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Célébrités nues: l'évolution logique du «Famous Players in Famous Plays» et le souhait que les vedettes soient normal(isé)es

03/09/2014 02:33 EDT | Actualisé 03/11/2014 05:12 EST

La mise-en-ligne par un pirate informatique de photos de vedettes hollywoodiennes nues fait scandale. Pendant qu'on cherche à définir la portée criminelle d'un tel geste et/ou l'explication des brèches du système de sécurité des données dites privées, réfléchissons le phénomène dans une perspective historique pour possiblement mieux le comprendre.

Le culte du vedettariat ne date pas d'hier et sa véritable origine est possiblement difficile à cerner. Or, l'une des plus anciennes maisons de production cinématographique, fondée en 1912, porte le nom du phénomène : Famous Players in Famous Plays. La compagnie proposait ainsi un récit filmé qui comprenait les célébrités du moment; une stratégie fréquemment utilisée à cette époque suggérait que les duos romantiques à l'écran formaient également un couple dans la vie de tous les jours.

La frontière floue entre la vie réelle et la réalité représentée sur le grand écran a non seulement toujours été associée à l'univers du cinéma, mais fait partie intégrante de la mise en marché du produit culturel. Le spectateur moyen active donc un mécanisme inconscient d'appréciation d'une œuvre filmée à partir de ce qu'il considère être la véritable existence d'un comédien.

Par exemple, on complète la prestation à l'écran d'un Mickey Rourke, dont un reconnaît les traits de caractère et les allusions à sa carrière, dans The Wrestler de Darren Aronofsky et la proximité amoureuse de Kristen Stewart et Robert Pattinson devant la caméra pour la série Twilight, comme à l'extérieur des studios. Les rumeurs de rupture imminente du couple Stewart/Pattinson, avant la sortie du dernier film de la série, démontraient bien l'enjeu et l'impact que le phénomène peut avoir sur les recettes au guichet.

Il n'y a qu'un pas à faire avec les récentes rumeurs de séparation entre Jay-Z et Beyoncé et la prestation de cette dernière au MTV Video Music Awards, rejointe sur scène par le rappeur et leur bambine. Tout un spectacle qui (apparemment) réglait la question: Jay-Z et Beyoncé forment un couple solide.

Ainsi, à devoir recourir au spectacle pour nourrir le spectacle, existe-t-il toujours une frontière entre la réalité et la fiction, et si c'est le cas, où se retrouve-t-elle?

La diffusion des photos est effectivement un acte répréhensible, mais il n'en demeure pas moins qu'elle a su trouver un public. Un public déjà habitué à la mise en marché de sex tape et de collaborations entre agents d'artiste et paparazzi pour mousser la popularité d'une personnalité ou d'une autre.

Aujourd'hui ne diffère donc pas d'il y a 100 ans.

Les studios peuvent suggérer des stratagèmes de mise en marché pour le grand public, mais le grand public décide toujours de renforcir ce star system ou d'y renoncer. Force est d'admettre qu'en 2014, il semble bien difficile d'y échapper.

La carrière de Jennifer Lawrence ne s'éteindra pas à cause de ce scandale, mais fera plutôt partie intégrante de son entité. De la même manière où depuis la mort tragique de sa femme, Liam Neeson accumule les rôles de protagonistes devant tout faire pour sauver le monde à défaut de devenir veuf, Jennifer Lawrence deviendra fort probablement à l'écran un modèle de résilience féministe. Ou tout l'inverse, telle Rihanna suite à l'assaut de Chris Brown à son endroit.

Au final, le présent scandale n'est que la suite logique d'une industrie qui propose un spectacle à un public qui décide de nourrir, pour son plaisir personnel, un mécanisme herméneutique qui ne fait qu'élever le statut fantasmagorique de certains individus, pour ultimement cultiver la plus improbable et fondamentale des réalités qu'ils ne sont pas différents de personne.

Telle la célèbre section du magazine à potins Stars : They're Just Like Us!, les vedettes doivent être mises à nu.

Enfin, il y a fort à parier que de nombreuses célébrités sont au nombre des gens ayant souhaité avoir accès au contenu photographique illégalement diffusé sur Internet. Après tout, ils sont comme nous; et ce désir de normaliser des personnes normales émane surtout de nous-mêmes, personnes (a)normales.

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