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Dans le village de Facebook

25/09/2012 12:39 EDT | Actualisé 25/11/2012 05:12 EST
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Village global. L'expression provenant d'un ressassement de points de vue du philosophe canadien de la communication Marshall Mcluhan est elle-même devenue un adage archétype qui résume de multiples situations associées à la mondialisation.

L'information voyage à un rythme jamais vu auparavant: village global. Une nouvelle émanant de la Russie fait manchette partout dans le monde: village global. La chasse à l'homme internationale d'un fou furieux traumatise le monde entier: village global. Cependant, le 24 septembre 2012 a confirmé notre existence au sein d'un village social qui doit beaucoup plus à l'hyper-réalisme de Baudrillard qu'au village global de Mcluhan.

Récapitulation

Durant mon heure de lunch, je vaque à ma vie normale où je mange tout en naviguant sur les différents réseaux sociaux: Facebook, Twitter, Foursquare, Pinterest, Instagram etc. La vie au village est sereine.

Or, un ami proche, en qui j'ai confiance, me communique un premier avertissement sur le clavardage de Facebook, mais la teneur de son message ressemble fortement à du spam. Je l'ignore présupposant que cette communication ne peut émaner de l'être réel que je ne reconnais pas.

Quelques minutes plus tard, un certain nombre d'amis Facebook, que je ne connais pas personnellement, mais qui jouissent d'une bonne réputation en ligne, communiquent à l'aide d'une image vue des milliers de fois que certains comptes sont victimes d'une brèche de sécurité. Encore une fois, je crois reconnaître tous les ingrédients d'une fausse alerte qui égayera ma journée: je créerai plus tard des memes et quelques blagues opportunes face à ce canular.

Quelques instants plus tard, une collègue française me communique sur un groupe Facebook privé que son compte a bel et bien été victime d'une brèche de sécurité et que certains de ses messages privés furent publiés sur sa Timeline. Je réponds instinctivement à son billet de la manière la plus simple possible: « spam... ».

Par contre, elle persiste et signe avec des billets de blogues sérieux dont le Huffington Post France. J'avoue être consterné au point d'effacer ma réponse « spam... » sous son billet.

Quelques secondes plus tard, les journalistes du village ameutent la population. Le Monde, Canoe, Huffington Post Québec, des amies de la CBC, les spécialistes de la technologie 2.0, etc. Je me décide donc à valider ma propre Timeline, et je suis sous le choc: certains messages privés datant de 2010/2009 sont effectivement rendus public par Facebook.

Je m'exécute donc, je suis les directives et je cache l'ensemble de mes messages. De retour parmi ma communauté: c'est la folie furieuse.

Tout le monde aux abris, Facebook n'est plus sécuritaire pour la vie privée des villageois! Certains quittent Facebook (pour quelques instants), d'autres effacent l'ensemble de leurs communications, la nouvelle se répand à une vitesse exponentielle même à l'extérieur de la plateforme. Je communique avec certaines ex-copines, les téléphones portables de mes collègues sonnent: amis et copines veulent savoir ce qui se passent. L'action de Facebook dégringolerait sur les marchés boursiers (sans qu'on me mentionne la conjoncture exacte du pourquoi du comment).

Le village cherche des réponses, les villageois veulent être rassurés et attendent la réponse de l'Église qui refuse toujours de se prononcer. Certains prophètes osent prendre la parole: Tech Crunch démontre avec preuves à l'appui que la brèche de sécurité est belle et bien vraie!

Mais l'Église émet finalement une communication officielle: il n'y a eu aucune brèche au sein du système de prévention de la vie privée parmi les utilisateurs Facebook. Ces messages ne seraient que de vieux messages déjà d'ordre public mais oubliés par les utilisateurs.

L'alerte s'estompe, les villageois sont rassurés. Les cyniques du village, muets jusqu'ici, jouent le rôle du politicien qui attendait l'argument rhétorique avant de se prononcer. La satire galopante prend la relève de la panique. Tout ceci n'était qu'une simple caricature qui ne cache aucun mal latent chez les villageois. Le village social peut revenir à la normal et continuer de vivre sa vie comme avant.

Village social, village global, (village hyper réel).

Mais le fait demeure: j'étais pourtant convaincu d'avoir témoigné d'une brèche de sécurité parmi mes messages privés.

Que s'est-il passé avec moi qui ai pourtant tenter d'ignorer, rechercher et comprendre le phénomène avant d'y prendre part? Comment est-ce qu'un nombre effarant d'usagers qui vivent leur vie de manière publique au sein d'un média social privé à qui on octroie l'accès gratuitement à nos plus infimes secrets angoissèrent face à la divulgation d'informations privées?

Pourquoi est-il normal de faire confiance à une corporation qui protège ses intérêts en affirmant qu'il n'y a pas eu violation de la sécurité de ses usagers? Pourquoi un ensemble de médias supposément sérieux et garant de la rigueur journalistique partagèrent ce qui pourrait être la fausse rumeur la plus médiatisée de l'Histoire de l'Humanité? Comment se fait-il qu'un bon nombre desdits médias rétractèrent l'information partagée plus tôt suite à la simple réception d'un communiqué provenant du département des communications de Facebook?

Peu importe les réponses à toutes ces questions, le fait demeure toujours: je remets aujourd'hui en question la validité de ce que j'ai vu, de ce que j'ai historiquement vécu sur ma Timeline Facebook. Je questionne désormais ma capacité à être en mesure d'analyser correctement ma personnalité 2.0, de me souvenir de mon existence passée sur les médias sociaux et je soupçonne ne pas être le seul.

J'évolue désormais par moi-même, avec mes pairs, dans un village social, où mes informations privées sont détenues par Facebook, de la même manière où je vis ma propre réalité corporelle dans un village global, où mes informations privées sont détenues par des institutions financières.

À la différence que le 24 septembre nous aura démontré que le village social est également un village global qui recrée de l'hyper-réalité où une vaste proportion d'utilisateurs semblent désormais incapables de s'y reconnaître.

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