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La réaction de mon patron à l'annonce de ma grossesse montre qu'il faut dénoncer la discrimination faite aux femmes enceintes

07/06/2017 11:35 EDT | Actualisé 07/06/2017 11:40 EDT

Aujourd'hui je suis en colère. En colère, triste et dépitée. Nous sommes en 2017, on peut parler sans tabou de la discrimination envers les personnes homosexuelles, les handicapés, les femmes, les étrangers, les obèses, les moins beaux que les autres, les légumes pas bio, les jambons avec des nitrites....mais aujourd'hui j'ai dû faire face à de l'inattendu.

Février 2017, je commence un nouveau travail dans le milieu sanitaire et social, un poste à responsabilité, dans une nouvelle ville, une nouvelle entreprise. Deux semaines après, retard de règle, je me rends compte que je suis enceinte de mon premier enfant. Ma première réaction fût de me dire, "OUPS, déjà! Si vite après avoir commencé le boulot... Comment mon chef va-t-elle réagir?" Et puis s'en suit la joie avec mon mari de se dire que la vie n'attend pas et que nous n'avons jamais voulu fonder notre famille en fonction de notre travail.

Ayant bonne conscience, je préviens mon patron avant la fin de ma période d'essai, à un mois et demi de grossesse. Sa réaction est professionnelle, il pensait bien que ça arriverait mais pas si tôt. Jusque-là on peut dire que tout va bien.

Mais voilà, il y a trois semaines, je suis arrêtée par la sage-femme pour 15 jours à cause de douleurs importantes au ventre. Je préviens mon patron comme il se doit. A mon retour début mai, je suis convoquée dans son bureau.

Et là... je ne m'attendais à rien mais encore moins à ça. Pendant plus d'une heure, il a vidé son sac.

"Tu es quelqu'un de franche et honnête donc je dois te dire ce que je ressens". Il me dit qu'il trouve que ma grossesse est malhonnête, qu'être tombée enceinte si vite ce n'est pas correct. "Je sais que je n'ai pas le droit de te demander ça" mais "Tu aurais quand même pu travailler de chez toi, me proposer ton aide" pendant ton arrêt de travail.

Il a eu le temps de réfléchir pendant ces quinze jours et au final il réalise qu'il n'aurait pas dû m'embaucher, qu'il a fait une erreur car si je dois être en arrêt à cause de ma grossesse, comment va-t-il gérer, il compte sur moi... Irritée à mon tour, je choisis le cynisme:

"Veux-tu que je regarde si je suis dans les délais pour me faire avorter? Est-ce que c'est ça que je dois faire selon toi?" Là, regard horrifié, et il me répond: "Mais pas du tout, tu vas voir c'est merveilleux un enfant, je te souhaite d'avoir une très belle grossesse"... Je vous passe le reste de la conversation qui va de pire en pire.

Je ne suis pas correcte. Pas correcte de lui avoir annoncé aussi tôt ma grossesse, deux mois plus tôt pour ne pas qu'il est le sentiment que je le piège justement? Pas correcte car oui, ma priorité est ma famille et mon mari et non ma carrière? Pas correcte car quand je suis au travail, j'y suis à 100% mais que quand j'y suis plus et bien... je suis chez moi? Pas correcte car je fonde ma famille?

En parlant de cette expérience autour de moi, je me suis malheureusement rendu compte que je ne suis pas la seule à vivre ça. "Ah oui, c'est souvent que mes patientes au retour de leur congé mat' se retrouvent au placard, les dossiers intéressant donnés aux collègues", "Ma soeur n'a pas eu la promotion qu'elle devait avoir car elle était enceinte"...

La discrimination que rencontrent les femmes enceintes ou les mères de famille, on en parle quand? Et on fait quoi contre ça? Il va se passer quoi à mon retour de congé de maternité et qu'il faudra que je m'absente car mon bébé sera malade? Mon supérieur me dira quoi? Et si demain je dois à nouveau être en arrêt? Que va-t-il m'arriver? Alors oui, la priorité c'est le bébé, mais pour que le bébé soit bien, la maman doit être bien aussi non? Ce n'est pas ce que nous pouvons lire un peu partout? Mais comment la maman peut se sentir bien quand elle sent le regard désapprobateur de ses supérieurs?

Aujourd'hui, j'arrive à prendre du recul, et je plains mon directeur d'avoir ce genre de pensée, et je me dis que pour réussir à penser ce genre de chose, il doit avoir un sacré mal-être. Mais en attendant, on fait quoi? Que fait la société? C'est un sujet tellement tabou que je ne signerai pas ce témoignage, je ne dirai pas où je travaille ni à quel poste. Est-ce normal de se sentir si piégée lorsque nous décidons de donner la vie? En 2017...

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