Monsieur Charest s'acharne sur l'opposition péquiste parce qu'elle porte le carré rouge. En clair, il se sert du conflit pour le tourner à son avantage. Il entretient un conflit qui dure depuis des semaines, un conflit qu'il a pratiquement créé de toutes pièces. Il tente de diviser la population, de la liguer contre un mouvement historique aux revendications tout à fait valables.
Il me semble qu'on devrait plutôt se réjouir du fait que GND donne du galon à la gent masculine. Il a du nerf à revendre, est propre et bien habillé et plus articulé qu'à peu près tous les ministres du gouvernement Charest réunis. Mieux: il n'a pas la fixation de son propre nombril et croit en quelque chose de plus grand que lui-même. Bref, il a de l'idéal, une denrée rare à venir jusqu'à récemment. Et pourtant, c'est lui qu'on cherche à chasser de l'espace public plutôt que la panoplie d'insignifiants qui obstruent nos horizons politiques et culturels. Cherchez l'erreur.
À part quelques endormis et heureux, nous ne sommes plus que ça : un peuple en colère. Un peuple tout entier. Parce que la colère est contagieuse et qu'elle est désormais de toutes les raisons; le pour, le contre, celui qui ne veut rien lâcher, celui qui voit son année s'envoler, celui qui prend des coups de matraque, celui qui en donne, celui qui s'est fait éclater sa vitrine, celui qui a mis trois heures pour rentrer, celui qui hurle de rage face à la surdité, ou l'autre, qui en appelle à la justice.
Au début, j'étais pour la hausse des frais de scolarité et contre la grève. Je trouvais ça normal que tout le monde paye pour ce qu'il reçoit. Je n'avais pas intégré le vocabulaire lénifiant du gouvernement qui matraquait déjà que les étudiants devaient payer leur "juste part", mais une petite hausse, me disais-je, ça ne devrait pas faire beaucoup de mal. En tout cas pas de mal à mon confort. Et puis j'ai changé d'avis.
Dans un système où la soi-disant opinion prend de plus en plus de place au détriment de l'information, les « spin doctors » - rien de plus que des lobbyistes de la nouvelle - se paient la traite. Le commerce de la sensation a pour effet qu'à quelques louables exceptions près, on alimente le public de détails truculents sur les manifestations, et qu'on n'a que peu à dire sur les enjeux économiques du débat
Dans un monde qui se mondialise sur la base du marché néolibéral et dans lequel la langue anglaise est la langue uniformisante, les universités de rang mondial sont évidemment des universités qui répondent aux besoins du marché du savoir et qui le font en anglais. Dans ce contexte, une université prestigieuse comme la Sorbonne, qui dispense un enseignement en français et qui se concentre sur les arts et les humanités, ne peut évidemment prétendre appartenir au club sélect des établissements de classe mondiale.
Le gel en vigueur au cours des neuf années précédentes ne pouvait plus perdurer. N'oubliez pas que nous sortons d'une crise économique, nos exportations reculent ou au mieux stagnent depuis deux ans. Sans compter qu'Ottawa a réduit ses paiements de transfert pour l'éducation postsecondaire dans le cadre de sa lutte contre le déficit. Bref, nos finances publiques sont mal en point. Le gel était un luxe, on n'en a plus les moyens.
Mon grand-père avait pour son dire: «Quand le feu pogne dans maison, peu importe qu'il aille commencer dans la cuisine ou ben non dans le salon, tu l'éteins.» En ce moment, que les étudiants soient violents ou non, qu'ils boycottent ou qu'ils grèvent, on s'en fout. Ce qui est important, c'est qu'en ce moment, le point de rupture est bientôt atteint. Bientôt, des sessions devront être annulées, bientôt, les esprits vont s'échauffer, bientôt, les impacts économiques vont s'aggraver. Bientôt, il sera trop tard.
Si certains veulent mettre tout le blâme des dérapages sur le dos de leaders étudiants ou du gouvernement provincial, la réalité est qu'ils ne contrôlent pas les groupes qui dérapent, c'est-à-dire certains policiers et les casseurs. Chacun de ces groupes jette de l'huile sur le feu et enfonce la ville dans une situation chaotique. La patience de la population a ses limites et elle s'attend à plus de leadership du maire.
Charest veut mentir le Plan Nord comme seul avenir économique, la stabilité constitutionnelle dans un Canada déjà rompu, la loi et l'ordre par la répression. Sur le dos des étudiants, des travailleurs, de notre langue, de notre richesse, de notre environnement. Et de son devoir solonnel. Ce sont ses lignes de campagne. Avec la loi, l'ordre et la hausse des frais de scolarité, il pige à deux mains dans le marché de la CAQ déjà aux enchères.