Cher Dominic Maurais, c'est bien évident que je ne te veux aucun mal et que je ne te souhaite aucun malheur, ni à personne d'ailleurs. Je reconnais que j'ai pu tenir des propos un peu durs à ton égard et je ne me rendais pas compte que tu étais sensible à ce point. Je crois que tu sais très bien que dans le débat public, on donne des coups, verbalement, et on en reçoit, verbalement.
Je comprends et je respecte le sentiment de douleur causé par le départ de celui qui fut président du Vénézuéla pendant les quatorze dernières années. Je respecte, et je suis émue, lorsque je lis la douleur de mes amis chavistas. Mais je ne peux pas m'empêcher de raconter et d'expliquer, au moins à ceux qui habitent ces latitudes, pourquoi tout le Vénézuéla ne pleure pas la mort de Chavez.
Hugo Chávez a bravé ce que peu d'autres dirigeants de pays en voie de développement ont osé: il a dénoncé haut et fort l'impérialisme euroaméricain. Tel El Libertador Simón Bolivar avant lui, le président vénézuélien n'a point accepté le principe de pauvreté perpétuelle imposé à son peuple. Il s'est insurgé contre la subjugation, il s'est élevé contre la corruption, il a revendiqué pour tous ceux qui, écrasés par l'abattement et le désespoir, n'avaient de force que pour ramper.
Hugo Chavez a mis en scène le divorce entre États-Unis et Amérique du Sud et l'a globalisé par ses talents oratoires ainsi que son génie de la provocation. Mais ce n'est pas le président vénézuélien qui l'a inventé. Il a soufflé sur les braises de l'hostilité des dirigeants de gauche latino-américains vis-à-vis de leur puissant voisin du Nord.
La vie est mal faite. Et bizarre à la fois. Hier matin, j'ai eu envie de t'écrire cette lettre, peut-être que j'ai eu un pressentiment. Ceci dit, j'aurais préféré que cette lettre soit pour te souhaiter prompt rétablissement. C'est pour ça que la vie est mal faite. Même si on ne s'est jamais rencontré, je te considérais comme un ami, comme un camarade. Je pleure ta mort, comme j'ai pleuré celle de mon propre père, probablement comme un Noir-américain a pu pleurer celle de Malcolm X.
La mort du dirigeant vénézuélien Hugo Chavez va être profondément déplorée par le gouvernement chinois. Officiellement, pour des raisons de proximité idéologique, et d'alliance contre l'«impérialisme» des États-Unis. Plus concrètement, parce que Beijing a lourdement investi dans le Venezuela comme fournisseur pétrolier; et va s'inquiéter de l'avenir de ce placement stratégique.