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«Option nationale: c'est un <em>band</em> maintenant ou un parti politique?»

06/08/2013 10:55 EDT | Actualisé 06/10/2013 05:12 EDT

J'ai lu cette remarque sur Twitter cette semaine et ça m'a bien fait rigoler. Sur le coup. Rire jaune en fait. Car cette pointe d'humour cache un dur constat: Option nationale vivote et ne survivra pas longtemps au départ de Jean-Martin Aussant.

Certes, la formation politique du très attachant ex-député péquiste pourra vivoter et son inéluctable disparition pourrait se faire dans le long terme, les nouvelles règles du financement des partis politiques au Québec semblant faites sur mesure pour l'acharnement thérapeutique politique. Mais dans les faits, Option nationale a reçu le coup de grâce quand son fondateur a quitté le navire en juin dernier.

Entendons-nous, et je l'ai écrit à plus d'une reprise, Option nationale aura été comme une comète dans le ciel politique québécois. Ses militants ont affiché un dynamisme qui a manqué aux autres formations politiques ces derniers mois et ils ont montré à la planète #polqc comment un parti politique pouvait tirer profit d'une présence engagée sur les médias sociaux. Mais cela n'aura pas suffi; et comment demander à une si jeune formation politique de se construire, de se développer alors qu'elle n'en n'était qu'à ses premiers balbutiements tout en perdant nombre de ses animateurs de la première heure et sa caution politique principale, du moins son plus crédible représentant et fondateur? Cela n'enlève rien à ceux qui restent, mais...

Force est de constater que les probabilités sont plus grandes que les Expos reviennent à Montréal avant que le parti de Jean-Martin Aussant ne puisse faire élire ses premiers députés. Et n'en déplaise au dernier noyau dur de ce parti, les Canadiens de Montréal gagneront la Coupe Stanley avant qu'Option nationale puisse causer la «vague de 1976» qui avait secoué le Québec sous René Lévesque.

Jocelyn Desjardins, chef Onaniste?

Pas subtilement du tout, l'ancien porte-parole du Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ) faisait savoir par le biais de quelques gazouillis et un article dans le Huffington Post Québec qu'il pourrait bien être intéressé à briguer la chefferie d'Option nationale.

Étrangement, Jocelyn Desjardins twittait le 19 juin dernier:


On peut donc se demander pourquoi aujourd'hui ce dernier affirme:


Mais sur la planète #polqc, c'est aussi la réaction de certains militants d'Option nationale qui fait jaser. On a tôt fait de rappeler les positions de Desjardins lors de la dernière campagne électorale:




On a aussi lu des trucs du genre:


Le fait est que chez certains militants d'Option nationale, la collaboration (ou juste l'idée d'en parler!) avec l'ennemi péquiste est un crime de «lèse-majesté». Ce prosélytisme est décourageant et ne fait que régresser la cause souverainiste. On peut ne pas être d'accord avec la gouvernance actuelle du Parti Québécois, mais prétendre que les péquistes n'adhèrent pas à la souveraineté relève de la mauvaise foi.

Bref, Jocelyn Desjardins pourrait faire œuvre utile en rapprochant Option nationale du PQ, du moins en moussant l'entente d'un Front Uni des souverainistes.

Nœud gordien souverainiste...

Le problème cependant demeure entier chez les souverainistes. À mesure que le parti de Jean-Martin Aussant gagnait des adeptes, un fossé se creusait entre les différentes formations indépendantistes. À plus forte raison que bien des militants #OpNat sont devenus plus acerbes dans leurs attaques, dans leurs critiques du Parti québécois qu'ils ne l'étaient de leur adversaire véritable, c'est-à-dire la coalition fédéraliste CAQ-Parti libéral qui, en sous-main, bloque et cadenasse la gouvernance du PQ.

Dans sa trop longue histoire - on aurait voulu que la souveraineté se fasse avant -, le PQ a cheminé tout en accueillant en son sein des groupes d'opposition, des gens qui y militaient en dépit de divergences d'opinions. Option nationale est née, en réalité, par la scission de membres du PQ (et d'autres militants, souvent des jeunes, qui n'avaient jamais milité au PQ, la force d'OpNat par ailleurs) beaucoup plus pressés que l'establishment actuel du Parti québécois. Ces divergences demeurent-elles irréconciliables encore aujourd'hui? Car un aspect de la scène politique au Québec n'a pas changé depuis le 4 septembre dernier; les souverainistes demeurent divisés et cela pourrait causer leur perte lors du prochain échéancier électoral.

Le Parti québécois ne peut pas revendiquer seul la paternité du mouvement et des aspirations des souverainistes, mais dans les faits, ce parti demeure une force politique que tous les souverainistes devraient considérer. C'est le parti politique au Québec qui compte, et de loin, le plus de membres et qui récolte le plus de dons auprès de sa base électorale. Dans la situation politique actuelle au Québec, il s'agit d'un point de départ à ne pas négliger.

Comme bien des militants souverainistes, je suis de ceux qui aimeraient que l'on sorte de la castrante dualité imposée par le parlementarisme british du bipartisme et de l'alternance perpétuelle PQ-PLQ. Sans être un spécialiste de la question, je regarde la plateforme électorale du PQ à la page 9 et j'y lis:

«Permettre la tenue de référendums nationaux d'initiative populaire à la demande d'au moins 15 % des électeurs, et ce, dans le respect de la Charte des droits et libertés de la personne, de la future charte de la laïcité et de la future constitution du Québec.»

On me corrigera si je m'égare, mais qu'est-ce qui empêcherait 15% des électeurs de se saisir de ce droit à la tenue de Référendums nationaux d'initiative populaire pour forcer la tenue d'une consultation sur la question de la proportionnelle? Car dans le système actuel, les souverainistes et toutes les franges nationalistes se divisent alors que pour bien des fédéralistes, la seule opposition au projet de pays suffit pour unir des gens qui, autrement, se diviseraient aussi sur bien d'autres sujets.

De la part du PQ, comme il serait bienvenu de poser quelques gestes d'ouverture envers les militants d'Option nationale. Pourquoi ne pas tendre la main et offrir un rôle considérable (des comtés «sûrs») aux Catherine Dorion, Sol Zanetti et autres figures marquantes de ce mouvement? Pourquoi ne pas tout mettre en œuvre pour jeter les bases d'une réconciliation entre souverainistes? À condition bien sûr qu'on leur laisse la parole et qu'on accepte les fondements de leur dissidence.

Rêvai-je? Peut-être. Mais je préfère de loin ces rêvasseries aux insultes et querelles futiles entre souverainistes.

PS: Si vous vous demandez pourquoi je n'ai pas inclus Québec solidaire dans cette modeste analyse... cliquez ici.

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