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La Libye, la Syrie, l'Iran, l'Ukraine et Gaza ou la fin de l'hégémonie états-unienne?

22/07/2014 11:18 EDT | Actualisé 21/09/2014 05:12 EDT

Le récent conflit qui oppose Israël et le Hamas dans la Bande de Gaza dispose de toutes les caractéristiques d'une tragédie humanitaire. Mais d'un point de vue historique, il pourrait surtout officialiser la fin de l'hégémonie états-unienne et ainsi donc au retour d'un (d)é(sé)quilibre multipolaire des superpuissances.

Depuis la deuxième guerre d'Afghanistan qui dure depuis maintenant plus de 12 ans, et la troisième guerre du Golfe qui s'étire depuis 2003, deux conflits armés menés par une gouvernance républicaine et repris par les démocrates, la position des États-Unis sur l'échiquier mondial connait une profonde transformation : sa capacité militaire inégalée n'est plus en mesure d'intervenir unilatéralement.

L'intervention multilatérale en Libye de 2011 se veut le premier exemple de la difficulté des États-Unis d'agir seul. Non seulement d'un point de vue politique à la Maison Blanche, ou d'un point de vue économique sur Main Street, mais surtout à cause de son incapacité de stabiliser la région prise d'assaut en renversant le régime de Saddam Hussein. Au contraire, renverser Kadhafi, en plein printemps arabe, représentait une tâche beaucoup plus simple à laquelle les États-Unis ne touchèrent pourtant que du bout des doigts.

Au-delà de ce qui est communiqué par l'administration Obama comme un souhait de collaboration internationale en plein tumulte politique du monde arabe se cache une histoire secrète que certains belligérants du Moyen-Orient décident de tester.

La Syrie de Bashar al-Assad pousse alors la communauté internationale à la limite du possible, pendant que les États-Unis réfléchissent. Le calcul diplomatique implique la Russie, la Chine et l'Iran, alliés stratégiques de la Syrie, qui profitent indéniablement de l'affaiblissement hégémonique de la puissance américaine. Résultat : les États-Unis ont recours à l'ONU et à une résolution du Conseil de sécurité pour officialiser le démantèlement de l'arsenal chimique de la Syrie. On avait presque oublié que la négociation diplomatique faisait partie des cartes stratégiques américaines depuis le 11 septembre 2001...

Or, encore une fois, l'incapacité états-unienne d'intervenir militairement afin de supporter les rebelles ou d'installer une nouvelle gouvernance alliée chez un adversaire absolument pas de taille à un affrontement massif donne plus d'opportunités aux états ennemis que l'inverse.

Ainsi, l'Iran décide de négocier en rapport à son programme nucléaire. Non pas par faiblesse idéologique, mais plutôt parce que le leadership du Moyen-Orient est accessible et disponible. Les doigts d'honneur stratégiques à la Corée du Nord ne sont plus nécessaires, car il y a fort à parier que dans tous les cas, les États-Unis n'interviendront pas. Il y a une alternative stratégique à saisir qui était inconcevable il n'y a de cela que quelques années.

Arrive donc la Crimée.

La Russie, qui souhaite se redonner l'espoir d'un empire impossible et dépassé, peut agir impunément. Car, encore une fois, l'intervention militaire américaine représente une tâche beaucoup trop lourde de conséquences, politiquement et économiquement, que son armée n'est plus capable de soutenir. Au point ou même ses alliés en profitent.

Le conflit israélo-palestinien qui implique le Hamas et la droite du Knesset de la gouvernance Netanyahu n'est que la suite logique de l'incapacité d'intervention militaire des États-Unis au Moyen-Orient. De part et d'autre, l'affrontement militaire orchestré pour des faveurs politiques (le Hamas veut valider sa raison d'être de sa faction armée alors que Netanyahu persiste et signe avec l'action militaire tous azimuts revendiquée par sa base militante) n'apporte absolument aucune stabilité à la région.

En revanche, c'est principalement ce que les États-Unis recherchent à atteindre comme objectif depuis 2003 : une stabilité occidentale au Moyen-Orient. De mal en pis, l'attentat du vol MH17 confirme un deuxième front d'affrontement politique simultané auquel la puissance américaine se refuse d'intervenir. L'allocution prononcée par Barack Obama en marge de la tragédie aérienne, qui rejette la balle dans le camp européen, démontre bien l'incapacité des États-Unis de préserver leur rôle de policier du monde.

Malgré une puissance de frappe incommensurable et inégalée sur Terre, les États-Unis font maintenant partie d'un échiquier où la Russie peut prétendre retrouver sa situation de superpuissance de l'époque bipolaire de la Guerre froide pendant que la Chine prend tout son temps pour adresser les défis économiques de son système surévalué.

Entre temps, ce spectacle diplomatique se déroule au centre du monde, aux yeux du grand public, à coup de propagande médiatique articulée par différents stratagèmes rhétoriques.

Il y a fort à parier que le nombre de populations prises dans le feu croisé augmentera à court et moyen terme. Car nous vivons présentement le retour aux guerres interposées, nourries par une géopolitique artificielle qui n'a comme objectif ultime que de déstabiliser l'hégémonie américaine déconstruite et à bout de souffle.

Reste à voir quel état saura bénéficier de cette nouvelle instabilité politique, recréée à partir d'idéaux immuables qui datent tous d'une époque dévolue où il était possible de croire que le monde moderne pouvait être dominé, sans conteste, par une seule superpuissance.

Sans alternative valable, donc.

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