Dehors, on se croirait un soir de Coupe du Monde : les klaxons retentissent et des immeubles descendent des hourras : le XXe arrondissement de la capitale a massivement voté à gauche. Enfin fixée sur son sort, la France heureuse est belle à voir. Faussement tranquille, je la regarde, l'envisage, la dévisage: dans quelques minutes la France à gauche sera mienne.
Des choix de François Hollande dans les prochains jours dépendront de beaucoup de choses. Sur le plan intérieur, la composition de son premier gouvernement et le choix de son premier ministre devraient donner le ton des élections législatives qui auront lieu début juin. Pour un président nouvellement élu qui ne dispose pas encore d'une majorité parlementaire, l'élection de nouveaux députés socialistes à l'Assemblée nationale (ils sont actuellement 204 sur 577) est cruciale s'il veut, rapidement, faire adopter les pièces majeures de son programme politique.
L'élection de François Hollande au poste de Président de la République signifie plusieurs choses. L'une d'entre elles est la défaite de l'outsider Sarkozy aux mains d'un pur produit de l'establishment français. Hollande est en effet un énarque, un gradué de l'École nationale d'administration, probablement l'institution d'enseignement le plus prestigieux en France.
Dans un bouquin plus récent, Giesbert rapportait ces paroles prononcées par le président défait il y a quelques années. « Je ferai un mandat, un seul, et quand j'aurai réformé la France, j'irai dans le privé et je ferai de l'argent. » (M. le Président, 2011) Paroles prophétiques, hormis que le fait que ce sont les Français, et non le président lui-même, qui ont décidé de la fin de l'aventure.