Il est peut-être bon de prendre un petit temps d'arrêt dans toute cette crise étudiante - l'espace d'un après-midi de début d'été, je vous rassure! - afin d'apprécier, dans ses plus infimes ramifications, la portée du mouvement. Étant moi-même un épicurien devant l'Éternel (si tant est qu'il existe!), j'ai profité comme beaucoup de gens de l'après-midi ensoleillé de jeudi afin de m'attabler avec trois amis à la terrasse d'un restaurant l'espace d'une petite heure.
Le mouvement des femmes au Québec s'est bâti précisément sur le contournement de la loi interdisant l'avortement. Comme bien d'autres féministes à l'époque, j'ai aidé des femmes à avorter dans la plus parfaite illégalité. Arrêtez-moi quelqu'un. Il y a parfois des gestes plus dignes de respect, certainement plus courageux, que de simplement faire les génuflexions d'usage devant la primauté du droit. On comprend, bien sûr, le besoin de juristes et politiciens de réitérer leur attachement aux règlements démocratiques puisque leur pain et beurre en dépend.
Depuis le début de la grève étudiante, le gouvernement et la plupart des éditorialistes et commentateurs ne cessent de s'en prendre à Gabriel Nadeau-Dubois, le leader de la CLASSE. Pourquoi donc? Parce qu'il est le seul à garder le cap sur la raison qui a amené les étudiants à entrer en grève : la hausse des frais de scolarité. Sans Gabriel Nadeau-Dubois, ce réveil des étudiants et, plus généralement, de la population québécoise, aurait-il lieu? Permettez-moi d'en douter.
Le mouvement progressiste respecte la démocratie quand cela fait son affaire. Quand un gouvernement légitime adopte une loi qui va à l'encontre de ses intérêts, il crache sur la démocratie et il va manifester dans la rue pour l'intimider et la faire reculer. Il faut que les gauchistes comprennent qu'une société civilisée ne peut pas fonctionner comme cela. Un gouvernement ne peut pas céder devant la violence et l'intimidation.
Il est désolant de voir un député, Ami Khadir, si solidaire soit-il, flirter avec la désobéissance civile et gonfler les voiles de la CLASSE. Le chef de Coalition Avenir Québec, François Legault, suggère que le premier ministre annonce des élections à l'automne pour faire sortir la pression. Est-ce que l'annonce d'élections en octobre faciliterait le retour en classe en août? On peut cultiver un petit doute.