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Le jour où mon ami gai s'est fait foutre à la porte

14/05/2014 03:26 EDT | Actualisé 14/07/2014 05:12 EDT

Enfant, j'allais fréquemment chez mon cousin, plus vieux que moi.

Il m'amenait à la Ronde (j'ai même gardé une photo de cette époque, alors que j'avais une coupe champignon, oui, oui (merci maman)), on allait manger au restaurant, on sortait magasiner, je buvais du crème Soda dans son salon. La belle vie, quoi.

Puis, quelques années plus tard, j'ai appris qu'il était gai. « Qu'est-ce que ça veut dire? ». « Ça veut dire que moi, je n'ai pas une amoureuse. Mais un amoureux. ». « Ah. Je peux avoir un autre verre de crème Soda, s'il-te-plait? ».

Puis, j'ai rencontré un couple d'amis de ma mère : Gilbert et Sylvain, ensemble depuis 15 ans. « Wow! Ils ont une grande cour, tes amis ».

Et j'ai été adolescente. Et je me suis questionnée sur mes préférences, sur mes désirs et attirances. « Peut-être que je suis lesbienne? Je la trouve belle, cette fille. Est-ce suffisant pour dire que je suis gaie? ».

Un jour, au souper, mon frère raconte ce qui vient d'arriver à un de ses bons amis. « Il a annoncé à ses parents qu'il était gai. Son père lui a lancé un ultimatum : soit tu changes d'orientation sexuelle, soit je te fous à la porte ». Il s'est fait foutre à la porte.

Je me rappelle avoir pleuré. Avoir été indignée. Ne pas avoir compris. « Mais c'est la même personne qu'avant, non? ». Oui. Mais pas aux yeux de son père, visiblement. Qui se sentait trahi, Sali, dégoûté ou je ne sais plus trop quoi, encore.

Adulte, je côtoie des collègues et amis gais, hétéros, blancs, bruns, noirs. Pour moi, ça ne fait aucune différence : j'aime l'être humain. Et personnellement, quand je me présente à quelqu'un, je ne dis pas : « Bonjour! Je suis hétérosexuelle! Et toi? ». Parce que je m'en fous.

Parce qu'on devrait tous s'en foutre. Mais malheureusement, tel n'est pas le cas. Des préjugés circulent toujours, de l'incompréhension, donc. Beaucoup d'incompréhension.

Samedi le 17 mai, ce sera la journée internationale contre l'homophobie. Peut-être un bon moment pour se questionner : est-ce que j'aimerais moins mon frère, mon amie, mon cousin, mon patron, ma mère si je savais qu'ils étaient gais? Et moi, est-ce que je m'aimerais moins, si je l'étais?

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