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Laïcité, langue… Valérie Plante, mairesse de la continuité?

Une chose est certaine, Valérie Plante devra répondre à quelques questions difficiles concernant la politique provinciale et les grands dossiers à propos desquels débattent les Québécois.

07/11/2017 09:00 EST | Actualisé 07/11/2017 10:39 EST
THE CANADIAN PRESS
Une fois l’adrénaline du moment de victoire passée, la nouvelle mairesse de Montréal devra faire face à l’ampleur de la tâche qui l’attend.

C'est fait, Denis Coderre a été évincé de la mairie de Montréal et qui sait, peut-être même de la politique en général. Ce n'est pas moi qui pleurerai le sort de ce vestige de l'époque des commandites. La politique en général se portera mieux sans lui comme elle s'accommode très bien de l'évincement d'un Jean Charest.

Sans l'ombre d'un doute, l'élection de Valérie Plante à la mairie de Montréal provoque une certaine dose d'enthousiasme. D'abord (enfin, dira-t-on!) une femme à la tête de la métropole du Québec. Une femme de centre-gauche, progressiste, dont le CV n'est pas celui des hommes d'avant, ça fait du bien.

Le Québec en général avait besoin de ça, il avait besoin de ce sourire contagieux, de son débordement de joie le soir des élections. En 2012, la première femme a être élue à la tête du Québec n'a jamais pu vivre pleinement SON moment. On connaît les circonstances. Ça faisait du bien de voir Valérie Plante vivre le sien, dignement, pleinement.

Une fois l'adrénaline du moment de victoire passée, la nouvelle mairesse de Montréal devra faire face à l'ampleur de la tâche qui l'attend. Lundi, elle faisait la tournée des médias, un accueil poli, mais quelques questions plus serrées aussi.

Lors de son passage chez Mario Dumont notamment – où elle s'est très bien tirée d'affaire en passant – quand l'animateur la confrontait à la réaction un peu gênante du député Amir Khadir, de Québec Solidaire, par exemple. Ou quand Dumont l'a questionnée sur l'influence que pourrait avoir un « dangereux extrémiste » comme Luc Ferrandez; comme si Valérie Plante ne pouvait gouverner sans l'influence tacite d'un dauphin masculin... Dumont, lui-même plutôt porté sur la politique du siècle dernier justement.

Une chose est certaine, Valérie Plante devra répondre à quelques questions difficiles concernant la politique provinciale et les grands dossiers à propos desquels débattent les Québécois.

Une chose est certaine, Valérie Plante devra répondre à quelques questions difficiles concernant la politique provinciale et les grands dossiers à propos desquels débattent les Québécois. Ça vient avec la job, comme on dit!

Il sera intéressant de voir comment la nouvelle mairesse de Montréal jouera ses cartes à propos de la délicate question de la laïcité, sur la primauté du français notamment.

Sans l'ombre d'un doute, la position qu'elle occupe revêt le privilège d'une grande influence auprès du PM du Québec. Son prédécesseur Coderre l'avait bien compris.

L'année qui s'en vient sera cruciale et électorale au Québec et il serait surprenant que la mairesse de Montréal demeure coite en ces circonstances. Le PM Couillard fera tout pour éviter que certains thèmes s'imposent - ceux qui risquent de lui couter son poste - l'éthique en tête de liste.

Le PLQ fera tout pour que la prochaine élection porte plutôt sur une question comme le «racisme systémique» afin de diviser ses adversaires, de les laisser s'empêtrer dans ce bourbier. Nous le savons déjà. Et les réactions au projet de loi 62 nous indiquent clairement que la question de la laïcité sera exploitée par le camp libéral.

En campagne électorale, Valérie Plante a été questionnée par la presse et attaquée par son adversaire Coderre sur cette question. Lors du débat très suivi en anglais, Denis Coderre a poussé Valérie Plante dans les câbles sur cette question. Le PL62 est décrié dans la collectivité anglophone-allophone qui s'associe beaucoup plus à l'opinion du Canada anglais et au multiculturalisme sans limites.

Denis Coderre a rappelé qu'il s'était opposé au PL62 dès son adoption, car celui-ci allait trop loin et « brimait les libertés religieuses individuelles ». Valérie Plante a répliqué en insistant sur le fait qu'elle était aussi « fermement opposée au PL62 » pour les mêmes raisons.

Sur la laïcité, Valérie Plante se trouve donc à l'opposé du consensus qui rallie la majorité des Québécois, soit une législation qui inscrit le principe de la laïcité comme socle du vivre-ensemble et dont les principes se rapprochent de la proposition Bouchard-Taylor.

Les convictions personnelles du chef du PLQ sont compatibles avec celles de Coderre et Plante sur cette question.

Le PM du Québec pourrait trouver, à Montréal, une alliée de circonstance quand il cherchera des appuis sur le dossier de la laïcité. Les convictions personnelles du chef du PLQ sont compatibles avec celles de Coderre et Plante sur cette question. Fin calculateur et connaissant surtout que les accointances politiques connues de la mairesse avec Québec solidaire, une formation politique qui ne daignerait pas profiter du coup de pouce électoral, Philippe Couillard n'hésitera pas une seconde à planter cette question dans la prochaine campagne électorale.

Sur la question linguistique, aussi, la mairesse de la métropole aura son mot à dire. Depuis le début de son mandat, Philippe Couillard insiste sur la nécessité que le Québec adopte une politique linguistique qui fasse toujours plus de place à l'anglais et au bilinguisme.

En campagne électorale à Montréal, Valérie Plante a adopté à peu de choses près la même position que Denis Coderre sur cette question. Bilinguisme dans le métro, des services anglophones dans les arrondissements où l'anglais est la langue d'usage de la majorité tout en conservant le statut francophone de la métropole. On imagine mal qu'un ou une candidat à la mairie de Montréal puisse l'emporter sans se rendre attrayant pour ce segment de la population de la métropole.

Valérie Plante, lors de ses rencontres avec les médias anglophones, a tenu à rassurer cette collectivité, rien dans son programme n'allait plonger Montréal dans une crise linguistique, loin de là!

Pourtant, si l'on poursuit la même politique linguistique que celle qui a cours à Montréal en ce moment, il est inévitable que la métropole perde son statut de ville majoritairement francophone à court ou moyen terme. Pour la vitalité du français au Québec, le statu quo linguistique à Montréal est intolérable et un raffermissement du statut du français doit être envisagé. Notamment en ce qui a trait à la francisation des nouveaux arrivants – surtout que l'écrasante majorité de ceux-ci s'installent à Montréal et sa première couronne.

Ici encore, le chef du PLQ (et la direction bicéphale Qsiste) trouvera plus facilement une alliée à Montréal que François Legault ou Jean-François Lisée.

En ce sens, il sera intéressant de voir si Valérie Plante sera la mairesse de la continuité sur ces délicates questions (laïcité, identité, multiculturalisme et langue) auquel cas sa gouvernance ne fera que continuer à creuser l'abysse qui sépare de plus en plus la métropole du « Rest of Québec »...

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