent par les journaux la présence d'un charnier, qu'on découvre un autre le cadavre d'un autre garçonnet dans une poubelle, puis l'assassinat d'un enfant dans une église papiste, la violence s'exacerbe davantage. Un fou veut tuer tous les Irlandais avant qu'ils ne contaminent la ville.
Nous sommes à Denver, Colorado, en 2035. Les États-Unis d'Amérique ont subi le même sort que les grands empires du passé. Non seulement ont-ils perdu toute influence sur le reste du monde, mais une partie de leur territoire a été conquis par la reconquista du Nuevo Mexique. Une guerre civile meurtrière fait rage en Californie. Le Texas a déclaré son indépendance et est devenu une République. Les autres États croupissent sous l'influence du Japon, le grand gagnant de l'effondrement américain et asiatique.
Anima s'ouvre sur une scène d'une rare violence: la femme de Wahhch a été violée et assassinée selon un sinistre "rituel" par un Indien Mohawk. Cette scène, c'est un chat qui la raconte, puis il cède la parole à un oiseau. Ainsi, de chapitre en chapitre, ce sont des animaux de toutes races qui voient et qui content: chiens, loups, chauve-souris, rats, grues, insectes divers, les points de vue changent sans cesse mais sans que l'unité du récit n'en soit affaiblie.
Patrick Senécal met en mots la petite communauté de Saint-Trailouin et son improbable cégep Malphas, du nom d'un obscur démon. Complètement lâché lousse, il explore cet univers avec un bonheur jouissif, imaginant souvent le pire, décrivant l'odieux enrubanné d'un humour grinçant, ironique, sarcastique, voire sadique.
Caryl Férey, possiblement le plus singulier des auteurs français contemporains, se distingue à nouveau avec son dernier titre, Mapuche. Après avoir exploré la Nouvelle-Zélande dans les très remarqués Haka puis Utu, Caryl Férey a livré le terrible et combien efficace Zulu, Afrique du Sud . Avec Mapuche, son regard change de continent pour se poser en Amérique du Sud, dans le déchirant présent de l'Argentine.
Mais s'il y a beaucoup d'auteures qui s'adonnent au polar, force est d'admettre qu'elles se cantonnent majoritairement au roman d'enquête et au suspense. C'est ici que nous revenons à la chronique régulière, car notre sujet du jour, vous l'aurez déduit est une femme, une auteure française qui ne fait pas dans la dentelle! Elle s'empare du roman noir et le secoue avec une stylistique, une prose, un souffle qui surprend le plus aguerri des lecteurs.