LES BLOGUES

Hampstead est-elle haineuse, raciste et intolérante?

10/12/2013 11:49 EST | Actualisé 09/02/2014 05:12 EST

Non, monsieur Steinberg, la Charte n'est pas haineuse (La Presse). Mais il se peut que vous projetiez sur elle ce sentiment. Non, cher maire d'Hampstead, la Charte n'est pas raciste. Le racisme est une idéologie postulant que certaines races soient supérieures à d'autres et honnêtement je ne crois pas que le Québec soit porteur de ce genre de mentalité. La Charte ne traite pas d'un problème racial, mais bien de l'incohérence de la place du religieux dans l'État. C'est tout. Soit vous faites de la désinformation, soit votre propre intolérance vous aveugle : un gouvernement ne hait personne et il a le droit de légiférer pour neutraliser l'État.

J'avoue que j'ai eu un bref échange courriel avec le maire dans l'espoir de créer des liens. Je lui ai exprimé ma désolation face à cette sortie démesurément agressive. J'ai voulu parler de la nécessité de baliser les demandes trop nombreuses d'accommodements religieux, car on ne sait plus où les gens logent (intégristes) ni quand ils vont s'arrêter. Et il semble qu'il n'y ait justement pas de limite à ces demandes. Ces revendications sont inquiétantes dans le contexte mondial du fondamentalisme religieux. Un intégrisme que même l'Angleterre ne sait plus endiguer.

Hiérarchiser les droits pour retrouver notre droit naturel

Avant de venir s'installer au Québec, les immigrants auraient dû savoir que le peuple québécois est inspiré par le droit romain qui a évacué tout religieux et coutume de ses codes. Au contraire des anglo-saxons, le droit français, le nôtre, considère l'Homme comme étant conforme à la nature. C'est ce qui explique que la charte québécoise ne fut pas faite pour défendre les cultes et coutumes religieuses, mais bien pour accommoder essentiellement les personnes sur le plan humain (handicap physique, mental, etc.).

Le droit a un impact direct sur la psyché des peuples. Le débat sur la Charte est l'occasion pour tous les Québécois de réhabiliter l'esprit de leurs lois qui a été grugé par la charte canadienne depuis 30 ans. Juste assez pour voir les excès où elle nous conduit et pas assez pour que les nouvelles habitudes s'ancrent. Nous devons agir avant que le droit naturel (romain) comme moteur de notre psyché collective se perde à jamais dans un droit coutumier anglais qui créera de plus en plus de ghettos, mais aussi des incohérences comme le cas de Guy Turcotte.

Ainsi, la Charte canadienne donne préséance à l'accommodement religieux, c'est pourquoi depuis 1982, les immigrants profitent de cette Charte pour revendiquer de plus en plus de privilèges au Québec. Pourtant, contrairement à un handicap physique, la demande d'accommodement religieux est réellement un privilège et non un droit. Autrement dit, l'État n'est pas obligé d'accommoder le culte et la coutume. Le Canada et le Québec se trouvent aussi loin que la France et l'Angleterre dans la gestion juridique du religieux.

Je suis profondément heurtée de voir l'humanisme supplanté par le pouvoir du religieux sur la conscience humaine. C'est une rétrogradation vicieuse qui aura une incidence lourde à bien des égards. C'est pourquoi nous devons recentrer notre appareil juridique qui reconnaît en primauté l'être humain avant la coutume religieuse. Pour retrouver notre équilibre social, national et individuel, nous devons hiérarchiser les droits dans notre Charte. Ce serait la manière la plus simple de remettre en avant le droit naturel sans tout casser.

Une autre étape vers la laïcité de l'État tout simplement

Au moment où Trudeau trahissait le Québec en rapatriant les pouvoirs du Canada sans lui (1982) et ouvrait les valves à une immigration massive, le Québec était en train de déconfessionnaliser l'État. Les Québécois de souche se sont vus submergés et sans moyens pour intégrer tout ce beau monde, en français dans une nation en voie de laïcisation. Voyant que la Commission québécoise ne leur donnait pas ce qu'ils voulaient, certains immigrants au fait de ce conflit des chartes ont constamment utilisé la Cour suprême pour imposer de plus en plus d'accommodements religieux.

Le dernier exemple où le Québec a respecté sa nature intrinsèque humaniste fut celui du jeune homme au kirpan. Toute la population et la commission étaient unanimes : contre le port du kirpan à l'école. Le cas fut amené en Cour suprême qui, basée sur une jurisprudence accommodant les libertés de culte, a enfoncé dans la gorge des Québécois un verdict anti-naturel. Le peuple entier fut muselé par le verdict de la Cour suprême à qui nous avons donné force de loi, alors même que nous n'avons pas signé la Constitution. Et depuis lors, les accommodements se sont multipliés par simple habitude. Aujourd'hui nous sortons simplement de ce mutisme pour corriger la situation.

Mais que nous dit l'immigration qui revendique à outrance des accommodements sur tout et rien au nom d'une coutume si importante qu'elle supplante notre humanisme ? À chaque fois qu'un immigrant fait une demande d'accommodement religieux, il va à l'encontre des valeurs du Québec. Il est en train de dire : je veux mettre en avant ma coutume et non mon humanité. C'est le message que nous recevons et qui nous heurte.

C'est ainsi que depuis 30 ans, une certaine immigration religieuse peut se permettre de mépriser qui nous sommes par le biais des lois canadiennes. Et je ne parle pas de ceux qui refusent de parler français, c'est un autre débat. Dans tous les cas, refuser l'héritage de la majorité québécoise, c'est une gifle, un pur rejet de qui nous sommes. Et ça fait mal.

C'est ainsi que M. Steinberg, comme tant d'autres immigrants, n'a eu cure de mon désir d'échanger avec lui, de cœur à cœur. Il est resté rivé sur son point de vue et il invite la « nation » d'Hampstead à la désobéissance civile. Rien de moins !

Qui est raciste, haineux et intolérant ?

M. Steinberg représente Hampstead, la ville la plus juive de tout le Canada (85% de Juifs). Ainsi, M. le maire fera comme il voudra si la Charte est adoptée. Ainsi un élu incite à la désobéissance civile. Comme si lui et ses concitoyens s'étaient cloitrés pour échapper au droit naturel québécois, comme si le reste du Québec, le «nous autres», indifférait totalement M. Steinberg et les siens, comme si les Hampsteadois était une nation avec des lois morales supérieures au gouvernement, comme si la Majorité n'existait pas et que seuls les intérêts de la minorité comptaient. M. Steinberg me dit que «sa gang» préfère éviter de nous côtoyer, de participer de cœur avec le reste de la nation québécoise. Je veux dire avec les Québécois de souche, avec les Mexicains, Portugais, Italiens, Vietnamiens, Sénégalais, Espagnols, Philippins, Argentins, Indonésiens, Libanais, Tunisiens, Algériens, etc., etc., qui tous les jours échangent ensemble sans signes distinctifs, sur la base purement humaine. Nous sommes des gens de cœur et il semble que notre désir d'échanger sur cette base ait été rejeté par des milliers de personnes que nous avons accueillies ; c'est ce que semble nous dire leur représentant.

Il fera tout ça en disant qu'il est un citoyen québécois comme les autres parce qu'il paye des impôts. Non, M. Steinberg, vous ne voulez pas être un Québécois. Vous avez colonisé une ville où vous vivez selon votre coutume et religion. Vous êtes en train de nous dire que vous êtes un séparatiste. Vous n'avez aucune envie d'échanger avec moi, de vous ouvrir sur le monde qui vous a accueilli. Dans votre message, j'ai vu de l'intolérance, de la fermeture, de la complaisance parce que les lois vous favorisent. Et vous utilisez la Charte canadienne sachant très bien qu'elle heurte de front notre dignité humaine, parce qu'elle vous donne la permission de refuser de vous accommoder de nous, ce qui nous empêche de constituer une nation unie ; parce que vous avez cette vieille habitude de mettre une coutume religieuse en travers des autres communautés comme prétexte pour ne pas vous mélanger aux autres. Êtes-vous raciste et intolérant ?

Nous, les gens du droit romain, nous considérons d'abord comme des êtres humains, des êtres nus, et les accommodements religieux qui relèvent d'un droit codifié par une religion briment notre désir de communiquer sans signes distinctifs et mettent en danger le statut de la femme. Nous ne voulons pas d'extrémistes et les revendicateurs de signes ostentatoires sont manifestement trop ascétiques pour fonctionner avec nous normalement dans la société. Alors oui, il vaut mieux présentement que les extrémistes religieux incapables de se défaire de leur symbole obtempèrent à la charte ou bien qu'ils se trouvent un autre travail. Nous devons éviter que les religions continuent de prendre de l'expansion dans l'espace public et prévenir pour les dérives trop souvent banalisées que sont le fondamentalisme religieux et le mépris envers les femmes.