LES BLOGUES

Un permis de pitbull: pourquoi pas?

04/10/2016 10:46 EDT | Actualisé 04/10/2016 10:46 EDT

Le juge Gouin se prononcera mercredi 5 octobre pour savoir si le Règlement sur le contrôle des animaux de la ville de Montréal sera suspendu plus longuement afin d'en approfondir les détails; mais pourquoi ne pas songer dès maintenant à clarifier cette mesure difficilement applicable pour certains ou inconcevable pour d'autres?

D'emblée, il est difficile d'esquiver le problème: les morsures de pitbulls sont dangereuses et potentiellement mortelles à cause de la physionomie de l'animal. Comme un condor ou un tigre, le pitbull est un animal potentiellement erratique, aux caractéristiques tendancieuses.

Nier cette réalité relève de la mauvaise foi.

Or, il va sans dire que tous les oiseaux, tous les félins ainsi que tous les chiens ne doivent pas être traités de la même manière. La race pitbull devrait-elle être la seule visée?

Acquiescer à cette question relève également de la même mauvaise foi.

Comment trouver un terrain d'entente?

Je propose l'obtention d'un permis.

Tout d'abord, cet ajustement à la mesure proposée atténuerait la crainte de certains citoyens qui y voient la mise sur pied d'un génocide canin. La clause grand-père (les propriétaires actuels ne seraient pas dépossédés de leur pitbull) ne semble pas suffisante pour apaiser certaines inquiétudes et la mise sur pied d'un permis permettrait d'y mettre fin: l'objectif de la mesure est de sécuriser la population; pas d'exterminer une race de chien sur le territoire.

Ensuite, la mise sur pied d'un permis de pitbull viendrait renforcer la mesure déjà en place, soit d'enregistrer son chien. Certains élus municipaux l'ont confirmé: trop peu de gens enregistrent une médaille au cou de leur chien. En forçant le permis de pitbull, un propriétaire de chien qui n'est pas de race pitbull voudra très certainement enregistrer légalement son chien pour 1) agir légalement sachant que des agents sont plus propices à sévir à cause de la mise sur pied d'un registre spécial 2) tout en étant capable de prouver sans l'ombre d'un doute que leur chien, quoique possiblement semblable, n'est pas un pitbull.

En effet, plusieurs propriétaires de chiens évoquent que la présente mesure est impossible à appliquer, que les agents de l'escouade en sécurité canine ne seront pas en mesure d'identifier une race, tout comme certains vétérinaires n'en sont pas capables malgré leur formation.

Le permis de pitbull, tout comme un permis de conduire, permet donc une identification plus simple, et dans le doute, l'absence totale d'enregistrement (pas de médaille) pourrait être passible d'une amende ou d'une saisie par défaut, comme dans le cas d'une arme.

Ainsi, les permis de conduire et d'armes à feu sont de parfaits exemples où l'objectif n'est pas d'enrayer les voitures (potentiellement meurtrières), alors que dans le cas des armes seulement certaines armes sont interdites et que l'enregistrement des autres permet d'éviter les défis d'identification.

Dans les deux cas, on souhaite également sensibiliser, former et contrôler les propriétaires.

Le permis de pitbull pourrait donc permettre au grand public de suivre une formation qui responsabilise davantage le propriétaire: tout le monde peut avoir une certaine race de chien; tout le monde ne peut pas avoir de pitbull. De la même manière, tout le monde peut posséder une voiture, mais seulement certains peuvent la conduire.

La bureaucratie du permis de pitbull pourrait se payer par elle-même grâce aux frais d'obtention de la formation et du permis (sans parler des contraventions). Encore une fois, les frais peuvent être élevés: certaines classes de permis de conduire coûtent plus cher que d'autres.

Est-ce que la mesure serait infaillible? Bien sûr que non, des armes illégales circulent entre les mains de hors-la-loi et il en sera de même avec le pitbull comme c'est d'ailleurs le cas avec d'autres animaux exotiques sur le territoire.

Est-ce que le permis doit strictement s'adresser au pitbull? Certainement pas, ce permis de pitbull devrait plutôt prendre la nomenclature de «permis de sécurité animale» et intégrer plusieurs races d'animaux; pas seulement une seule race de chien (cela viendrait également contrecarrer la mesure qui touche le poids d'un animal qui n'est pas corollaire à sa race).

Enfin, comme l'urgence d'agir chez une certaine partie de la population est criante, alors qu'une autre partie s'indigne, le permis de pitbull m'apparaît être un premier pas dans la bonne direction : un projet pilote qui permet de sécuriser la population tout en assurant les aficionados canins que le gouvernement ne souhaite pas enrayer une race de chien, mais que le pitbull est présentement visé afin d'en faire un exemple pour un meilleur contrôle des animaux dangereux sur son territoire.

Au final, le nombre de propriétaires téméraires pourrait certainement être en baisse, ainsi que le nombre de bêtes jugées dangereuses, alors qu'il sera plus facile aux instances de protection de faire leur travail de contrôle et de sensibilisation auprès du grand public. Par déduction, les blessures graves et les cas de mortalité devraient donc également suivre à la baisse.

Il est encore temps pour les administrations publiques d'annuler leur règlement, et donc, un permis de pitbull, pourquoi pas?

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Marche pour la défense des pitbulls à Montréal (16 juillet 2016)

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter