Il y a quelques années, j'étais dans un café avec un groupe de Françaises qui venaient de déposer leurs enfants à l'école. Elles étaient exactement le genre de mères que je connaissais aux États-Unis: intelligentes, éduquées, assez élégantes et dévouées à leurs enfants. Mais quand j'ai évoqué les activités extrascolaires, ces Parisiennes m'ont soudain semblé très éloignées de moi...
Je suis partout dans leur vie d'enfants et pourtant j'ai très peu de photos de moi avec eux. Un jour, je ne serai plus là, mais je veux qu'ils aient des photos de moi. Je veux qu'ils voient comme je les regarde, comme je les aime. Je ne suis pas parfaite à regarder, ni à aimer, mais je suis "parfaitement" leur mère.
La seule raison pour laquelle Time a choisi de publier cette photo d'allaitement prolongé est la publicité. Time a désespérément besoin de lecteurs, et le seul moyen d'en attirer est de susciter la controverse. En 2012, le lecteur moyen achète un magazine s'il y trouve des articles ou des auteurs renommés qu'il ne peut pas retrouver ailleurs. Et lorsque ce n'est pas le cas, la loi des rendements décroissants fait qu'une publication doit se rabattre sur des sujets de plus en plus controversés.
Ma mère a toujours aimé les géraniums. Parce que toutes les femmes du monde, me répète-t-elle souvent, ont un géranium à la fenêtre. Ou peut-être un laurier rose. Sauf peut-être dans les camps de réfugiés ou dans les rues de Homs, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'en rêvent pas. Ces fleurs sont des éclats de vie, qui ne servent qu'à accompagner le quotidien, à embellir, à adoucir. Peu d'enfants les remarquent, y accordent de l'importance, sauf pour s'en moquer peut-être, comme d'une autre lubie des mères.
J'ai repensé aux questions et commentaires entendus en tant que mère qui travaille. Je ne pense pas que quiconque ait voulu se montrer impoli ou critique à dessein, mais j'ai été surprise des propos bien intentionnés tenus par les gens à des mères qui ne s'occupent pas de leurs enfants à plein temps.