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Un vieux sofa

15/01/2013 11:32 EST | Actualisé 17/03/2013 05:12 EDT

Un après-midi durant le congé des Fêtes, j'étais assise dans mon vieux sofa brun que je trouve trop petit, trop bas. Trop brun. J'ai commencé à m'en plaindre en le comparant à ceux de mes amis, tiens, pourquoi pas. Puis, mon chum m'a dit : « Il me semble que ce n'est pas ton genre d'envier du matériel. T'sais, notre sofa, c'est peut-être pas le plus beau mais au moins, nous on est heureux quand on est dedans ».

Ça m'a fait réfléchir à la place que prend le matériel dans nos vies. Et l'argent, aussi.

Comme si désormais, on se définissait en fonction de ce qu'on a et de ce qu'on fait pour savoir comment on est. Et encore, on n'a pas répondu à la question existentielle : QUI on est. Parce que les avoirs et les réalisations ne permettent pas d'y répondre.

C'est vrai : il y a une nuance importante entre « comment on est » et « qui on est ». On peut répondre à la première question par des qualificatifs, des adjectifs, des adverbes, des caractéristiques; je suis grande, bavarde, fonceuse, créative, craintive, comique, par exemple. À la lumière de cette énumération, pouvez-vous vraiment dire que vous me connaissez mieux? Vous savez comment je me comporte mais vous ne savez pas pourquoi ni comment. Vous ne connaissez pas plus mes valeurs, mes aspirations, mes rêves, ce qui m'habite, ce qui m'anime, qui j'aime, ce que j'aime de moi, comment je me conçois, me perçois, m'apprécie.

C'est ce à quoi permet de répondre « qui on est ». Et encore. Peut-on mettre des mots exacts sur qui on est? Peut-être la partie anxieuse de notre être le souhaiterait...

Peu importe ce qu'on possède et ce qu'on fait dans la vie, ça ne nous définit pas en tant que personne.

Combien de couples qui s'achètent une nouvelle maison, plus grande, plus lumineuse, plus jolie pour faire oublier à quel point leur quotidien est terne, connaissez-vous? Combien de parents fortunés qui payent une maison et une voiture neuves à leur enfant devenu adulte afin « qu'il parte du bon pied dans la vie » mais qui ont oublié de les nourrir d'amour, de mérite, de fierté et d'accomplissements tout au long de leur vie, croisez-vous? Combien de filles qui s'achètent vêtements après vêtements pour combler le vide de leur dimanche après-midi et celui de leur placard, en désespérant de combler celui qui les habite, côtoyez-vous? Combien d'hommes qui s'achètent grosses voitures après grosses voitures pour être bien certains d'exister dans le regard des autres, voyez-vous? Et de parents qui achètent les plus récents bidules électroniques à leurs enfants afin qu'ils développent des relations virtuelles à défaut d'en avoir des réelles avec eux?

Peut-être qu'on oublie tous à un moment ou un autre de notre vie que le fait de posséder ne permet pas d'être quelqu'un. Que le fait de se procurer permet d'oublier un mal-être, un malaise. Qu'être n'est pas une question d'avoirs. Mais d'être, tout simplement.

Alors, venez mes amis. Venez vous user les fesses dans mon vieux sofa. Venez qu'on parle, qu'on rit, qu'on pleure, qu'on sourit, qu'on se confie, qu'on regarde un bon film, qu'on boive un bon verre de vin. J'aime mieux avoir un vieux sofa pour accueillir toutes ces amitiés que le plus extraordinaire des divans modulaires qui se fait déserter.