Saviez-vous que même Camille Robert, co-porte-parole de la CLASSE, ne sait plus pourquoi ils manifestent? «Tout ça s'inscrit dans un contexte. C'est pas seulement la hausse des frais de scolarité, mais c'est aussi la taxe santé, la hausse des tarifs d'électricité, donc c'est tout ça qu'on dénonce aujourd'hui (La Presse).» Un contexte. Tarifs d'électricité. Tout ça, dit-elle. Hum.
Il fallait bien sûr s'attendre à ce que le manifeste de LA CLASSE fasse jaser. Bien qu'à mille lieues du brûlot, le simple fait d'appeler ça un "manifeste" semble raviver chez plusieurs des souvenirs... explosifs? Personne n'a encore évoqué la FLQ, à ce que je sache, mais des images de bombes doivent bien trotter dans la tête de certains. Hier, on apprenait que la police de Montéal a transféré le dossier étudiant au département (tenez-vous bien) du crime organisé. LA CLASSE et le crime organisé, même combat?
Au hasard de la grève étudiante, il suffisait de faire un tour sur les différents médias sociaux pour se rendre compte à quel point il était désormais facile, en trois coups de cuillère à pot, de clore un débat en assenant les mots « Staline », « fasciste », « communiste » et ce, pour désigner tantôt les associations étudiantes soupçonnées de préparer l'avènement du Grand soir, comme les représentants du gouvernement accusés de vouloir transformer le Québec en nouveau Reich.
Je suis de ceux qui déplorent l'engagement citoyen qu'une fois tous les quatre ans. S'il faut agir vigoureusement pour secouer notre démocratie, l'alternative proposée par la CLASSE - la démocratie directe sollicitée à chaque instant - ne me paraît pas constituer une démarche très responsabilisante.
Après une certaine accalmie dans le dossier du boycott étudiant, tout porte à croire que ce débat des plus polarisants sera ramené à l'avant-plan en raison d'une élection estivale. Selon moi, il y a un lot assez important d'aberrations qui ont circulé lors des derniers mois, mais par souci de temps je voudrais m'attarder à une expression qui me touche particulièrement à chaque fois que je l'entends: le choix de société.
Quand bien même les remarques de certains membres de la CLASSE seraient excessives ou «déplacées», étiez-vous obligés de priver l'ensemble des étudiants de cette organisation - qui représente soixante-cinq associations étudiantes et rassemble 100 907 étudiant-e-s - d'une part des revenus du spectacle? Réalisez-vous, amis humoristes, que vos pratiques sont exactement les mêmes que celles du gouvernement libéral que vous étiez censés critiquer : condamner l'ensemble des étudiants parce que quelques-uns ont été plus radicaux?
Au fil de mes années de travailleur, vers l'âge de 16-17 ans, j'ai donc naturellement milité au sein du syndicat tout en gardant en tête une idée qui ne m'a jamais quitté depuis : si les syndicats n'existaient pas, les travailleurs vivraient encore aujourd'hui dans des conditions outrageusement précaires et dangereuses.