« Nous sommes condamnés à interpréter » -- Paul Ricœur
Peu importe la résultante, peu importe la résolution du conflit, la grève étudiante de l'année 2012 sera synonyme d'une démonstration sans équivoque du pathétisme postmoderne dont souffre la société québécoise.
D'emblée, comprenons l'essentiel : il ne se déroule présentement rien (de ce qui est réellement discuté, analysé et critiqué).
D'un côté, il existe un regroupement d'étudiants, divisé en diverses factions qui ne représentent pas les mêmes intérêts et qui ne défendent pas la même idéologie, mais qui parle au nom desdits étudiants comme étant un tout uniforme et homogène sans représenter la majorité de ces derniers. Cette nébuleuse revendique l'attention du gouvernement via une série d'actions directes tantôt pacifistes, tantôt illégales, tantôt dangereuses, afin d'empêcher une indexation pratiquement immuable des frais de scolarité. Ces mesures contestées à différents niveaux par une minorité de représentants organisés n'affecteront qu'une marginalité de représentants qui ne pourront pas subvenir à l'indexation, s'endetter davantage ou compter sur l'appui financier d'un membre de la classe moyenne.
L'argument devient donc: l'accession universelle à l'éducation postsecondaire est menacée par une hausse des frais de scolarité (alors que la gratuité des frais de scolarité devrait être envisagée par/pour une société meilleure).
De l'autre côté, il existe un gouvernement majoritaire élu par la population pour un troisième mandat consécutif qui, à la veille d'une campagne électorale imminente, cherche à redorer le blason d'un mandat peu élogieux en se positionnant plus à droite sur l'échiquier politique de manière à contrer la montée d'un nouveau parti, la CAQ, qui gagne en popularité au sein de la population. Se faisant, il utilise son pouvoir démocratique, obtenu légalement par la faveur juridique, afin d'imposer avec force sa décision à une majorité d'électeurs en accord avec la décision initiale afin de calmer les ardeurs d'une minorité qui défend une marginalité rendue utopique par un spectaculaire spectacle [sic] médiatique.
L'argument devient donc : la démocratie aura préséance sur l'insolence révolutionnaire d'une minorité violente et hors la loi qui doit être réprimandée au nom de la bien séance des affaires publiques.
Le tout se déroulant dans un processus de construction de (non)sens médiatique qui (re)construit du sens à partir d'un conflit (qui n'existe pas) entre deux clans (qui font semblant d'être en opposition). S'entremêle alors une couverture sélective de moments isolés où différents écarts de conduite, de part et d'autre, sont (re)présentés en boucle (et partager à profusion sur les médias sociaux - la nouvelle chaîne de nouvelles en continu qui ressassent au maximum le même contenu suivant l'objectif d'atteinte de cotes d'écoute/impressions/pages vues/like/retweet) comme étant la synthèse de l'événement. La polarisation des points de vue facilite l'orchestration d'une histoire peu importe la position du consommateur de nouvelles.
L'environnement médiatique devient donc : d'un côté, il y a « le bien » qui revendique pour la majorité, tantôt démocratiquement tantôt avec violence, au nom du bien commun; et de l'autre côté, il y a « le mal » qui revendique pour la majorité, tantôt démocratiquement tantôt avec violence, au nom du bien commun.
Ainsi, le citoyen qui se retrouve à s'auto-convaincre qu'il a raison, peu importe sa prise de position face à la consommation de l'environnement médiatique qui représente une situation également floue, surtout mise en opposition. Recommence alors un processus de (re)construction rhétorique personnalisée, mais renforcée par la récupération technologique de la mobilisation sociale des plateformes 2.0, où s'accentue le clivage déjà polarisé : « J'aime ou je n'aime pas ». Tous les moyens deviennent bon, encore une fois de part et d'autre, afin d'amasser du support pour sa prise de position, renforcit par un algorithme articulé autour d'un processus de feedback à base d'interactions où la qualité n'égale pas la vérité d'un message, mais la force de propagation d'un message.
L'implication devient donc : j'ai raison, car j'obtiens l'appui de ma communauté avec qui j'entretiens des relations organisées autour d'intérêts communs.
Au final, on assiste à une communauté polarisée entre deux camps convaincus de militer pour le bien commun revendiqué par deux groupes de représentants qui croient nécessaires de protéger une minorité de leurs membres qui se sentent menacés par une mesure qui n'aura que peu d'impact réel sur la performance générale de la majorité au sein des affaires publiques par le temps qu'elle sera complètement mise en application d'ici quelques années, sans que cette dite mesure ne soit étudiée à sa juste valeur par l'industrie médiatique.
Il ne reste donc que l'engraissement d'un spectacle postmoderne qui ne sert (à) rien, ni personne, car profondément vide dans son retour sur soi-même rendu impossible par une consolidation de la valeur personnelle de chacun face à la défense d'un bien commun duquel on se détache pourtant, fondamentalement. Surtout dans le cas présent.
« En conséquence: celui qui veut avoir raison ou tort, Commande sans trouble,
Ne comprend pas les principes
Du ciel et de la terre.
Il ne sait pas comment
Les choses s'articulent. »
Chuang Tzu
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Pierre Luc Brisson: Le prix du cynisme
Les étudiants représente une minorité, logique étant que la plupart des étudiants ne sont pas en grève.
La population est contre la grève, puisque le gouvernement est majoritaire.
Mais, selon les sondages, la majorité des étudiants sont pour la grève: appuyer une grève et en faire partie c'est deux choses bien différentes : sa prend une majorité dans sa région immédiate et la volonté de porter le mouvement jusqu'au bout (d'où une grève qui s'éternise depuis plus de 10 semaines)
De plus, le gouvernement a un taux d'insatisfaction autour des 75%. Oui la population est contre la grève mais elle critique vertement sa gestion.
Finalement, vous affirmer qu'on peut faire dire n'importe quoi au processus actuel et que la vérité deviens celle de celui qui cri le plus fort.
Je suis désolé de péter votre bulle, mais ça toujours été le cas.
Euh... Quelqu'un aurait-il l'obligeance de traduire ce passage en français?
En fait, c'est tout le texte qui est atrocement mal écrit et tarabiscoté. Je suggère à M. Raymond de méditer sur ce mot archi connu de Nicolas Boileau: «Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément.»...
'garde l'autre qui juge un peuple au complet sur la base d'une grève des étudiants.
Pas fort ..
Par contre, l'aspect théorique concernant le postmodernisme tend à simplifier (par un humour grinçant et efficace) une complexité qui est probablement hors de notre portée pour le moment.
Il y a danger à ridiculiser les revendications étudiantes ou la position du gouvernement. En fait, il y a danger à ridiculiser tout individu ou collectivité qui est persuadée d'avoir raison (Tea Party, Reform Party, PQ, Gauche-Droite, etc.)
Car là où le rire cynique prend toute la place, il ne reste plus d'espace pour poser des questions essentielles.
Par contre, il importe aussi de démystifier les faux débats. D'où la pertinence de ce brillant article.
Se «payer gratuitement» ?!?
L'instruction est rentable pour la société. Plus il y a de monde instruit, plus nous sommes TOUS plus riches.
Les étudiants ont le coeur de travailler dur pendant des années pour s'intruire sans qu'on leur donne une estie de cenne pour les centaines d'heures de travail qu'ils y mettent. On doit avoir la descence de ne pas les FAIRE PAYER, en plus.
Vous m'avez bien cité mais très mal interprété. Par 'se payer gratuitement', je faisais référence à l'article de M. Raymond. Pas de l'éducation.
Canada Libre, je suis désolé de votre frustration de ne pas pouvoir donner des 'estie de cenne' aux étudiants qui travaillent durs pendant des années pour s'instruire, mais je vois vraiment pas pourquoi on devrait rémunérer quelqu'un à étudier. Si c'est ça, votre vision de l'éducation, alors je comprends pourquoi vous n'êtes pas en faveur du concept de responsabilité commune...incluant la contribution des étudiants.
A ce que je sache, si les étudiants n'ont pas d'argent pour étudier, ils pourront recevoir des bourses ou des prêts. Et je vous ferai remarquer que l'éducation ne se limite pas à l'université.
C'est si simple à régler lorsque le conflit n'existe pas...
"Il ne reste donc que l'engraissement d'un spectacle postmoderne qui ne sert (à) rien, ni personne"...
Réponse: Il y a, au contraire, des intérêts en jeu qui divergent. C'est ce qui fait qu'il y a lutte, conflit. Le "spectateur postmoderne..." est victime de son illusion de désintéressement, d'être d'un autre monde, de ne pas faire partie du conflit. Refus de prendre position = prise de position. Article habile, mais c'est de la poudre aux yeux.
pierre m de ruelle
Voilà où le bât blesse: ce gouvernement "majoritaire" ne représente que 37% de ceux qui ont voté et moins de 30% de la population.
Le système parlementarisme britannique démontre là de façon éloquente les lacunes qui l'habitent.
C'est la dictature de la minorité.
Ce n'est qu'un semblant de démocratie concédée par la couronne.
Nous nous devons de bonifier notre système démocratique. Si nous croyons véritablement en la démocratie, nous n’avons pas le choix. C’est devenu une nécessité.
Donnons-nous une constitution qui établit une nette distinction des pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire.
Élisons notre président, ou chef de l’état, au suffrage universel.
Permettons à nos députés de voter selon leur conscience et selon les besoins de leurs commettants.
Revoyons le financement des partis politiques afin qu’ils demeurent la propriété de la population et non des machines au service des riches.
Donnons-nous un système électoral (à deux tours, ou une proportionnelle, ou une combinaison des deux) qui permettra d’avoir une députation vraiment représentative de toute la population.
Xavier Dolan disait en entrevue il n'y a pas longtemps ; Je ne veux pas me faire dire des choses comme «arrête de rêver en couleur» « redescends sur terre» et il a raison. Il faut espérer et revendiquer un monde de tous les possibles.
Ce qui est pathétique par contre c'est le mépris qu'ils rencontrent et auquel ils opposent, et je les admire pour cela, un optimisme déterminé. Si vous voyez là des enfants gâtés qui veulent du déssert quand ils n'ont même pas mangé leur assiette, c'est que vous confondez le reflet dans le miroir avec la réalité. Ils sont en train de nous montrer que la réalité, la 'lucidité' est très variable.
Espéront une nouvelle direction moins chambranlante avec la coalition...
http://www.liberation.fr/monde/2012/04/23/les-etudiants-quebecois-toujours-dans-la-rue_813778#s1
http://www.operation1625.com/index_fr.php
Bref, il y a une différence entre être optimiste, objectif et résigné. À vous d'y voir ;)
pierre m de ruelle