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Mes poils, ton poil, nos poils

28/04/2017 09:31 EDT | Actualisé 28/04/2017 09:31 EDT

Je profite d'un après-midi dans mon lit, enrhumée jusqu'aux oreilles, pour jaser de poils. Oui, encore une qui parle de poils. De ses poils. Une autre féministe qui parle de ses t'sours de bras et de ses jambes velues. Comme s'il n'y avait pas déjà 15 millions d'articles sur le sujet.

Eh ben oui.

Hier, lors d'un souper, une précieuse amie et moi avons eu une conversation sur le sujet. Elle portait une magnifique robe bleue, scintillante et sans manches. Pas de collants ni de leggings. Je lui ai dit qu'elle était belle. Elle me montra fièrement ses jambes non épilées, et je fis de même. Et nous avons discuté de nos craintes - très similaires -quant au beau temps qui approche. Aux jupes, aux shorts, aux robes. Aux camisoles.

Ça fait maintenant deux ans que je ne me rase plus du tout, sauf l'été. J'économise beaucoup de temps et d'argent, et j'aime bien ne pas avoir à gérer d'inconfortables repousses et de douloureux poils incarnés. Chaque été, je me dis que cette fois, c'est la bonne, que je ne céderai pas au regard des autres, à la pression sociale que subissent les femmes et leur apparence, à la peur des moqueries. Mais je finis toujours par craquer. Parce que j'ai peur. Peur des commentaires des gens. De leurs regards sur moi. Même certaines personnes, des amis, des membres de la famille, peuvent parfois passer des commentaires qui ne visent pas à blesser, mais qui heurtent quand même.

Et je trouve ça terrible d'avoir peur de faire un choix aussi trivial que celui de ne pas s'épiler. Ça ne demeure que du poil, au fond. Plus inoffensif que ça, tu meurs.

Les étés où je me suis épilée, je me suis convaincue que c'était pour mon bien-être, pour mon moral, parce que je suis une personne timide qui supporte mal la confrontation et la moquerie.

L'épilation féminine, en Amérique du Nord du moins, existe depuis longtemps. Je ne m'embarquerai pas dans l'histoire mondiale de l'épilation, parce qu'on ne s'en sortira pas. Vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il était commun pour la plupart des femmes de se débarrasser de leurs «poils gênants». Mais l'épilation féminine a connu son plus grand boom vers la fin des années 70, avec l'arrivée en masse des pubs à la télé et dans les magazines. La compagnie Gillette y a joué un grand rôle, si ma mémoire est bonne.

On a commencé à voir le poil comme une chose masculine, dont les femmes ne devaient pas être pourvues. Le poil, sur une femme, était sale. Une femme propre, qui s'occupe d'elle-même, se devait d'avoir les jambes et les aisselles douces comme des fesses de bébé.

Parce qu'une vulve au naturel n'est pas vraiment normale, hein?

Parce qu'avoir du poil, et l'aimer est de nos jours un fétiche?

Et c'est encore comme ça. C'est allé plus loin, aussi. Une femme épilée, aux yeux des hommes, est une femme séduisante et sexuellement désirable. La pornographie a fait du sexe féminin rasé et rose bonbon une norme à atteindre. Presque tous les sites pornographiques ont une catégorie «hairy», et une flopée d'autres catégories du genre. Parce qu'une vulve au naturel n'est pas vraiment normale, hein?

Parce qu'avoir du poil, et l'aimer est de nos jours un fétiche? Permettez-moi un OSTIE bien senti.

Je ne sais pas vraiment où je m'en vais en vous jasant de tout ça. Dans les derniers jours, j'ai réfléchi, j'ai stressé. Jusqu'à en perdre des heures de sommeil. Et j'ai décidé de me lancer, cette année. Je vais porter mes shorts et mes camisoles. Je vais porter mes sandales cutes et mes robes. Avec mes poils. Et je ne serai pas moins féminine.

Parce que mon poil est SUR moi. Et que je suis une femme. Mon poil est donc logiquement profondément féminin, puisqu'il pousse sur MON corps. Un follicule pileux n'a ni sexe ni genre.

Je suis aussi de celles qui ont les cheveux noirs et les poils foncés. Ayant commencé à me raser très jeune, puberté précoce oblige, mes poils sont drus et fournis. Mes jambes et mes aisselles n'ont rien à envier à celles de la plupart des hommes.

Je sais ce que certaines personnes en pensent. Chacune et chacun a droit à son opinion, et je m'attends à plusieurs commentaires, auxquels je me prépare à répondre. C'est fou, non? De devoir se PRÉPARER à des microagressions du genre:

«C'est sale. Ça donne l'impression que tu ne t'occupes pas de toi-même. Ça ne va pas te faire puer plus?»

Non. Le poil d'un homme est-il sale? Est-ce qu'il pue davantage parce que ses aisselles ne sont pas épilées? Non. Je mets du déodorant et je sens fucking bon.

«Ça n'écoeure pas ton chum?»

Non. Mon chum m'aime entière. Avec ou sans mes poils. Parce qu'il sait que mon corps m'appartient. Et puis, je ne serais pas en couple avec une personne qui ne m'accepte pas exactement comme je suis.

«Je trouve ça laid. Une robe et des jambes poilues, sérieusement?»

Oui. Mon poil n'est pas un accessoire. Si tu trouves ça laid, je m'en fiche. Mon poil n'est pas offensant. Regarde ailleurs.

« Ça ne te gêne pas? Moi, je ne serais pas capable.»

Oui, ça me gêne. Je dois me parler beaucoup. J'écris justement ce petit texte pour m'aider à faire la paix avec mon corps. Avec tout ce que celui-ci implique. Un corps n'est pas une surface lisse et plastique. Un corps a des bosses, des creux, des poils, parfois pas de poils, des bourrelets ou pas. Un corps a des odeurs. Le corps sécrète. Le corps est vivant.

Tout cela dit, une femme qui s'épile n'est pas plus faible, ni plus ni moins féminine qu'une autre. Elle n'est pas plus ou moins féministe non plus. Elle S'APPARTIENT. La clé de la serrure de tout ce débat (qui n'en est pas un, selon moi), c'est que chaque personne, femme, homme, personne non binaire et «everyone in between», possède le droit de faire ce qu'elle ou il veut avec son corps. Si tu te trouves plus belle ou plus beau sans poils, c'est parfait. Si tu te trouves plus belle, plus beau avec tes poils, c'est parfait. Et dans un monde idéal, tout le monde respecterait ça. Personne n'a de droit sur le corps d'une autre personne.

Personne.

Il est possible que dans quelques semaines, la pression sociale, celle que je déteste tant, fasse en sorte que je panique et que je me rase. Je me connais. Mais je travaille sur moi. Je ne vois pas ma non-épilation comme un affront. Ni même entièrement comme un statement féministe.

Je la considère simplement comme célébration de mon corps. Parce qu'il est beau. Comme tous les corps le sont.

Merci de m'avoir lu. Soyez vous-même. Les standards de beauté sont bidon. Ce sont des inventions.

Et toi, moi, eux, elles... ne sommes pas des inventions. Nous sommes des personnes. Des humaines. Des humains.

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