Après une certaine accalmie dans le dossier du boycott étudiant, tout porte à croire que ce débat des plus polarisants sera ramené à l'avant-plan en raison d'une élection estivale. Selon moi, il y a un lot assez important d'aberrations qui ont circulé lors des derniers mois, mais par souci de temps je voudrais m'attarder à une expression qui me touche particulièrement à chaque fois que je l'entends: le choix de société.
On nous ressasse la comparaison avec le Canada et les États-Unis, espérant que le Québec puisse les imiter. On reste les yeux rivés sur l'Amérique du Nord, en oubliant nos amis mexicains qui jouissent de la gratuité scolaire. Le discours économique vante la mondialisation, mais pour le financement de l'éducation on devient myope, restreint au modèle canado-étatsunien. On cite rarement les modèles de faibles droits de scolarité et de gratuité. Outre le Mexique, dans plusieurs pays d'Europe, l'université y est gratuite ou moins chère qu'ici.
Le gel en vigueur au cours des neuf années précédentes ne pouvait plus perdurer. N'oubliez pas que nous sortons d'une crise économique, nos exportations reculent ou au mieux stagnent depuis deux ans. Sans compter qu'Ottawa a réduit ses paiements de transfert pour l'éducation postsecondaire dans le cadre de sa lutte contre le déficit. Bref, nos finances publiques sont mal en point. Le gel était un luxe, on n'en a plus les moyens.
La question des frais de scolarité revient à l'agenda politique de manière cyclique : après un certain nombre d'années, le gouvernement se retrouve dans l'obligation de revoir le financement des études universitaires, les coûts ayant explosé. La raison derrière ceci est pourtant simple : en gelant les frais de scolarité, la part payée par l'étudiant diminue d'année en année, alors que la part du gouvernement augmente constamment considérant l'inflation qui gonfle les coûts d'environ 3 % annuellement.
Avec la probabilité d'une élection provinciale imminente, il y aura des débats et des décisions d'importance capitale et si la population peut s'intéresser avec autant de vigueur aux enjeux beaucoup plus graves, ce sera bénéfique pour tous. Cela dit, je crois que le mouvement de protestation des étudiants devrait plutôt être dirigé vers quelque chose de réellement inquiétant pour l'avenir, par exemple notre dette record qui va coûter bien plus cher aux étudiants que la hausse elle-même.