Beaucoup a été dit dans le débat sur l'augmentation des droits de scolarité universitaires. Et c'est très bien puisque l'ampleur que prend le débat démontre son importance pour l'avenir de notre société québécoise et son orientation pour les années futures. Il existe, à travers le monde, deux modèles complètement opposés quant aux droits de scolarité universitaires. Il y a le modèle européen de la gratuité (ou quasi-gratuité), et il y a le modèle anglo-saxon où les droits sont de plus en plus élevés.
Quand une génération se sent soutenue par les siens, elle se souvient longtemps et développe le sens de la dette envers cette même communauté. Quand elle a le sentiment de ne pas être soutenue par sa communauté, c'est tout le contraire: elle la rejette et s'inscrit peu à peu, mais très sûrement, sur le chemin du chacun pour soi. Cette hausse des frais de scolarité est le modèle parfait d'une décision politique qui engendre et nourrit l'individualisme, un trait culturel que je ne reconnais pas dans ce Québec de tous les possibles...
Je suis contre la hausse des frais de scolarité, j'en aurais, moi aussi, long à dire au ministre de l'éducation s'il se trouvait devant moi et je m'évertue à convaincre mes proches qui ne comprennent pas la grogne étudiante du bien-fondé de notre contestation. Pourtant, lors du référendum facultaire, je n'ai pas voté pour la grève. Je n'ai même pas voté contre. Je me suis abstenu, comme une poignée d'autres étudiants de la faculté.
Exiger que les moins nantis absorbent indéfiniment le déficit du financement universitaire sans que nous ne mettions la main dans nos poches est carrément inacceptable parce qu'injuste. Les étudiants du Québec doivent aussi accepter d'aider la société pour assurer la suite du monde... Il est difficile d'accepter de payer une facture, alors que nous étions habitués à ne pas y allouer plus sur notre budget.
Le gouvernement libéral va financer à hauteur de près de 300 000 000$ la construction d'un tronçon de 243 kilomètres de route allant permettre à la minière Stornoway Diamond Corporation d'extraire à son profit plus de 5 milliards de dollars de diamants du sous-sol québécois. La somme, reconnue en général, qui devrait être investie dans le réseau des universités québécoises oscille entre 300 000 000$ et 500 000 000$ afin de rétablir ses bases financières de façon solide et durable.
Nous appelons maintenant «éducation» tout ce qui est du domaine de la «formation». La différence? Éduquer, c'est pousser à la réflexion, former l'esprit, faire des citoyens capables de critique sociale. Une société qui n'éduque pas ses élèves, mais qui les forme pour le marché du travail, c'est une société en déclin intellectuel. C'est une société qui se moque de ses citoyens en nommant un sénateur analphabète, qui demande aux pauvres de payer plus pour ses services tout en continuant de réduire les impôts pour les compagnies multimillionnaires.
Notre dernière intervention a suscité bien des commentaires et nous aimerions poursuivre la conversation. Plusieurs ont noté, avec grande pertinence, que le mot « grève » peut s'appliquer à une situation ou l'on refuse de faire quelque chose (grève de la faim, et grève étudiante). Nous sommes absolument d'accord sur ce point. Éloignons-nous donc de la terminologie et parlons relation. Le problème n'est pas dans les mots mais dans la qualification de la relation entre les étudiants et leur institution scolaire.
Cette lettre ne se veut pas être un discours en faveur ou contre l'augmentation des frais de scolarité. Elle a pour unique objectif de lever le voile sur le discours parfois trompeur véhiculé par les dirigeants des mouvements étudiants quant au recours à la grève comme moyen de pression. Le discours entourant le mouvement de protestations étudiantes est fortement emprunté des mouvements syndicaux. Les termes « grève », « négociations », « assemblée », « vote de grève », « lignes de piquetage » sont utilisés sans nuance par les dirigeants des associations étudiantes et leur fédération.
On l'entend souvent celle-là. Que la hausse proposée est "raisonnable", "juste". Pour faire passer la pilule, pour relativiser. Oh, parce qu'on relativise beaucoup dans ce dossier. Toujours par rapport aux autres universités canadiennes, à la moyenne canadienne. Le Québec est bon premier au Canada au chapitre de l'accès aux études universitaires, mais il faut travailler à réduire cette avance. C'est la survie du système scolaire qui en dépend!
Étant moi-même étudiant en Grande-Bretagne, je peux avertir les fédérations étudiantes qu'elles utilisent l'exemple anglais sans s'apercevoir qu'il joue contre elles. En sus, et probablement par inadvertance, elles prennent l'exemple qui démontre le mieux la nécessité de déréglementer les frais de scolarité et non pas seulement de les augmenter.
Je ne sais pas ce qui me prend ce matin. Mais, je me lance tout de même. Et, je le dis haut et fort : «Je suis en faveur de l'augmentation des frais de scolarités». Oui, oui, vous avez bien lu. Je suis en faveur de l'augmentation des frais de scolarité. Mais, avant de recevoir les insultes, je désire m'expliquer.