Peu importe la résultante, peu importe la résolution du conflit, la grève étudiante de l'année 2012 sera synonyme d'une démonstration sans équivoque du pathétisme postmoderne dont souffre la société québécoise. D'un côté, il existe un regroupement d'étudiants, divisé en diverses factions qui ne représentent pas les mêmes intérêts et qui ne défendent pas la même idéologie, mais qui parle au nom desdits étudiants comme étant un tout uniforme et homogène sans représenter la majorité de ces derniers.
Les médias sociaux tuent les idées à trop les répéter. Demain, à l'avoir trop consommée, l'ignominie de Charest ne sera qu'une banalité. Notre colère sera déjà consumée, comme un feu trop attisé. Demain, les petits chats seront de retour sur notre Facebook, et nous boirons notre Oasis. Et Charest, de continuer de sourire.
L'efficacité de la grève étudiante secouant le Québec depuis plus de dix semaines fut remise en question à maintes reprises en raison notamment de l'absence de pourparlers entre les leaders étudiants et le gouvernement. Il y a tout au plus quelques jours, le conflit semblait se diriger tout droit vers l'impasse : des factions du mouvement protestataire commettaient des actes de vandalisme alors que le gouvernement se montrait tout aussi intransigeant envers les revendications étudiantes qu'il ne l'avait laissé paraître depuis le début de la grève. Évidemment, cette radicalisation des camps n'augurait rien d'enviable quant à l'issue de la crise.
L'annonce effectuée dimanche par la ministre Beauchamp en ce qui concerne l'instauration d'une commission indépendante permanente sur la gestion des universités constitue un premier pas notable vers la mise en place d'une table de négociation. Il s'agit là d'une belle opportunité pour le mouvement étudiant, qui la saisit d'ailleurs en acceptant l'invitation.
J'ose encore croire que Line Beauchamp est une femme raisonnable. Penser le contraire équivaudrait à verser dans le même cynisme que je dénonçais récemment. Son calme apparent, son ton posé et sa volonté d'écoute lors de son arrivée en 2010 à son actuel ministère étaient pourtant de bon augure. Je ne peux concevoir qu'elle puisse se croire elle-même crédible lorsqu'elle a affirmé que Pauline Marois aurait été responsable de débordements futurs suite à la manifestation du 22 mars dernier.
Les déprédations malhabiles des étudiants ne sont rien à côté du pillage étatisé que le Québec est en train de subir. Creuser le sous-sol dans la cour des gens, ça c'est du vandalisme. Fracturer la roche et contaminer la nappe phréatique, c'est aussi du vandalisme. Vider le territoire québécois de ses ressources et les donner à des compagnies étrangères qui vont en tirer des profits faramineux, c'est encore du vandalisme de haut vol. Détourner l'argent des contribuables pour bétonner le Grand Nord au profit des compagnies minières, c'est du vandalisme. Vendre pour une poignée de pain l'exploitation des étendues encore vierges sans aucune garantie environnementale, c'est du pur vandalisme.
Dans le contexte actuel, il est d'une malhonnêteté déconcertante de dire que la ministre de l'Éducation refuse de s'asseoir avec les leaders étudiants. Négocier veut dire faire preuve d'un minimum de flexibilité. Ce qui a été fait afin de répondre à chacune des raisons pour lesquelles les associations étudiantes disaient s'opposer à la hausse des droits de scolarité.
On critique l'entêtement idéologique des jeunes dans la rue, mais qui des deux, gouvernement ou étudiants, est le plus aveugle à votre avis? Même si les étudiants sont forcés de réintégrer leurs classes, et ils devront bien le faire à un moment donné, la grogne est désormais plus large, le besoin de s'exprimer plus vaste et la nécessité de reprendre ce qui nous appartient, de plus en plus aiguë.