Comment est-on arrivé au Québec au bord d'une « guerre » civile, qui revêt plutôt les allures d'un conflit de générations que d'une lutte de classes? Car il faut tout de même souligner que les donneurs de conseil ne sont pas toujours les payeurs dans cette bataille, puisque l'on sait que les études universitaires sont le plus sûr moyen d'assurer une mobilité sociale ascendante à ses détenteurs, et que la population qui est ainsi sommée de payer les études par ses taxes considère à juste titre qu'elle a un mot à dire dans ce débat.
Ce ne sont pas des dents mais des crocs que le gouvernement Charest a mis dans la loi spéciale qu'il veut faire adopter pour forcer un retour en classe dans les cégeps et universités. Le projet de loi 78 contient, bien sûr, des amendes salées, entre 7,000$ et 25,000$ par jour pour tout dirigeant d'association qui contrevient à la loi, entre 25,000$ et 125,000$ pour une association, des montants qui pourraient doubler en cas de récidive.
Il y a quatre mois à peine, Jean Charest était à la tête d'un gouvernement usé et corrompu et semblait se diriger vers une défaite électorale aussi certaine qu'humiliante. Cette chute de rideau lui réservait une place peu enviable dans l'histoire, à mettre en parallèle avec le régime honni d'Alexandre Taschereau. Sauf que la grève étudiante lui a donné un nouveau souffle qui pourrait désormais le porter au pouvoir pour une 4e fois.
Il se trouvera toujours des gens pour clamer que les étudiants les plus vulnérables n'auront plus accès à l'université l'an prochain, et que la justice sociale en est compromise, que cela soit vrai ou non, qu'ils puissent le démontrer ou non. Il s'en trouvera toujours, à l'Assemblée nationale comme ailleurs, pour crier au scandale, pour dire que « le gouvernement crache sur une génération », alors qu'il prend ses responsabilités et s'engage plutôt à s'assurer que le Québec offre à notre génération et ses enfants la meilleure éducation supérieure possible, et une éducation accessible, de surcroît.
Quand durant 13 semaines, un premier ministre refuse de s'asseoir ne serait-ce que quelques minutes avec des représentants étudiants dûment élus et mandatés pour discuter d'une question cruciale pour l'avenir de la société.Quand durant ces 13 semaines, aucune tentative de médiation n'est mise de l'avant, malgré les pressions répétées de l'opposition officielle. Quand durant 13 semaines, toutes les propositions du gouvernement n'ont touché que des aspects sur lesquels la grève ne portait pas.
Cette solution protège les 34 cégeps qui ne sont pas en conflit et les facultés universitaires qui ont continué l'enseignement. En sauvant la session, on évite le chaos administratif pour ceux qui poursuivent à l'université. A moyen terme, c'est-à-dire au mois d'août à la reprise de la session d'hiver, rien ne garantit cependant que nous ne revivrons pas un été étudiant
Jean Charest a toujours semblé avoir sept vies. Chaque fois qu'il paraissait affaibli par une crise ou par la démission de l'un de ses ministres (Séguin, Bellemare, Couillard, Mulcair, etc.), il épatait les chroniqueurs politiques en rebondissant, tel un véritable chat politique, et en sortant une nouvelle carte de sa manche. Aujourd'hui, alors que le gouvernement annonce le dépôt d'une loi spéciale pour tenter de dénouer les fils inextricables de la grève étudiante qu'il a contribué à prolonger, je ne peux m'empêcher de penser qu'il flotte une certaine odeur de fin de régime sur le Québec.