Les résultats du recensement démontrent encore une fois des gains appréciables sur pour la langue française. Ceux qui parlent d'une crise en observant la diminution de la population de langue maternelle de langue française oublient de considérer que le déclin qu'ils observent s'explique simplement par le fait que la population d'immigrants allophones augmente plus rapidement que celle des francophones.
L'élection d'un gouvernement minoritaire le 4 septembre dernier a rapidement conduit les analystes à comprendre que le gouvernement Marois devra négocier avec l'opposition pour faire voter certains éléments de son programme. Selon Michel David du Devoir, «le PQ ne sera pas en mesure de mettre en œuvre la 'gouvernance souverainiste'. Il faudra oublier la 'nouvelle loi 101' tout comme la citoyenneté québécoise, sans parler du référendum d'initiative populaire» (RIP).
Ce clivage linguistique est la résultante de la mise en concurrence progressive de deux communautés linguistiques et culturelles dans la région de Montréal. En effet, après l'échec référendaire s'est opérée une mise en concurrence entre les deux groupes linguistiques francophones et anglophones. Depuis le discours de Lucien Bouchard au Centaur, mais particulièrement depuis le règne de Jean Charest en 2003, la communauté anglophone est en pleine expansion dans la région de Montréal et recrute constamment de nouveaux membres venant du Canada, des Etats-Unis et de l'immigration internationale.
Cette progression du français trouve ses racines dans une observation très simple: le français semble être naturellement la langue de choix pour s'enrichir au Québec. Les études économiques démontrent que depuis les années 1970, ce sont les francophones - toutes choses étant égales par ailleurs - qui ont la croissance la plus rapide des revenus. À l'époque lorsque l'anglais était la langue des affaires au Québec, il était logique que les immigrants veuillent parler l'anglais. Aujourd'hui cependant la langue des affaires est le français, et les chiffres sont à l'appui.
Bien que la chef du PQ ait tenté de corriger son «improvisation», on voit ce qui se cache au fond du sac...Celle qui maîtrise l'anglais avec plus de peine que plusieurs des jeunes étudiants francophones à qui elle envisage barrer l'accès aux Cégeps anglophones, mène une campagne musclée, alimentée par une exclusion inconsciente des autres communautés et de leurs enjeux.
Notons d'abord que les néo-québécois et les francophones de souche qui s'inscrivent dans les collèges anglophones ont fait au préalable 11 années de scolarité en français. Leur choix se fonde sur un désir de mieux maîtriser la langue de Shakespeare pour bien réussir dans la vie. S'il est indéniable que plusieurs se rapprochent ainsi de la communauté anglophone, ils ne deviennent pas pour autant des assimilés au terme de ce processus et ne désapprennent pas à parler français.
Ayant maints astres alignés pour être potentiellement favori le 4 septembre prochain, mais ne sachant pas capitaliser sur des idées substantives pour notre société, le PQ y va ces jours-ci de son modus operandi moderne qui a mené de grands esprits comme Jean-Martin Aussant à quitter ce parti: le populisme de peur. Je fais référence ici, entre autres, à la proposition du PQ d'étendre la loi 101 au CÉGEP pour empêcher les étudiants francophones de fréquenter un CÉGEP public anglophone. La grande société, Mme Marois, on la bâtit derrière des barbelés?
Mais d'où viendrait ce «goût renouvelé pour la chasse aux Anglos» selon M. Kelly-Gagnon? Elle découlerait, dit-il, «d'une anxiété accrue [...] liée à cette idée que le fait français serait en péril au Québec». Et pour contrer cette idée, il suffirait de noter, que si la proportion de francophones diminue à Montréal, c'est simplement parce que «les Québécois francophones - surtout les couples avec jeunes enfants - quittent Montréal pour les couronnes nord et sud dans une proportion plus grande que les anglophones».
Un citoyen québécois peut préconiser en toute légitimité que l'on renonce à nos efforts de mise en valeur du français comme langue commune au Québec. C'est un choix. Un citoyen peut faire le pari qu'une anglicisation, passive et progressive ou voulue et accélérée, est une option préférable à la tension linguistique qui semble ne pas vouloir se résorber. On peut même croire que la question de la souveraineté serait réglée du même souffle. Ce n'est pas mon choix.
La cohabitation de l'anglais et du français sur un même territoire est d'abord une richesse culturelle inestimable. Ces deux langues s'accompagnent en effet d'idéologies et de philosophies complémentaires qui nous permettent une plus grande ouverture au monde en multipliant les opportunités d'affaires et d'échanges humains internationaux.