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Le cadre financier de la CAQ: possible, mais à quel prix?

12/03/2014 12:49 EDT | Actualisé 11/05/2014 05:12 EDT

Pour son émission Calcul électoral, Gérard Fillion a choisi de réunir les anciens politiciens que sont Rémy Trudel, Rita Dionne-Marsolais (en rotation) et Liza Frulla pour les faire dialoguer avec les entrepreneurs Alexandre Taillefer et Denise Verreault, les économistes Youri Chassin et Ianik Marcil, l'ancien PDG de Desjardins Claude Béland et l'avocat Paul Saint-Pierre-Plamondon. L'objectif de l'émission, diffusée tous les soirs à 16h30, est de mettre un chiffre sur les promesses électorales et de juger de leur réalisme au plan économique et politique.

J'ai regardé l'émission durant laquelle les intervenants qu'étaient Rémy Trudel, Liza Frulla et Youri Chassin commentaient le cadre financier de la CAQ, qui prévoyait, chiffres à l'appui, d'éliminer le déficit dès cette année. Entre l'économiste, pour qui tout cela, sur papier, tient la route et les anciens politiciens plus aptes à mesurer l'effet réel de telles mesures, le contraste était frappant.

Sur papier, et dans l'absolu, le tout se tient. Mais les conséquences de telles compressions et économies semblent plus difficiles à prévoir. Rémy Trudel a même utilisé l'image de la tronçonneuse pour illustrer son propos. Ces conséquences seraient certes humaines, sociales, politiques mais elles seraient aussi très certainement d'ordre économique.

Du coup, je me suis souvenu d'une entrevue avec David Suzuki. Il y contestait le fait que l'économie soit une science, avançant que bien des conséquences écologiques d'exploitations industrielles ne sont jamais comptabilisées. On les imagine plutôt être reportées à un bilan comptable dont hériteraient d'autres générations.

Toutes proportions gardées, la mise en place de ce cadre financier pourrait bien nous réserver des surprises. De compressions sévères, il résulte souvent une sorte d'enlisement économique, qui fait diminuer les entrées d'argent du gouvernement. Pourrait-on envisager pareille conséquence à l'application du cadre financier de la CAQ? Le fait de récupérer 450 millions dans les subventions aux entreprises, 250 millions dans les achats du gouvernement, 300 millions dans les dépenses informatiques n'entraînerait-il pas une baisse des recettes du gouvernement? Cette possibilité a-t-elle été considérée dans ces opérations comptables?

J'ai trouvé particulièrement savoureux de s'appuyer sur un 200 millions d'économies, réalisés grâce à la lutte contre la corruption. D'abord, parce qu'il est illusoire de penser que de telles sommes puissent être récupérées dans un proche avenir. Ensuite, parce qu'il me semble que la raison récemment retenue pour expliquer qu'il soit devenu plus facile de s'adonner à la corruption est la perte d'expertise des administrations publiques. Plus personne ne pouvait juger de la pertinence des soumissions pour les travaux publics. Et cette perte d'expertise est justement la conséquence de compressions antérieures. C'est parce que les administrations publiques n'ont plus, dans leur rang, d'experts capables d'analyser la valeur des travaux envisagés qu'elles ont dû recourir aux entreprises de génie-conseil, ouvrant ainsi la porte à la collusion.

Faire des compressions sur la base de ce qui pourrait être retourné au gouvernement grâce à la lutte contre une corruption rendue possible par le fait de compressions antérieures, c'est assez loufoque.

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