Comment est-ce possible de dénigrer des héros comme Jacques Parizeau ou Lucien Bouchard? Aussitôt que ces grands cerveaux québécois expriment une opinion étoffée par l'expérience, ils sont nombreux à grimper sur les tréteaux pour les inviter à réintégrer leur tanière et à se taire. Eux, qui ont laissé leurs empreintes indélébiles sur le Québec. Ne sommes-nous pas capables d'honorer des héros autres que les joueurs de hockey et les humoristes?
Rien de ce que M. Jacques Parizeau ne pourra dire à mon sujet n'entamera l'énorme respect que j'ai pour l'homme et sa remarquable contribution à l'histoire du Québec. Je lui dois aussi d'avoir accepté de faire de moi son conseiller spécial (et non son bras droit, qui était Jean Royer) pendant qu'il était premier ministre. Je lui en serai toujours reconnaissant. Nos relations ont connu des hauts et des bas, lui et moi, depuis la fin de notre lien d'emploi.
En écoutant la radio mardi dernier, j'ai réalisé que Jacques Parizeau est un nobody pour bien des gens. Un nobody dont l'opinion vaut autant que celle de n'importe qui. Est-ce simplement une extension du peu de reconnaissance sociale que l'on témoigne envers nos aînés? Il y a quand même quelque chose d'indécent là-dedans. On devrait collectivement accorder plus de mérite aux interventions de nos anciens premiers ministres (péquistes). D'abord parce qu'il est sain et souhaitable qu'ils participent toujours au débat public. Mais aussi parce qu'ils disposent d'une incroyable expérience politique et publique qui ne peut être que bénéfique.
Comment rater la première journée de rentrée parlementaire? Voter avec l'opposition pour dénoncer ses propres compressions en éducation, composer avec un député (Daniel Breton) qui roupille au début de la période des questions et passer l'avant-midi à répondre à Jacques Parizeau sur la gratuité scolaire.
Toujours fin analyste, Jacques Parizeau l'a constaté, et dans le cadre d'une conférence a fait un rapprochement de ce mouvement avec la Révolution tranquille des années 60, dont il a été un des artisans. «Cela, a-t-il dit, sent, à l'heure actuelle, un extraordinaire réveil d'une génération...» Par leur courage, leur générosité et leur détermination, les étudiants québécois ont déclenché un soulèvement collectif d'une rare ampleur, qui attire l'intérêt, voire l'admiration, du monde entier.