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«<em>Je suis maintenant ex-éditorialiste au quotidien Le Droit</em>»: ce texte qui a coulé Pierre Allard...

30/05/2014 12:41 EDT | Actualisé 30/07/2014 05:12 EDT

Choquant. Enrageant. Je ne trouve aucun autre terme pour exprimer le sentiment qui m'habite suite à cette nouvelle qui m'a mis hors de moi. Un tweet d'un contact que je respecte beaucoup, un éditorialiste que je lis assidument, un défenseur de la langue française en Outaouais et dans l'Ontario francophone...


Pierre Allard a commis l'odieux d'un texte sur son blogue personnel qui n'a pas du tout plu aux gens de Gesca. Sur son blogue personnel. Chez Gesca on n'a pas digéré la teneur de ce billet. Pierre Allard, associé au journal Le Droit depuis 45 ans, éditorialiste depuis 12 ans a donc été remercié. Viré. J'en suis encore sidéré.

Qu'y a-t-il de tendancieux dans ce texte ? À première vue, une critique sentie de la décision des grands patrons de Power Corporation, conglomérat propriétaire de la chaîne de journaux Gesca, de passer à la trappe les versions imprimées des journaux du groupe. Plus encore, Pierre Allard rapporte les paroles d'André Desmarais, co-chef de la direction de Power Corporation, selon qui l'avenir des journaux régionaux pourrait aussi être remis en question. « Ils sont appelés à disparaître... »

Pierre Allard est un ardent défenseur du journal Le Droit depuis toujours. Contrairement aux autres journaux régionaux du groupe (ils sont tous essentiels bien entendu), ce journal assure un rôle de cohésion sociale, linguistique, au sein d'une collectivité qui se bat sans cesse pour la reconnaissance de ses droits. J'ai souvenir du rôle du journal Le Droit dans le dossier de l'hôpital Montfort. Chaque jour, on y publiait des textes qui rendaient compte de l'importance de ce débat vital au sein de la communauté.

L'ex-éditorialiste explique avec force de conviction toute l'importance de ce journal qu'il défend :

«En 1913, Le Droit a été fondé par des Franco-Ontariens qui luttaient contre l'interdiction de leurs écoles par un gouvernement raciste à Toronto. Son lectorat est devenu graduellement plus québécois qu'ontarien, mais le journal continue à chevaucher les deux rives de l'Outaouais. Des milliers, des dizaines de milliers de personnes y ont travaillé ou ont contribué à le diffuser au cours de son premier siècle. Le Droit est enraciné même s'il est amoché par l'époque. Le labeur centenaire de ses artisans, et le public qu'ils ont desservi et continuent de desservir, méritent une reconnaissance et un attachement qui dépassent la froide lecture d'un bilan financier et l'interprétation de l'évolution technologique. Pour moi, l'humain sera toujours plus important que la marge de profit.»

La froide lecture des bilans financiers n'a d'égal que ce renvoi subit, ce coup de pied au derrière qui est servi à celui qui ose remettre en question les paroles de la haute direction...

Pierre Allard a commis un texte sur son blogue perso afin de dénoncer cette situation, ce qui serait tout à fait normal dans un environnement où la critique d'une telle décision serait permise. Je cite l'ex-éditorialiste:

«J'ai toujours cru que le milieu journalistique en était un de remises en question constantes, de contestation, de reddition de compte, du second regard, de réflexion et, par conséquent, de diversité et de choc d'idées. S'il reste quelque chose de ce bouillonnement que j'ai connu, ça ne paraît pas. Trop de journalistes ont la bouche cousue...»

Ce milieu journalistique ne semble plus exister de nos jours. Je me permets de reproduire un court extrait de notre conversation écrite de ce matin , Pierre et moi (et avec sa permission)...

«On me reproche le texte que j'ai signé. De l'avoir écrit et surtout, publié. Je vais en dire plus sur mon blogue en fin de semaine. J'espère en effet que cela contribuera à alimenter un débat pour le moment insuffisant dans TOUS les empires médiatiques.»

À la lumière de ce congédiement, remerciement tout à fait cavalier, il est plus que temps que ce débat ait lieu. Plus je relis le texte qu'on reproche à Pierre Allard et plus je me dis que ce milieu est pourri, sclérosé. Combien de journalistes ou d'éditorialistes s'astreignent à l'autocensure afin de ne pas subir le même traitement?

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