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Convergence QS et PQ: dernier essai

15/02/2017 06:33 EST | Actualisé 15/02/2017 06:44 EST

Les jeux sont faits. Le Parti québécois n'opposera personne à Québec solidaire dans la partielle du comté de Gouin. Voilà l'une des deux ou trois circonscriptions où les Solidaires ont le (très limité) luxe de bomber le torse et de jouer aux fanfarons.

Depuis que Françoise David a annoncé son départ, les Solidaires ont profité de cette partielle afin de narguer le parti québécois, loin de vouloir discuter de convergence. Dans les faits, ce qu'aurait aimé le parti d'Amir Khadir c'est que le PQ présente un candidat afin de le battre et de faire de cette partielle un tremplin vers d'autres gains, ailleurs, au détriment de l'électorat péquiste, le principal bastion de salut pour les Solidaires.

Et de ce petit coup de pouce électoral, QS en a bien besoin, surtout à Montréal, là où sont ses chances de faire élire de nouveaux députés. Les sièges de Khadir (élu avec 46% des voix) et de Françoise David (plus de 50% dans son cas) semblent solides. Ailleurs, c'est plutôt serré et rien n'est acquis; surtout quand on considère que le siège de Manon Massé risque bien de disparaître.

Portrait de la situation en fonction des résultats de l'élection générale de 2014.

Québec solidaire a vu neuf de ses candidats (sur 124, pas de candidat dans Nelligan) récolter plus de 15% des voix, dont sept sur l'île de Montréal. Notons la performance honorable de QS dans Rimouski (16.4%) et Taschereau (15.3%) bien que ce soit là bien loin d'une éventuelle victoire. Dans Hochelaga-Maisonneuve, l'excellent candidat solidaire Alexandre Leduc (30,6%) a chauffé la péquiste Carole Poirier (34,9%). Ailleurs, c'est loin d'être acquis. Manon Massé est la seule autre candidate solidaire à avoir récolté plus de 30% des voix, mais cela risque bien d'être à recommencer dans un autre comté en 2018. Andrés Fontecilla a fait bonne figure dans Laurier-Dorion, tout de même loin derrière l'échoué Gerry Sklavounos. Ce comté pourrait être intéressant à suivre en 2018.

Finalement, c'est cinq candidats sur 124 qui ont fait plus de 19% des voix et en région, dans la majorité des cas, on ne dépasse que très peu la moyenne nationale de 7,6%. On peut aisément dire que Québec solidaire est un parti surtout établi à Montréal qui, au mieux, peut espérer ajouter un député aux deux sièges assurés (Mercier et Gouin) qu'il compte déjà. La situation est plus nébuleuse pour Manon Massé. (Souhaitons d'ailleurs que l'unanimité de l'opposition dans la contestation de la nouvelle carte électorale réussisse à sauver le comté de Manon Massé. On lira l'éditorial percutant de Brian Myles dans Le Devoir à ce sujet)

Voilà la situation à partir de laquelle Québec solidaire fanfaronne dans Gouin pour tenter de piéger le parti québécois.

Soyons réalistes, Gouin c'est ce qui s'approche le plus du comté Solidaire sur mesure et le PQ n'a rien à gagner de s'y faire planter dans une partielle.

Bon nombre d'indépendantistes s'identifient à la cause bien avant tout parti. Pour ceux-ci, le peu d'enthousiasme manifesté par les Solidaires envers une réelle convergence agace au plus haut point. Instinctivement, loin du war room péquiste, il est facile de bomber le torse et de souhaiter que le PQ trouve le ou la meilleure candidat(e) afin de répondre aux facéties solidaires. Mais cela serait trop facile. Et inutile, voire contre-productif. Soyons réalistes, Gouin c'est ce qui s'approche le plus du comté Solidaire sur mesure et le PQ n'a rien à gagner de s'y faire planter dans une partielle.

Rien pantoute.

Constatant que le PQ ne tombait pas dans le panneau, les Solidaires ont répliqué que le PQ « abandonnait les gens de Gouin ». Ah? Le PQ est un parti pro indépendance de centre gauche. Québec solidaire est aussi, jusqu'à preuve du contraire, un parti indépendantiste, et plus à gauche encore. Le PQ n'abandonne personne dans Gouin en laissant libre cours à d'autres indépendantistes. Et ce n'est pas dans une partielle à moins de 18 mois des prochaines élections générales, que l'on débattra de philosophie et de divergences sur le projet d'indépendance lui-même.

Le chef péquiste a donc tranché. Au nom de la «convergence». Facile décision, diront les autres, étant donné que Jean-François Lisée n'avait pas vraiment de chance de victoire. C'est vrai. Mais il s'agit là d'un geste qui pourrait bien être beaucoup plus significatif en 2018 quand viendra le temps d'analyser la situation dans Hochelaga-Maisonneuve, dans Laurier-Dorion. Comme tant d'autres indépendantistes, je préférerais 1000 fois un député Solidaire à cet échoué libéral de Sklavounos. Tout facile qu'il soit à poser (et c'est relatif), le geste de Lisée vise avant tout à voir plus loin que la partielle de Gouin.

Dans les circonstances, on doit appuyer la décision de Jean-François Lisée de ne pas présenter de candidat dans Gouin. Quand viendra le temps de préparer le terrain pour l'élection de 2018, quand l'échéancier électoral se rapprochera, chacune des formations politiques en cause ici trouvera son compte à une certaine forme de collaboration. Que ce soit par un pacte de non-agression très précis et circonstanciel ou par le truchement d'une convergence plus élaborée. L'analyse des résultats de Québec solidaire dans les comtés qu'il peut espérer prendre à Montréal montre bien que la collaboration est la chose la plus logique à faire pour les deux formations.

En contrepartie, dans plus d'une douzaine de comtés en région et dans la couronne de Montréal, les péquistes gagneraient à s'adjoindre les votes Solidaires. Un chemin qui assure plus de chances de victoires aux deux formations politiques...

En termes de football, pour le chef péquiste, c'est le dernier essai et la ligne des buts en ce qui a trait à la convergence avec Québec solidaire...

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