Il y a un an, les premiers votes de grève commençaient à rentrer, depuis, bien des choses ont changé. Est-ce que les étudiants ont gagné? Difficile à dire. Il reste qu'il y a un peu moins d'un an, des gens ont tenté de transformer une grève en boycott et qu'aujourd'hui, avec la même finesse, «l'indexation est un gel».
Après une certaine accalmie dans le dossier du boycott étudiant, tout porte à croire que ce débat des plus polarisants sera ramené à l'avant-plan en raison d'une élection estivale. Selon moi, il y a un lot assez important d'aberrations qui ont circulé lors des derniers mois, mais par souci de temps je voudrais m'attarder à une expression qui me touche particulièrement à chaque fois que je l'entends: le choix de société.
J'ose à peine y croire. Et pourtant... Quelques heures à peine après le déclenchement d'un conflit de travail au Canadien Pacifique, la ministre du Travail, Lisa Raitt, a déclaré aux journalistes vouloir dégainer le bazooka législatif -«à la première occasion» pour forcer le retour au travail des employés en grève pour 72 heures.
Deux appels se sont fait entendre ce printemps au Québec; celui du mouvement étudiant pour le gel des droits de scolarité et celui pour la protection de l'environnement et de nos richesses naturelles à l'occasion du jour de la terre ce 22 avril. Ces deux appels, entendus par des milliers et des milliers de Québéois et de Québécoises, ont ceci en commun qu'ils exigent un débat de société visant une réelle transformation!
Dans un de mes récents textes, je m'adressais aux étudiants en grève. Cette lettre à l'étudiant a connu un écho certain et cette lecture fut recommandée, à ma grande joie, de très nombreuses fois sur les médias sociaux. Une de ces recommandations a retenu mon attention, elle invitait à lire la lettre à l'étudiant-e. Euh ... non. "Lettre à l'étudiant tiret e" n'est pas mon titre, et en plus c'est très laid. Puis changer un titre, je trouve ça cavalier, chère. Vous l'aurez compris, la personne en question est animée par une grande sensibilité féministe, et de toute évidence elle est en croisade, grammairienne tout au moins.
La Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada est en train de devenir une véritable farce, ou plutôt une véritable honte. Il n'y a plus un aspect de cette loi qui soit respectée, tant en ce qui a trait aux langues officielles qu'en ce qui a trait aux centres de maintenance. Il y a à peine une semaine, la Chambre des communes votait sous bâillon une loi spéciale mettant un terme à la menace de lock-out chez Air Canada et empêchant les travailleurs de déclencher une grève. Le recours à la loi spéciale -ou à sa menace- pour nuire à la capacité de négocier des syndicats est une habitude récurrente chez les conservateurs.
Pauline Lortie, la mère de ma mère, est née en 1929. Il lui arrive parfois de suivre des cours de science politique à l'université du troisième âge. À 83 ans, elle fait partie de cette génération qui a vu naître un Québec moderne laissant place à un projet de société inspirant. De Maurice Duplessis à Jean Lesage, elle a vu le système d'éducation évoluer. Elle a été aux premières loges de la création de l'accessibilité aux études.
Le véritable tour de force de cette mobilisation sans précédent est d'avoir détourné le débat sur des horizons beaucoup plus larges. La question n'est plus: pour ou contre la hausse des frais de scolarité? La question est: dans quelle société voulez-vous vivre? Une société où l'éducation est d'abord considérée comme une valeur marchande, ou une société où non seulement l'éducation, mais la participation citoyenne sont valorisées en soi?
Chers étudiants en boycott, (et pas en grève), je vous aime. Mais nous ne sommes pas d'accord sur la hausse des frais de scolarité à l'université. Et sur la gratuité. Parce qu'à certains moments, je ne sais plus trop ce que vous revendiquez. Ce qui ne coûte rien, en général ne vaut pas grand-chose. À part le soleil, la mer, les papillons, etc. C'est vrai jusque dans l'inconscient.
Je ne suis pas spécialiste du droit du travail, je m'y connais mieux en histoire et en linguistique, mais j'en ai contre cet argument qui veut que les étudiants n'aient pas le droit de faire la grève, parce qu'ils ne sont pas des salariés. Pour appuyer ce genre de sophisme, j'ai même lu que la grève est un droit inscrit au Code du travail, donc les étudiants n'étant pas salariés ou employés d'un organisme qui reconnaît le droit de grève, leur grève n'en est pas une... Holà !