Prendre une photo. On vise, on fait la mise au point puis on pèse sur le déclencheur. Facile! Facile, oui, mais simple? Non. Dernière chaque prise de vue, chaque choix de photo se cache un ensemble de considérations. Qui, quoi puis-je prendre en photo, et quand? Cette scène fait-elle partie de l'espace public ou privé? Dois-je demander la permission avant de prendre la photo, au risque de perdre la spontanéité de l'instant? Et surtout, comment réagira le sujet photographié?
Le Canada est un pays qui se félicite pour son inclusion de plusieurs races et ethnies, qui aime s'appuyer fièrement sur le pilier du multiculturalisme, et qui aime fêter ses communautés culturelles d'un océan à l'autre. Les bavures de cette semaine ont fait ressortir les profondes racines de préjugés qui datent des tous débuts de la Confédération, soit l'Acte de l'Exclusion Chinoise, «l'Acte Natale» qui excluait les immigrants japonais, et les regrettables lois qui bloquaient l'immigration selon la race, notamment les Juifs.
J'habite un vieux quartier de Montréal, aussi blanc que du bon pain Weston. Blanc et francophone et catholique et cultivé et aisé et de bon goût, toujours. Un microcosme de la parfaite société du Nous. D'ailleurs, on y vote PQ et Bloc en masse. On n'y voit presque jamais d'individus à la peau foncée, même si mon quartier se trouve juste à côté d'un des secteurs les plus multiethniques de Montréal. N'ayez crainte, citoyens, les frontières semblent bien étanches. Mais comme on a l'esprit ouvert, on y tolère quelques femmes portant hijab, mais ça grommèle dans les chaumières.