Sylvie Dugas

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Les contradictions constitutionnelles d'une décision sur le bilinguisme au Canada

Publication: 22/12/2012 13:19

La décision rendue le 6 décembre dernier par la Cour suprême du Canada dans l'affaire Galganov et Brisson a de quoi surprendre. Les plaignants contestaient un règlement sur l'affichage bilingue adopté en 2008 dans le Canton de Russell. Le fait que la Cour ait refusé de statuer sur l'infraction fondamentale commise par une municipalité en matière de libre expression laisse songeur, voire nous incite à nous interroger sur la nature même de notre système démocratique.

La Cour suprême a en effet refusé d'entendre l'appel du militant anglophone Howard Galganov et de l'homme d'affaires d'Embrun, Jean-Serge Brisson, qui cherchaient à faire invalider le règlement municipal en question. Ayant été déboutés successivement par la Cour supérieure et la Cour d'appel de l'Ontario, leur appel visait à débattre des violations constitutionnelles que la Cour d'appel avait commises en rendant son jugement.

À la mi-juin 2012, la Cour d'appel a en effet statué de façon unanime en faveur du Canton de Russell. Les juges ont permis au Canton d'adopter sa loi, même si les questions de langue sont de domaine provincial et non municipal. Ils ont aussi donné le feu vert au Canton, même si le règlement municipal enfreint les droits d'expression individuels définis à la section 2b de la Charte canadienne des droits et libertés. La Cour a pour ce faire invoqué la clause 1 de la même Charte, soit la clause « nonobstant ». Dans la foulée, la Cour a imposé aux deux activistes les frais judiciaires de la poursuite.

Le Canton de Russell, qui comprend quatre municipalités situées en banlieue est d'Ottawa, regroupe une importante population francophone. Comme pour la Loi 101, la clause « nonobstant » donne le pouvoir à la Cour d'éliminer un droit pourtant inscrit à la Charte. « Cette clause est de plus en plus invoquée pour piétiner les droits de l'individu », fait remarquer Jean-Serge Brisson, l'un des activistes à l'origine de la poursuite, qui affirme que le recours à cette clause dans ce contexte représente une infraction. « La Cour a mis de côté les droits de l'individu pour donner le pouvoir de décision aux municipalités », a-t-il souligné.

M. Brisson allègue que ce règlement, qui oblige un commerçant à mettre des enseignes bilingues, dicte aux entreprises comment faire la promotion de leurs services et laisse entendre aux clients que les services sont disponibles en français et en anglais, ce qui n'est pas toujours le cas. Howard Galganov, connu pour s'être farouchement opposé aux exigences de la loi 101, considère pour sa part que ce règlement illustre une fois de plus l'imposition insidieuse du bilinguisme dans la société canadienne, pourtant majoritairement anglophone. Tous deux soutiennent que le règlement constitue une atteinte à leur liberté d'expression, droit garanti par la Charte canadienne des droits et libertés.

« Une personne affectée même indirectement par un règlement a le droit de le contester en cour », atteste M. Brisson, spécifiant que la jurisprudence a auparavant confirmé le droit d'exercer une action à ce titre. Dans un jugement rendu au milieu des années 2000 concernant une affaire de langues, le tribunal avait établi une limite de 50 000 $ de frais judiciaires non facturables aux associations, pour ne pas décourager les citoyens de faire appel à ce sujet.

Pendant ce temps, le maire de la municipalité de Russell, Jean-Paul St-Pierre, se réjouit de cette décision. « Cela prouve que le système judiciaire défend nos droits, celui des francophones », a déclaré de son côté Jean-Guy Patenaude, qui avait présenté le projet de résolution sur l'affichage bilingue à la municipalité de Russell. Pour éviter de s'enfoncer dans la même ornière, les élus de la municipalité de Stormont Sud, dans l'Est ontarien, ont voté à l'unanimité en septembre dernier une résolution confirmant aux commerçants locaux la liberté d'afficher dans la langue de leur choix. La municipalité de Glengarry Sud s'apprête à voter en janvier sur l'adoption d'un même type de résolution.

« L'idée est d'adopter de tels règlements dans le plus de municipalités possible pour protéger la liberté d'expression individuelle », avance M. Brisson, qui n'a pas l'intention de se conformer au règlement municipal du Canton de Russell. Pour avoir refusé de remplir les formalités requises par le règlement voté en 2008, il a d'ailleurs reçu une amende de 130$. Mais l'ayant contestée, il a gagné sa cause grâce à la perspicacité d'un juge, qui a estimé que M. Brisson avait respecté les termes d'un règlement de 1978 portant sur les modifications aux structures de son établissement. En dépit de la faible somme en jeu, le Canton de Russell a porté l'affaire - devenue politique - en appel. Les trois membres du Conseil qui avaient voté contre le règlement ont d'ailleurs perdu leur siège, et l'un des deux conseillers qui avait voté en faveur est devenu le maire.

Si la promotion du français en Ontario est importante, elle ne devrait pas se faire au détriment de la liberté individuelle. Car ce sont les utilisateurs d'une langue - et non les autorités - qui sont responsables de sa conservation et leur décision ne devrait pas porter atteinte aux droits individuels inscrits dans la Charte.

 
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La décision rendue le 6 décembre dernier par la Cour suprême du Canada dans l'affaire Galganov et Brisson a de quoi surprendre. Les plaignants contestaient un règlement sur l'affichage bilingue ad...
La décision rendue le 6 décembre dernier par la Cour suprême du Canada dans l'affaire Galganov et Brisson a de quoi surprendre. Les plaignants contestaient un règlement sur l'affichage bilingue ad...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
richard in obihiro
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22:43 sur 24/12/2012
Dans une démocratie, tous les citoyens sont égaux devant la loi. Or l'obligation d'affichage bilingue prévue par le règlement municipal de Russel s'impose à tous les commerçants, et en ce sens, elle ne diffère en rien de l'obligation, pour un restaurateur par exemple, de respecter les normes d'hygiène et de propreté prévues par d'autres règlements. Pour que l'obligation d'affichage puisse être considérée comme portant atteinte à la liberté individuelle, il faudrait qu'elle brime les droits de certains en imposant une obligation quelconque à une partie seulement de la population, par exemple aux seuls commerçants francophones, ce qui n'est pas le cas. Le refus de la Cour Suprême d'entendre l'appel des militants Galganov et Brisson ne porte aucunement atteinte à la liberté indivuelle parce que la cause elle-même n'a rien à voir avec les droits individuels.
00:40 sur 23/12/2012
Je suis anglo-ontarien et je suis très heureux d'apprendre que les Franco-Ontariens auront désormais la capacité de renforcer la francophonie ontarienne en exigeant une affichage commercial bilingue. Je comprends pas du tout comment une affichage bilingue nuie aux droits linguistiques des anglophones, et si on parle franchement, on sait tous que la raison pour laquelle le canton de Russell a dû adopter ce règlement-là, c'est à cause d'un manque d'ouverture à la culture franco-ontarienne chez certains anglophones. Je suis d'accord avec l'auteure de cet article d'une certaine manière que dans un monde idéal, un tel règlement ne serait pas nécessaire, mais ce monde-là n'existe pas.

Bref, c'est un acquis pour la communauté franco-ontarienne, un parmi beaucoup d'autres ces dernières années sous le gouvernement McGuinty (l'autonomie donné à TFO, plus qu'une centaine de nouvelles écoles de langue française, la création du commissariat des services en français, etc.). Il faut faire plus, bien sûr, mais quand même, c'est pas un mauvais temps d'être francophone en Ontario...
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Francois Rochon
Il n'y a pas de honte à préférer le bonheur
19:40 sur 22/12/2012
Si dans cette cause le principe du droit individuel absolu l'avait emporté, c'est la loi 101 au Québec qui devenait entièrement non constitutionelle... et conttraire à la charte Canadienne ... Hors, même si la cour suprème as par le passé allègrement charcuté des pans entiers de la charte de la langue Française, elle en as reconnu le principe. La cour suprème étant formée de gens logiques, elle ne pouvait donc pas agir autrement... pour une fois.
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Canada Libre
Le Canada c’est le Québec. Vive le Canada libre
19:12 sur 23/12/2012
Ouep ! Il est important de souligner que même la cour suprême du canada-des-anglos appuie la loi 101. Il y a trop de colonisés et d'anglos impérialistes qui l'ignorent.
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jfjoubert
Le pire n'est pas toujours certain.
15:51 sur 22/12/2012
La promotion du français en Ontario... bon premièrement comme Québécois mon influence sur ce dossier est tributaire du bon vouloir d'une vingtaine de millions de Canadiens (La Cour Suprême non?) qui sont traditionnellement opposés justement sur ces questions. Donc *chaque* Québécois (homme-femme-enfant) qui est "d'accord pour faire dynamiquement la promotion du français en Ontario" doivent convaincre environs deux Canadiens.

Donc, soit pour l'hypothèse que j'y peux quelque chose: OUI la défense du français, comme de toutes les langues autochtones du Canada doit se faire 1. pour le bien de la diversité linguistique et culturelle de la planète 2. pour des raisons économique (santé linguistique est *toujours* lié à santé économique) 3. que de demander à un anglophone d'apprendre une autre langue que la sienne n'est pas trop demander et c'est même discriminatoire de penser que seuls les anglophones sont incapables de devenir bilingue.

Mais le pire dans cette histoire c'est quand un francophone prend la défense du non-bilinguisme dans ces situations. Cela ressemble à la femme qui dit "moi les blagues de conductrices incompétentes ça ne me dérange pas..." et là c'est comme si la désolidarisation de cette femme fait du tord à toutes les femmes. Malheureusement dans ces cas là, il n'y a pas d'équité.
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Slash22
Quot homines, tot sententiae.
15:44 sur 22/12/2012
Les «harpeurismes» envahissent la Cour Suprême et bien d`autres paliers des administrations publiques. Pas d`étonnement à avoir ! Quand le PM considère que le bilinguisme est une hérésie introduite par les Libéraux voir un anachronisme culturel, pourquoi être surpris ? Il n`y a qu`une justice linguistique au Canada et c`est celle du dominant au pouvoir !
15:35 sur 22/12/2012
Un premier détachement bilingue de la PPO à Hawkesbury
19 décembre 2012
http://www.radio-canada.ca/regions/ottawa/2012/12/19/002-ppo-hawkesbury-detachement-bilingue.shtml
Je suis crampé!!!! Hawkesbury est une ville canadienne majoritairement francophone (70 % de la population), en Ontario, au bord de la rivière des Outaouais sur la frontière du Québec. Au recensement de 2006, on y a dénombré une population de 10 8691 habitants. Elle a été nommée en l'honneur de Charles Jenkinson, 1er comte de Liverpool. Ne vous éloignez pas trop de la frontière du Québec!!!!! MDR!!!!
14:40 sur 22/12/2012
Comme vous le dites vous même, le canton de Russell "regroupe une importante population francophone". La Cour Suprême et les autres tribunaux lui ont donné raison d'imposer le bilinguisme, afin que les francophones aient droit au respect de leur langue, au moins au niveau de l'affichage. Il est dommage d'avoir à invoquer la clause dérogatoire pour que soient respectés les droits de cette population francophone qui fréquente ces commerces et leur permet de continuer à être en affaires.

Il est dommage aussi qu'on trouve encore des "commentateurs" comme vous, toujours prêts à célébrer ceux qui foulent aux pieds les droits des francophones et à appuyer des imbéciles qui considèrent, de manière parfaitement fallacieuse, que le fait de devoir s'afficher en français et en anglais brime leur liberté d'expression.

En fait personne ne brime leur liberté d'expression, par contre, eux sont prêts à brimer celle des francophones de leur région en les obligeant à parler anglais pour obtenir des biens ou des services qu'ils doivent payer. C'est une position absolument répugnante et l'hystérique paranoïaque à Galganov s'est trouvé deux francophones colonisés à l'os pour servir ses intérêts, j'espère qu'il paie bien.
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richard in obihiro
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22:48 sur 24/12/2012
Mais il faut se rappeler que l'obligation ne concerne que l'affichage, et non celle d'offrir des services en français. Entre les deux, il reste tout de même un fossé encore assez large à franchir...