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Mon premier noël orphelin

10/12/2014 09:32 EST | Actualisé 11/02/2015 05:12 EST

Dans Citoyen de Ville Joie: Souvenirs d'un orphelin, j'écris sur les années de mon enfance pendant lesquelles je me suis retrouvé sans famille. Pour souligner la période des Fêtes qui arrive, j'offre un extrait de mon livre qui décrit Noël dans un orphelinat appelé Ville Joie. La preuve qu'on peut trouver le bonheur même dans les périodes les plus sombres.

Dans l'après-midi du 24 décembre, un ami de Gérard vient nous rendre visite, déguisé en père Noël. J'apprécie le geste, mais je ne suis pas très impressionné. Je viens d'un endroit qui ne permettait pas vraiment d'embrasser les contes auxquels les enfants ont l'habitude de croire. Je ne me rappelle pas avoir jamais cru au père Noël et la fée des dents de notre quartier aurait sûrement laissé des chèques sans provision sous nos oreillers.

Je célèbre donc Noël pour la première fois avec Gérard et Guylaine. Nous passons la soirée du réveillon bien au chaud près du petit poêle à bois au sous-sol, juste nous trois. Une soirée tranquille, empreinte d'une simplicité qui me semble rassurante. Tellement rassurante que si quelqu'un me demandait ce que cette soirée représente pour moi, le premier mot qui sortirait de ma bouche, sans hésitation, serait «famille». Non pas parce que c'est ce que les autres veulent entendre, mais bien parce que c'est ça que je ressens enfin.

Il m'est difficile de résister à la tentation de comparer cette soirée aux Noëls de Ville Joie.

Je me rappelle encore, lors de mon premier Noël à l'orphelinat, de l'anxiété qui montait en moi alors que les préparatifs allaient bon train.

J'étais assis sur la marche la plus basse d'une longue échelle qui avait été utilisée pour accrocher des décorations sur l'arbre de Noël géant. Du moins, je crois qu'il était géant. Quand j'avais sept ans, j'étais tellement petit que tout avait l'air gigantesque à côté de moi. Les éducateurs avaient couru toute la journée comme des poules sans tête pour s'assurer que tout allait être prêt pour la grande soirée.

Dans les semaines menant aux vacances des fêtes, j'avais entendu les autres enfants de ma classe décrire ce qu'un joyeux Noël allait vouloir dire dans leur famille. Je trouvais que les mots qu'ils utilisaient étaient beaux, mais je n'associais aucun d'eux à mes expériences présentes et passées. J'avais été soulagé de ne pas avoir été choisi par mon professeur pour raconter l'histoire de mes 25 décembre: le seul souvenir de Noël que j'avais était celui où mes frères, ma sœur et moi étions assis autour de la cuisinière électrique, la porte du four entrouverte pour nous réchauffer. Nul besoin de mentionner que personne n'avait reçu de cadeaux. Les seuls mots qui avaient été prononcés ce matin-là avaient été ceux de ma sœur lorsqu'elle nous avait rappelé que c'était bel et bien le matin de Noël.

Quelques années plus tard, je me retrouvais dans un orphelinat et c'est là, ironiquement, que je me préparais à vraiment célébrer cette soirée spéciale pour la première fois.

Grâce à mes camarades de classe et à la description qu'ils avaient donnée de leurs vacances, j'avais découvert ce que Noël était supposé être et je constatais que ce n'était pas ce qui était en train de se préparer à Ville Joie. Mais en même temps, grâce à l'orphelinat, je savais maintenant ce que c'était que d'être en sécurité et au chaud en cette soirée froide. Le poids de l'envie que je ressentais envers mes amis était aussi lourd que celui de ma gratitude pour ce que m'offrait Ville Joie. Mon petit cœur, mes petits genoux aussi, n'avaient pas encore assez de vécu pour supporter ce fardeau. Il n'y avait que l'échelle à proximité quand le poids est devenu trop lourd et que mes jambes ont cédé.

Quand elle a remarqué que j'étais assis seul, Carole est venue me voir pour me demander si j'allais bien. L'honnêteté étant de mise à Ville Joie, je lui ai répondu que j'étais excité par la soirée qui s'en venait, mais que je me sentais mal de vouloir également ce que les autres enfants de mon école étaient en train de vivre avec leur famille à ce même moment. Je lui ai dit que je savais que Noël n'était pas ce qui était sur le point de se produire. Carole m'a convaincu d'essayer de vivre le moment présent, ne serait-ce que pour ne pas manquer les petits bonheurs que la vie s'efforçait de me donner.

C'est ce que j'ai essayé de faire et nous avons marché, les orphelins, les éducateurs ainsi qu'une brochette d'invités spéciaux vers le petit auditorium pour célébrer Noël. Nous avons assisté à un spectacle de sketches et de chansons réalisé par les policiers de la Ville. Pendant toute l'année, ils avaient fait la collecte de sous et répété leurs performances dans le seul but de nous offrir des cadeaux et de nous divertir. Ils avaient laissé leurs proches derrière, la veille de Noël, pour plutôt passer du temps avec nous.

J'ai reçu des cadeaux; une guitare et un petit établi avec de vrais outils. J'ai ri, j'ai chanté toute la soirée. Des souvenirs si extravagants pour un enfant qui n'avait pas de famille. Pendant ces quelques heures, j'ai oublié qui et où j'étais. Pas une seule fois durant la soirée n'ai-je pensé à ce que les autres enfants de l'école vivaient de leur côté. Grâce à Ville Joie, je venais de découvrir qu'il est possible de trouver le bonheur peu importe où l'on se trouve.

Même quand on est assis sur la marche la plus basse d'une longue échelle dans un orphelinat.

www.steve-marchand.com

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