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Pourquoi la Fédération de soccer du Québec a raison

11/06/2013 02:15 EDT | Actualisé 14/08/2013 05:12 EDT

Depuis quelques jours, la décision de la Fédération de soccer du Québec qui interdit le port du turban au sein des joutes régies sous sa juridiction enflamme non seulement certains observateurs, mais également la classe politique et l'Association canadienne de soccer.

Je préfère pour ma part concentrer mon attention, comme l'a fait mardi matin Patrick Lagacé pour The Globe And Mail sur le fondement même de la décision et non sur l'interprétation stratégique que certains élus et organismes peuvent en faire.

Or, contrairement à Lagacé, je crois que la décision de la FSQ est un pas dans la bonne direction.

Patrick Lagacé perçoit la décision controversée comme étant le reflet de la société québécoise qui privilégie une interprétation «catholisante» d'un accommodement raisonnable. Par contre, il fait erreur. Le sport amateur (et professionnel) n'est pas un reflet de société, c'est une société.

C'est ce que Brigitte Frot, directrice générale de la FSQ, a tenté de communiquer avec son très maladroit «They can play in their backyard. But not with official referees, not in the official rules of soccer», tel que cité par Lagacé. La FSQ ne condamne pas le port du turban lors de joutes de soccer, elle interdit le port du turban lors de matchs sous sa juridiction.

De la même manière que j'ai le droit de jouer au baseball en short et sans casquette, mais pas dans une joute régie par Baseball Québec. Je peux également jouer au basketball en jeans et avec une montre, mais pas une joute régie par la Fédération de Basketball Québec. Mes amis peuvent me laisser jouer au hockey sur glace en bottes de travail, mais pas dans une joute régie par la Fédération québécoise de hockey sur glace.

Les fédérations de sports opèrent intrinsèquement au sein d'une législation qui leur est propre et qui tente de ramener les athlètes à un même et juste niveau d'équité qui n'a plus ou moins de liens avec ce qui régit notre société. L'exemple d'un bâton porté au visage lors d'un match de hockey encadré par une fédération démontre combien il est difficile de comparer les règles qui régissent notre quotidien (comme l'exemple, mentionné par Patrick Lagacé, des places de stationnements lors de fêtes dites religieuses) et celles d'un sport.

Ainsi, même si Lagacé a raison de soulever les inconséquences des accommodements raisonnables ainsi que leurs applications au sein de notre société québécoise, la Fédération de soccer du Québec a décidément entrepris un pas dans la bonne direction: ramener le statut de l'athlète fédéré à un niveau de neutralité égalitaire à tous les points de vue. Qu'il en soit de la sorte pour tous les bijoux et accoutrements qui n'ont rien à voir avec l'équipement de base nécessaire à la pratique du sport.

Au fait, le sport se pratiquait nu à une certaine époque qu'on pourrait qualifier de beaucoup moins civilisée que la nôtre.

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