Ce n'est pas un secret que la population d'itinérants est largement affectée par des troubles mentaux de toutes sortes. Schizophrènes, épileptiques et autistes sont laissés à eux-mêmes; les organismes communautaires, les travailleurs de rue ont beau se démener, la tâche est non seulement lourde, mais elle n'est pas simplifiée par des autorités espérant souvent une solution plus rapide et discrète, pressées qu'elles sont par des acteurs économiques influents.
Un instant j'ai voulu, moi aussi, apporter ma contribution à cette remise de récompense en ajoutant un nom à la liste des personnalités m'ayant marqué cette année, quand je me suis aperçu qu'il n'avait pas de nom, que personne n'en avait jamais parlé, et que personne n'en parlerait jamais. Et pour cause, c'est un tas. Et un tas n'as pas de nom, c'est bien connu.
Devant un café au coin de la rue, un sans-abri. Trentenaire, brun, bel homme les yeux verts, sa barbe est fournie et négligée. De corpulence athlétique, il ne semble pas diminué physiquement. À ses pieds recroquevillés en tailleur, pas de chien, mais un écriteau appelant à l'aide quêtant pour une menue monnaie. Dans sa vieille casquette usée par le temps, deux pièces de deux dollars se battant en duel. Qu'est-ce qui oblige cet homme à mettre sa fierté de côté et à tendre la main, prêtant en même temps le flanc au jugement et à l'indifférence?