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Julie

05/03/2013 12:10 EST | Actualisé 04/05/2013 05:12 EDT

Les yeux grands ouverts, je fixais le plafond.

J'ai jeté un coup d'œil au cadran; 12h34.

« Tiens, c'est drôle, ça. Tous les chiffres se suivent », me suis-je en rigolant intérieurement.

C'est que cette constatation est très rigolote, à 12h34, quand on est à peine couchée qu'on se réveille, toujours aussi fatiguée.

J'ai tout fait, pour me rendormir : je suis allée à la toilette, question de soulager ma vessie. Je suis revenue à pas de loup dans le lit, je me suis bien emmitouflée, j'ai repositionné mon oreiller, je me suis concentrée sur ma respiration. Le sommeil ne voulait toujours pas de moi.

Je me suis levée, j'ai emporté le livre pour adultes de J.K. Rowling dans lequel bien peu de choses se passent, afin de stimuler Morphée à me prendre toute entière, je me suis dirigée vers le futon du salon afin de m'engouffrer sous une panoplie de couvertures toutes plus réconfortantes les unes que les autres. Toujours aucune trace de l'endormissement.

J'ai finalement lu près de deux heures avant que le sommeil ne daigne me prendre en petite cuillère, avant de me réveiller quelques heures plus tard pour affronter la journée (heureusement bien peu remplie).

Puis, je suis allée à mon cours de yoga en matinée, assez de bonne humeur malgré tout. Vers la fin du cours, alors qu'on doit fermer les yeux afin de méditer, blocage. Incapable de fermer les yeux. Nullement envie de regarder ce qui se passe à l'intérieur. Effrayée d'en être témoin, même.

Alors que je tentais de lutter contre cette crainte de moi-même, les larmes me sont montées aux yeux.

Julie.

Étrangement, je ne la connaissais pas tant que ça. En fait, je ne l'ai croisée qu'une seule fois dans un lancement, l'automne dernier. Je la connaissais davantage virtuellement que réellement.

Et cette rencontre virtuelle m'avait permis de constater à quel point Julie semblait être une jeune femme de 29 ans combattante, combative. Elle luttait contre la fibrose kystique depuis sa naissance. Depuis décembre, je la savais à l'hôpital. Elle publiait des photos d'elle, ploguée sur sa bonbonne d'air, le sourire aux lèvres. Elle écrivait des statuts rigolos dans lesquels elle relatait qu'elle s'était rendue à la toilette et s'en trouvait essoufflée, pour réaliser, à son retour, qu'elle avait oublié de se brancher à sa bonbonne ou encore, racontait une blague que sa voisine de chambre lui avait racontée. Elle chicanait parfois ses poumons avec humour, aussi. Elle y publiait des photos des cadeaux reçus de la part de ses (très nombreux) visiteurs, avec mille mercis.

Puis, les messages de sa part se sont faits plus rares. Un p'tit coucou pour dire qu'elle traversait une période plus difficile, suivi d'une vague de messages d'encouragements. Des personnes qui la côtoyaient, d'autres moins. De jolies images d'espoir, d'encouragements. Des amis auteurs qui en sollicitent d'autres pour récolter le plus grand nombre de mots doux à lui transmettre.

Julie ne publie plus sur son fil Facebook depuis quelques jours. Julie ne respire plus non plus, depuis quelques jours. Mais les messages n'ont pas arrêté; des centaines de mots d'amour; « rayon de soleil » et « étoile » étant ceux revenant le plus souvent.

Julie était un soleil, donc. Elle faisait partie de ces personnes qui inondent le cœur des gens, même malgré elle! Elle était ainsi, tout simplement.

Et c'est ce qui est merveilleux et troublant; je suis si heureuse de savoir qu'elle a rendu tant de gens heureux! Et si triste que la vie n'en tienne pas compte, lorsque lui vient le temps de référer quelques humains à sa collègue la mort.

La vie est injuste. La mort aussi. Voilà ce qui m'a tenue réveillée, l'autre jour à 12h34.

Signez votre carte de dons d'organes et avisez-en vos proches. Un don d'organe peut non seulement sauver une vie, mais améliorer la vie de plusieurs.