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Vie d'auteur : mythes et réalités (2e partie)

06/06/2014 09:33 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

La semaine dernière, je publiais quelques phrases que mes collègues auteurs et moi-même entendons (souvent pour certains malheureux).

Je remets ça cette semaine avec un peu plus de phrases désagréables à entendre (mais qui, j'en conviens, découlent d'une certaine méconnaissance du métier (oui, oui, être auteur, c'est un métier) d'auteur.)

1- « Ça prend combien de temps, écrire un livre? ».

Eh bien, ça dépend de bien des choses. Premièrement, le nombre de mots. Car oui, nous, auteurs, calculons le nombre de mots et non le nombre de pages. Ensuite, est-ce que ta question signifie « combien de temps tu passes devant ton ordinateur à réellement écrire ton livre? » ou « combien de temps l'ensemble du processus, c'est-à-dire les premières idées, le plan de rédaction, l'approbation par ton éditeur, la rédaction du premier jet, la correction, la rédaction du deuxième jet, etc., et ce, jusqu'à la 1800 version, et j'ajouterais même, combien de temps tu passes à penser à ton livre, à prendre des notes, à réfléchir à ton intrigue, ton personnage, à t'inspirer de tout ce que tu vois? ». Si ta question est la première, bah, je sais pas trop. Si ta question est la deuxième, alors, je peux te dire que le processus peut prendre de quelques mois à plusieurs mois (lire en termes d'années, aussi).

2- « C'est facile, de se faire publier! Tout le monde peut le faire! »

En fait, non. Je te dirais qu'environ 5% des manuscrits envoyés à des éditeurs seront réellement publiés et vendus en librairie (ou au Costco, c'est selon...).

3- « C'est facile de vendre des livres! Suffit d'avoir du talent! ».

Ah oui? Ah bon. Tu expliqueras ça aux centaines d'auteurs québécois, aux milliers d'auteurs du monde entier qui doivent, tout en passant un temps fou à écrire, réécrire et encore réécrire, travailler à temps plein. Et je parle d'auteurs de talent! Et juste pour le plaisir, tu liras un livre d'une personnalité connue en te demandant ce qui t'as poussé à acheter ledit livre : le supposé talent d'auteur de cette personne ou bien sa face connue. Et as-tu bien lu « Fifty Shades of Grey »? Je te dirais que les critiques ne sont pas fortes, fortes. Tout comme les capacités littéraires de son auteur. Donc, ce n'est pas réellement le talent, qui fait vendre.

4- « Le 1e jet doit être la version publiée, non? »

Eh misère. Tellement, mais tellement pas. Écrire, c'est faire et défaire. Constamment. C'est écrire, effacer, recommencer. Réécrire, se relire (ou se faire relire), modifier, amplifier, réduire. Et ce, à maintes et maintes reprises. C'est à ça que ça sert, entre autres, un éditeur : à te faire publier un livre qui est bon, qui a été retravaillé, peaufiné. Car c'est dans le menu détail que toute la différence se trouve.

5- « Pis, ça vend-tu, tes livres? ».

Honnêtement, je l'sais pas. Je vais le savoir aux alentours du mois d'avril, quand je recevrai mon chèque annuel de redevances (eh oui, UNE fois par année). Et je constaterai peut-être que j'ai les moyens de t'amener manger une crème glacée. Peut-être.

Quelques livres utiles pour effectuer des changements