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Pourquoi j'annulerai mon vote le mardi 4 septembre

03/09/2012 08:48 EDT | Actualisé 03/11/2012 05:12 EDT
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Tout d'abord, je crois qu'il apparait important de différencier la décision de s'abstenir de voter et celle d'annuler son bulletin de vote. Alors que certains électeurs décideront de ne pas se prévaloir du privilège que leur octroi le processus démocratique - pour diverses raisons se situant quelque part entre le pôle de la protestation face audit processus et celui du désintéressement total - je profiterai de l'opportunité donnée le mardi 4 septembre pour exprimer mon insatisfaction face à l'ensemble des plateformes proposées par les cinq principaux partis.

Voici pourquoi.

Pourquoi je ne voterai pas pour Québec solidaire et Option nationale?

À titre de résident de la circonscription de Gouin, la candidature de Françoise David représente pour plusieurs une alternative de choix non seulement au changement mais d'apporter une voix nouvelle, rafraichissante et authentique à l'Assemblée nationale.

Or, même si l'instauration d'un revenu de citoyenneté (nommé revenu minimum garanti par QS) est une proposition séduisante à mes yeux, elle se veut un parfait exemple de la manière où il est moralement difficile de se positionner contre la vertu proposée par Québec solidaire mais où il est impératif d'être contre l'absence de pragmatisme du parti de gauche.

De la même manière où il est impossible d'être contre le principe de la gratuité scolaire, le contexte économique actuel, mais davantage la structure administrative en place, ne permettent pas un changement de cap si majeur sans qu'elle ne puisse, à mon avis, tout d'abord passer par une hausse des frais de scolarité temporaire (au même titre que la suspension de la loi sur le déficit zéro).

Enfin, les convictions souverainistes du parti et plus précisément celles de son seul élu Amir Khadir, qui avait appelé à soutenir un parti fédéraliste, le NPD, pour bloquer la possible majorité du Parti conservateur en 2011, soulèvent de nombreuses questions.

Paradoxalement, Option nationale ne cache pas sa ferveur souverainiste en faisant de l'indépendance l'angle principal de sa plateforme. Cependant, le parti ne présente pas de candidat dans Gouin à la suite d'une entente avec, justement, Québec solidaire.

Ainsi donc, le pacte de non-agression dans la circonscription de Gouin serait une manière de favoriser l'avancement du mode de scrutin proportionnel à l'Assemblée nationale afin de mettre un terme au vote stratégique qui bénéficie aux grands partis. Or, en laissant libre cours à un parti du « peut-être » (selon les dires du chef Jean-Martin Aussant), ON ne demande-t-il pas à l'électeur de Gouin de voter stratégiquement et non selon la base même de ses convictions? Dans tous les cas, il m'est donc impossible de voter pour Option nationale.

Pourquoi je ne voterai pas pour le Parti libéral?

À ma grande surprise, la raison principale qui a fait du gouvernement du Parti libéral un des pires de l'histoire du Québec a complètement été écartée de la présente campagne électorale sur le fond. Sur la forme, on a parlé de corruption.

Remontons à la première élection du Parti libéral de Jean Charest, en 2003. Les Québécois devaient choisir entre le Parti québécois mené par Bernard Landry, qui avait amorcé la consolidation des infrastructures de gouvernance pour assurer une performance optimale du développement des affaires publiques pour des générations à venir, ou une réingénierie de l'État proposée par le Parti libéral de Jean Charest qui n'était en fait qu'une mesure électorale improvisée de décentralisation des prises de décisions vouées à plaire aux localités. Résultat: trois mandats plus tard, le PLQ (et Union Montréal) a retardé le développement du Québec pour au moins une génération à venir à cause d'un engraissement de la gouvernance, nécessairement devenue corrompue par la force des choses.

Alors que le Parti libéral se targue de faire de l'économie sa priorité, le constat demeure qu'il a au contraire dilapidé les fonds publics dans le développement d'une hyper bureaucratie qui rend les élus moins imputables face à son rendement.

Pourquoi je ne voterai pas pour la Coalition avenir Québec?

Indubitablement, la réponse aux neuf dernières années d'une telle gouvernance est le renouveau du discours financier de la droite économique alors que la CAQ prétend pouvoir industrialiser la fonction publique pour dégager des sommes spéculatives capables de propulser le Québec vers l'avenir.

Or, cet avenir ressemble davantage à la fin d'un exercice financier qu'un projet viable à long terme sur plan de la préservation des valeurs chères à la société québécoise depuis la Révolution Tranquille. La tergiversation du parti sur un ensemble d'enjeux qui ne fait pas consensus au sein des différentes générations qui s'exprimèrent de part et d'autre avec agitation au printemps dernier a de quoi inquiéter l'électeur qui croit difficile qu'on puisse gérer un gouvernement et une population comme une compagnie.

Par exemple, rembourser la dette à partir de l'exploitation des ressources naturelles du sous-sol québécois se veut une spectaculaire entreprise spéculative qui s'apparente à rembourser son prêt hypothécaire en investissant à la bourse.

Elle est loin, la confiance en une telle manière de gérer les affaires de l'État.

Pourquoi je ne voterai pas pour le Parti québécois?

Enfin, il y a le Parti québécois. Un parti qui pourrait se présenter comme étant porteur d'un projet ou à tout du moins d'une vision à moyen/long terme de l'État québécois. Pourtant, le PQ s'est montré plus habile à concocter des formules électoralistes vouées à remplacer le gouvernement usé du PLQ.

En s'enfonçant dans un débat identitaire pour mobiliser sa base militante plutôt que de définir une citoyenneté québécoise capable de protéger les valeurs intergénérationnelles de toutes les sphères de la population sur différents enjeux comme la culture, l'environnement, la langue et l'éducation, en parlant indéfiniment de corruption plutôt que de proposer un plan de réhabilitation de la gouvernance qui survivra difficilement, comme toutes les infrastructures de l'État d'ailleurs, non seulement à elle-même mais au vieillissement typiquement québécois de la population, en étant incapable de parler de souveraineté correctement sans devoir se rétracter sur des mesures qui relèvent davantage de l'affirmation nationale que d'indépendance, le Parti québécois a perdu mon vote.

Le 4 septembre prochain, j'annulerai donc mon vote pour signifier démocratiquement mon insatisfaction face au manque de vision de l'ensemble des partis politiques qui me semblent avant tout souhaiter leur (re)élection plutôt que de propulser le Québec vers l'avenir, à l'aube de ce qui pourrait bien être une ère de grands bouleversements pour l'Occident tel qu'on le connait.

Portraits des chefs