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Pont Champlain: une triste manipulation

08/11/2014 08:48 EST | Actualisé 08/01/2015 05:12 EST

Il était savoureux de voir Denis Lebel s'indigner du fait que l'on mette en compétition les deux grandes figures que sont Maurice Richard et Samuel de Champlain! À la Chambre des Communes, il en imputait la faute aux libéraux. Mais n'était-ce pas lui qui avait mis le feu aux poudres en voulant débaptiser le pont Champlain? Tous, on pouvait lire entre les lignes de cette tentative de diversion si maladroite! Comme on pouvait voir ce qui s'en venait depuis quelque temps alors qu'il mettait beaucoup d'obstination à parler du «nouveau pont sur le St-Laurent»! L'intelligence stratégique du ministre se manifestait dans toute sa splendeur!

Il a maintenant fait marche arrière en protestant de sa bonne foi dans l'affaire. Mais rien ne nous indique qu'il a compris l'attachement du public au nom que le pont a déjà. Car, ce nom, il l'a déjà et seul Denis Lebel, et certains membres de son gouvernement peut-être, pense que l'on est devant un tableau blanc. S'il n'a rien annoncé encore, est-ce parce qu'il va se mettre à la recherche d'un nouveau nom? Ou qu'il lui apparaît, comme tous ceux qui font de la politique et qui ont l'amour-propre mal placé, qu'il perdra moins la face s'il laisse le temps passer entre cet échec et le moment où il conviendra que le nom du pont n'a pas à être changé? Car tout vient de là; d'avoir tenté un changement profond, reléguant aux oubliettes de l'histoire le nom du père du Canada.

On voudra nous faire croire que c'est là la manifestation d'un populisme étroit d'esprit, atteint de présentéisme historique aigu. Mais Stephen Harper a déjà prouvé, il y a deux ans, à quel point il sait que l'histoire peut jouer un rôle dans la conception que les gens se font du Canada. Il l'a montré dans le faste qu'il a réservé aux célébrations entourant le bicentenaire de la guerre de 1812, forçant l'histoire à considérer ce conflit comme un élément fondateur de notre pays. La conséquence logique de ce révisionnisme n'était-elle pas de chercher à déconsidérer les vrais actes fondateurs?

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On peut s'indigner jusqu'à plus soif avec tous ceux qui veulent que la mémoire du fondateur de Québec et père du Canada soit honorée! Tous, Montréalais, banlieusards ou visiteurs, nous avons «pris» Champlain. Mais ne l'avons-nous jamais «lu»? Car Samuel a écrit. Ses Voyages de la Nouvelle-France sont d'une plume vivante, montrant un émerveillement certain devant les découvertes qu'il fait. Et, faute d'une culture générale suffisante, nombreux sont les Canadiens et les Québécois qui ne les connaissent pas, ces écrits!

En ce qui me concerne, je les ai lus, mais tardivement, et je n'ai pas compris comment il se faisait qu'ils n'aient jamais été inclus dans un corpus de livres obligatoires à l'école! À le lire, on en vient à être d'accord avec les mauvaises langues de son époque qui croyaient qu'il s'exilait volontairement pour expier une faute grave. On n'en revient pas de son obstination! Combien de fois dut-il traverser l'océan, avec tous les délais et dangers que cela implique, pour aller convaincre un nouveau suzerain ou un nouveau responsable des colonies que le Canada était un projet qui en valait la peine! Et pour retrouver, à son retour, sa ville de Québec en bien piètre état! En 1629, il doit même la laisser aux frères Kirke qui en firent la conquête. Il apprend par la suite que la guerre entre la France et l'Angleterre avait pris fin trois mois avant la victoire des Kirke. Il y revient en 1632 et doit tout reconstruire.

C'est à cet homme et à son acharnement que l'on doit d'avoir aujourd'hui ce pays. Il vaut bien un pont, me semble-t-il, et il vaut bien plus qu'une ridicule manipulation politicienne.

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