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L'austérité libérale spolie chaque jour le Québec un peu plus

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« L'austérité ne doit pas être source de morosité !» - Philippe Couillard, 5 mars 2015

Bien que ce soit passé presque inaperçu la semaine dernière, le ministre des Finances de l'Ontario, Charles de Sousa, a lancé une flèche aux tenants de politiques d'austérité. Une flèche sur mesure pour le président du Conseil du Trésor du Québec, Martin Coiteux, et tous les « austériens » qui ne jurent que par les coupures à la tronçonneuse dans les programmes publics, par seule idéologie. Lors du dépôt du budget, De Sousa a glissé ceci dans son discours:

"It's about controlling our spending and being very pragmatic in the things we do."
"We did not control spending by slashing and burning, as some would do. We did it by closely examining programs."

(Il s'agit de contrôler nos dépenses et d'être très pragmatiques dans ce que nous faisons. Nous n'avons pas contrôlé nos dépenses à la tronçonneuse ou avec des politiques de terres brulées, comme d'autres le font. Nous les avons contrôlées en examinant minutieusement chaque programme.)

Hier sur les ondes de C'est pas trop tôt, l'excellent journaliste Jean-Philippe Cipriani citait l'article du prix Nobel en économie Paul Krugman, publié le 29 avril dans The Guardian, et son implacable critique des « austériens » comme Coiteux. Krugman déconstruit et réfute - analyses à l'appui - leur argumentaire. Dans le cas du Québec, la réfutation est d'autant plus simple à faire, car la prémisse même sur laquelle Martin Coiteux fonde sa politique d'austérité est fausse, soit le mensonge du montant de la dette.

À ce sujet, cette perle rapportée par le correspondant à l'Assemblée nationale de Radio-Canada, Michel Pepin. Le 22 avril dernier, le premier ministre a dû défendre le tableau de la dette présenté par Carlos Leitao, son ministre des finances. Pepin rappelle que les chiffres de la dette avancés par le Parti libéral ont été contestés de toutes parts, tant à droite qu'à gauche. Pour tout argument, Phillipe Couillard a fini par pester contre ceux qui contestent ses chiffres en les assimilant à ceux qui croient que la Terre est plate. Entre une telle explication et les textes d'un économiste comme Pierre Fortin qui questionne l'empressement de l'imposition de politiques d'austérité et la vigueur de l'austérité elle-même... Je choisis l'explication du second et laisse les fabulations moyenâgeuses au premier ministre.

Mensonges et promesses brisées

On se souvient que le président du Conseil du Trésor promettait aux Québécois, la main sur le cœur, que l'austérité ne se ferait pas à coups de suppressions de services pour la population. « Que du gras! L'État obèse! », et autres sophismes du genre « On crée l'amalgame entre la gestion d'un État à celui du bon père de famille », etc. La réalité est toute autre et chaque jour les Québécois se réveillent avec leur lot de mauvaises nouvelles, de catastrophes sociétales. Car oui, le démantèlement des systèmes publics en santé, en éducation, ce démantèlement dont jamais le PLQ n'a parlé en campagne électorale sinon pour attaquer le PQ au pouvoir quand ce dernier osait proposer un iota de ce que le gouvernement impose actuellement aux Québécois, oui, il s'agit d'une catastrophe.

Chaque jour, en santé, en éducation, les administrateurs sont forcés d'admettre que le Québec est sous tutelle, qu'ils ont les mains liées par l'austérité illégitime imposée par Couillard et Coiteux. Le 29 avril, sur les ondes de Radio-Canada Gatineau, Claude Beaulieu, le président de la Commission scolaire des Draveurs, s'est fait prendre en plein délit de mensonge en tentant de justifier les coupures de services par le fait qu'il avait l'accord tacite des parents et qu'il en avait préalablement discuté avec eux. En entrevue plus tard dans la journée à la même antenne, Rudy Vaillancourt, V-P du comité des parents de la même Commission scolaire, s'est étonné des explications de M. Beaulieu, avant d'avouer qu'il n'avait jamais discuté des coupures de services avec la commission scolaire .

Hier matin, Paul Sarrazin le président de la Commission Scolaire Val-du-Cerf à Granby baisse les bras devant les profs et comité de parents et parle tout simplement d'une « tutelle effective » de la part du gouvernement tant les coupures sont sauvages et la marge de manœuvre inexistante pour les administrateurs locaux.

« Si on ne prend pas ces décisions-là, quelqu'un d'autre va le faire pour nous. On appelle ça une tutelle », s'est exprimé Paul Sarrazin avant d'inviter les détracteurs des coupures au sein de sa commission scolaire à faire connaître leur mécontentement.

Philippe Couillard mise gros sur la prétendue « capacité de mémoire faillante » de l'électorat afin de changer radicalement la nature des systèmes publics du Québec, et ce sans en avoir le mandat. Doit-on rappeler que le premier ministre a menti pour s'accaparer le pouvoir, qu'il ment en l'exerçant pouvoir et que ses politiques d'austérité sont illégitimes?

Le PLQ sait très bien qu'il est illégitime dans son exercice du pouvoir. Et que font les régimes illégitimes? Ils se protègent, ils s'emmurent, ils recourent inévitablement à la force, à la loi et l'ordre pour museler, taire, décourager la mobilisation, l'opposition. Bâillon des parlementaires, musèlement des agents de l'État, concentration excessive des communications et du « message » auprès du petit cercle qui exerce le pouvoir. Sans oublier le contrôle excessif (qui se traduit par la négation) du droit de manifester, de faire la grève...

Tout exercice du pouvoir fondé sur le mensonge est fragile, ses bases sont sans cesse vacillantes. Un tel régime fera tout pour éviter que le germe d'un autre printemps (ou automne) de mobilisation ne germe. À la face même de cette imposture, c'est notre devoir de prendre la rue. Maintenant. Mais demain aussi, à l'automne. Tant que ce gouvernement sera illégitime.

En terminant, quelques phrases de Jules Falardeau (son dernier billet ici même, un bijou):

« Nous devons sortir du Canada au plus vite. Parce que pendant ce temps, on nous met en place un État policier dramatiquement puissant et présent, on nous démantèle nos acquis sociaux, on détourne la Caisse de dépôt de son mandat, on pille lentement nos ressources naturelles, avec redevances faméliques et sans vision à long terme, on privatisera tranquillement nos sociétés d'État comme Hydro-Québec ou la SAQ... »

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