Même si elle a fait ses preuves, l'escouade Éclipse contre les gangs de rue est aujourd'hui menacée par la curieuse décision du gouvernement conservateur de ne pas renouveler son financement. Bien malin celui qui arrivera à comprendre la logique derrière cette compression aussi inattendue que nuisible. Le gouvernement de Stephen Harper fait en effet de la loi et l'ordre l'une de ses priorités, martelant que le Canada doit être plus sévère envers les délinquants.
Depuis quelques jours, les têtes tombent les unes après les autres. On sent l'énervement, la fébrilité de la population, assoiffée de détails sur un milieu qu'on ne découvre généralement que dans les films, et de manière très séduisante. On sent aussi le découragement, ou même parfois l'indifférence « bah, ça faisait longtemps qu'on s'en doutait ». Pour ma part, je suis cette saga avec un brin de cruauté : qui sera le prochain à tomber?
Le petit Markenzi était chez lui paisiblement, lorsqu'il réalisa que son portable n'avait plus de batterie et qu'il avait oublié son chargeur chez un ami qui habite à quelques pas. Il décida donc d'aller le récupérer. Il n'aura même pas fait quelques pas avant d'être percuté par la voiture d'Éric Richer qui ne prendra même pas la peine de lui porter secours. Mais comment un homme qui prend la vie d'un adolescent innocent peut-il être relâché 48h après avoir commis un crime si odieux suivi d'un délit de fuite?
Répression policière, bavure policière, profilage racial, brutalité policière, conspiration du silence, omerta: décidément la litanie est longue, tout y passe lorsqu'il s'agit d'enquêter de façon indépendante, sur les événements à l'issue desquels un civil est blessé ou tué. La commission parlementaire qui entend toutes les parties intéressées par le projet de loi 46 du Ministre de la sécurité publique n'a pas fini de nous en fournir la démonstration quasi empirique. On demande aux policiers de protéger, d'intervenir, mais de ne jamais faire d'omelette, même s'ils marchent constamment sur des œufs.
Souvenez-vous de cette époque où un premier ministre canadien parlait de bâtir une « société juste ». Rien de tel de la part de l'actuel gouvernement fédéral, obsédé par la punition, le châtiment et la prison. Et là est le problème. Cette approche ne fonctionne pas. Nous ne réduirons pas la criminalité sur le long terme simplement en mettant plus de gens, plus longtemps, en prison.
Vous avez sûrement entendu ou lu les critiques de l'opposition concernant les peines minimales ainsi que celles touchant le projet de loi C-30, lequel vise à adapter les pouvoirs d'enquête des services policiers en matière de cyber criminalité. Mon billet aujourd'hui n'a pas pour but de prendre position en faveur ou non de l'un ou l'autre de ces enjeux, mais plutôt de mettre en évidence deux contradictions plutôt gênantes pour l'opposition libérale.
L'attrait des peines minimales obligatoires est facile à comprendre: elles sont présentées comme des mesures sévères qui dissuaderont les criminels et il semble contre-intuitif de penser différemment. Pourtant, la recherche et la littérature en sciences sociales concluent essentiellement que les peines minimales obligatoires sont inefficaces, injustes et préjudiciables, ne préviennent pas la criminalité, et créent peut-être plus de problèmes qu'elles n'en règlent.
Depuis le début de l'étude du projet de loi C-10, une chose m'a particulièrement frappé, soit le fait que plusieurs personnes se prononcent contre ce projet de loi sans véritablement le connaître. Plus souvent qu'autrement, on le critique sur la base de faits erronés. Les dispositions du projet de loi C-10, qui concernent la Loi sur la justice pénale pour adolescents, sont celles qui attisent tout particulièrement ces débats
Ce projet de loi omnibus est une question de principes et de priorités. Il est au fond une question de valeurs. Si nous affectons des milliards de dollars à la construction de prisons inutiles alors que la criminalité diminue et que nous mettons plus de gens en prison pendant plus longtemps, cet argent ne peut donc être utilisé pour investir dans le programme de justice sociale, dans les garderies, dans les soins de santé, dans la prévention de la criminalité, ni dans le logement des aînés ou dans le logement social.