L'annonce effectuée dimanche par la ministre Beauchamp en ce qui concerne l'instauration d'une commission indépendante permanente sur la gestion des universités constitue un premier pas notable vers la mise en place d'une table de négociation. Il s'agit là d'une belle opportunité pour le mouvement étudiant, qui la saisit d'ailleurs en acceptant l'invitation.
Chers membres de l'élite, sachez que la lutte goûte bon aux étudiants. Même dans la connerie de votre autisme. Même dans le dialogue de sourds. Même couverte de votre ridicule. Elle goûte le printemps, l'espoir. Nous sommes peut-être cernés de nuits blanches et de longues journées, mais nous ne sommes pas fatigués. Pour nous, la lutte ne fait que commencer. Elle nous alimente. Votre date butoir n'est pas la nôtre.
Lundi matin. Dixième semaine de la grève étudiante contre la hausse des frais de scolarité. Dans le métro, des sacs sur la voie, des freins de secours actionnés, simultanément, sur plusieurs lignes. Ça se durcit. Je suis bloqué. Dedans. Il fait chaud, trop chaud. Les usagers sont enragés, moi aussi. Certes nous sommes habitués, en échange d'une coquette contribution, à voyager comme des bestiaux résignés, mais au moins, on voyage. Ce matin, on est des veaux, mais à l'arrêt.
J'ose encore croire que Line Beauchamp est une femme raisonnable. Penser le contraire équivaudrait à verser dans le même cynisme que je dénonçais récemment. Son calme apparent, son ton posé et sa volonté d'écoute lors de son arrivée en 2010 à son actuel ministère étaient pourtant de bon augure. Je ne peux concevoir qu'elle puisse se croire elle-même crédible lorsqu'elle a affirmé que Pauline Marois aurait été responsable de débordements futurs suite à la manifestation du 22 mars dernier.
Les déprédations malhabiles des étudiants ne sont rien à côté du pillage étatisé que le Québec est en train de subir. Creuser le sous-sol dans la cour des gens, ça c'est du vandalisme. Fracturer la roche et contaminer la nappe phréatique, c'est aussi du vandalisme. Vider le territoire québécois de ses ressources et les donner à des compagnies étrangères qui vont en tirer des profits faramineux, c'est encore du vandalisme de haut vol. Détourner l'argent des contribuables pour bétonner le Grand Nord au profit des compagnies minières, c'est du vandalisme. Vendre pour une poignée de pain l'exploitation des étendues encore vierges sans aucune garantie environnementale, c'est du pur vandalisme.
Dans le contexte actuel, il est d'une malhonnêteté déconcertante de dire que la ministre de l'Éducation refuse de s'asseoir avec les leaders étudiants. Négocier veut dire faire preuve d'un minimum de flexibilité. Ce qui a été fait afin de répondre à chacune des raisons pour lesquelles les associations étudiantes disaient s'opposer à la hausse des droits de scolarité.
Les étudiants sont en grève depuis plusieurs semaines déjà. Nous devons vérifier le portail du collège chaque matin, dans l'éventualité où la ligne de piquetage ne serait pas significative; nous serions alors tenus de rentrer donner des cours. Afin de respecter le vote démocratique, nous avons comme directive de ne pas communiquer pédagogiquement avec nos étudiants. Certains de nos étudiants ont fait application à l'université et nous n'avons pu les aider avec leurs auditions.
J'ai finalement décidé d'épingler un petit carré vert printemps sur mon manteau de pluie, ce matin. Ce petit carré de la honte, ce petit bout de tissu vert vomi, comme plusieurs aiment à l'appeler, je le porte désormais bien en évidence sur mon flanc droit. N'en déplaise à personne. En affichant ainsi mes couleurs, j'ai tenu à manifester publiquement mon soutien à la hausse des frais de scolarité promulguée récemment par le gouvernement Charest, et ce, même si mon coming out intervient alors que ce débat est déjà bien entamé.
On critique l'entêtement idéologique des jeunes dans la rue, mais qui des deux, gouvernement ou étudiants, est le plus aveugle à votre avis? Même si les étudiants sont forcés de réintégrer leurs classes, et ils devront bien le faire à un moment donné, la grogne est désormais plus large, le besoin de s'exprimer plus vaste et la nécessité de reprendre ce qui nous appartient, de plus en plus aiguë.
« Ma responsabilité est de rappeler aux directeurs d'établissements des universités et des cégeps que toutes les mesures doivent être prises pour que les cours puissent se donner », a dit Line Beauchamp le mercredi 11 avril. Ça a l'air un peu dur, fâché, mais pas déraisonnable. On comprend que la ministre est excédée. On ne bafouera pas davantage son impérieuse autorité. Mieux : les sondages semblent être de son bord.
Cela fait désormais huit semaines que les étudiants sont dans la rue, que les classes des universités sont vides. Cela fait désormais huit semaines qu'une grande partie de la jeunesse étudiante du Québec tente de faire passer un message somme toute simple au gouvernement : la hausse de 75% des frais de scolarité ne peut que nuire à l'accessibilité aux études. Cela fait aussi huit semaines que le gouvernement ignore souverainement les doléances étudiantes, faisant passer pour du « leadership » ce qui est en réalité de l'obstination et de l'entêtement. Huit semaines de condescendance et de cynisme.
Le débat sur la question de la hausse des droits de scolarité au Québec a pris une tangente qui me fascine. J'ai vaguement l'impression que les tenants du gel tentent d'en faire un combat dogmatique duquel les deux véritables enjeux -- la qualité du réseau universitaire québécois et son accessibilité -- sont évincés. D'une part, la question de l'avenir du réseau universitaire, et de la qualité de la formation est complètement occultée par les porte-parole étudiants appelés à s'exprimer sur la question. Pourtant, il s'agit bien là du noeud du problème, non? S'assurer que nos établissements universitaires sont en mesure d'offrir des services à la hauteur du potentiel des Québécois.
Depuis quelques jours, les démarches juridiques se multiplient en rapport à la grève estudiantine. Des étudiants voulant retourner en classe se tournent vers les tribunaux pour que ceux-ci ordonnent la reprise des cours à coup d'injonctions. Certains obtiennent gain de cause et d'autres non. En entrevue au Devoir, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, a réagi en dénonçant la «judiciarisation» du conflit, c'est-à-dire l'utilisation des tribunaux et du droit pour régler un litige entre le gouvernement et les étudiants. «C'est un conflit qui est politique, et la justice ne saurait servir quand tu as perdu sur le terrain politique.»
Au département de Lettres et Communication de l'Université de Sherbrooke, la grève générale des étudiants a débuté la veille de la semaine de congé hivernal. Quelle étrange idée de commencer un mouvement de solidarité étudiante juste avant que chacun retourne chez soi! Cela a de quoi étonner le Français que je suis. Chez nous, la grève étudiante est un métier que certains syndicats politisés pratiquent avec brio. Les assemblées générales sont légion, le piquetage est un incontournable et le vote, une tartuferie.
Étant nous-mêmes opposés à la hausse des frais de scolarité telle qu'annoncée dans le dernier budget Bachand, nous nous enthousiasmons à l'idée que ce mouvement étudiant propulse la question des frais de scolarité universitaires à l'avant-plan du débat public. Notre optimisme se transforme néanmoins en désappointement lorsque nous constatons à quel point les négociations entre les associations étudiantes et le gouvernement sont laborieuses, voire inexistantes.
La question des frais de scolarité revient à l'agenda politique de manière cyclique : après un certain nombre d'années, le gouvernement se retrouve dans l'obligation de revoir le financement des études universitaires, les coûts ayant explosé. La raison derrière ceci est pourtant simple : en gelant les frais de scolarité, la part payée par l'étudiant diminue d'année en année, alors que la part du gouvernement augmente constamment considérant l'inflation qui gonfle les coûts d'environ 3 % annuellement.
Justice... devons-nous évoquer tous les soupçons de corruption qui pèsent sur les épaules de votre gouvernement? Est-ce justice lorsque vous pigez dans les poches de la classe moyenne, déjà saignée à blanc, alors que vous favorisez les corporations en leur permettant de dilapider nos ressources sans verser de redevances équitables?