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D'accord ou pas avec l'homosexualité

04/03/2014 11:28 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

« J'suis pas d'accord ». Ces mots d'une collègue m'ont fait l'effet d'une gifle.

J'ai eu envie de m'enfuir en courant, après avoir « garroché » mon cahier de notes et mon crayon sur la table. Mais je n'en ai rien fait. J'en encaissé. Je me suis répété cette phrase en boucle, tentant de l'assimiler. Tentant de comprendre.

Parce que pour moi, c'est incompréhensible. Incompréhensible qu'une femme de 30 ans, universitaire, maman, intelligente, intervenante, Québécoise en connaisse si peu à propos de l'homosexualité qu'elle s'en dise en désaccord.

Ne pas être d'accord avec l'homosexualité, c'est comme ne pas être d'accord avec les gauchers, les Noirs, les taches de rousseur, les blonds naturels, les grands de 6 pieds, les hommes et les femmes.

Ça me bouleverse qu'on croit encore à tort que l'homosexualité est un choix. Surtout en 2014, alors que l'homosexualité a été retirée depuis belle lurette du DSM, cette bible psychiatrique regroupant les troubles de santé mentale.

Qu'on croit que l'homosexualité, c'est de se promener sur Ste-Catherine avec des tops à paillettes et des plumes collées sur le derrière. Qu'on pense que tous les homosexuels sont des obsédés sexuels. Que ce sont des amoureux qui n'ont pas trouvé « la bonne personne » chez l'autre sexe et qui ont fait le choix de se tourner vers des « membres de leur équipe ».

Une collègue gaie me disait s'être fait dire à maintes reprises : « Ah! Ça, c'est parce que t'as pas couché avec moi. Je te ferais virer de bord sur un moyen temps, fille ». Ouh. Je me sens presque émoustillée à l'écoute de ces paroles. Voyons donc.

L'homosexualité a toujours fait partie de ma vie. À quatre ans, je voyais bien que mon cousin dans la vingtaine n'était pas intéressé par les filles autrement que pour une relation amicale. Je comprenais qu'il était amoureux d'un gars. Et je n'ai jamais posé de questions. Parce que pour mes parents, c'était normal. Pour moi aussi.

Puis, un couple d'amis gais de ma mère chez qui on allait souvent est entré dans ma vie. Deux hommes exceptionnels, d'une grande humanité.

En fait, il semble être là, le problème : on oublie de regarder derrière notre incompréhension et notre dédain pour voir l'humain.

Tout compte fait, l'homosexualité ne définit pas une personne. Au même titre que l'hétérosexualité. Quand je me présente à quelqu'un, je ne lui dis pas : « Bonjour! Je m'appelle Stéphanie Deslauriers, je suis hétéro, j'aime la lecture, l'écriture... ».

Pourquoi? Parce qu'on s'en fout. Pourquoi ne ressentons-nous pas la même indifférence pour l'homosexualité?

Une personne qui en aime une autre, n'est-ce pas là la base, la source de la vie humaine? Et qu'on ne me donne pas des arguments du type : « C'est pas NATUREL! Les gais ne peuvent pas avoir d'enfants ». Eh bien, une bonne gang d'hétéros non plus, mes amis. Il y en a qui sont infertiles. D'autres qui sont fertiles mais qui font le choix de ne pas avoir d'enfants. C'est comme ça.

« Ben dis-moi pas que c'est pas un choix : depuis qu'il est ado, il est un vrai aimant à femmes et tout d'un coup, il vire aux hommes! ».

Eh non. Il a TOUJOURS été gai dans son for intérieur. Mais il a tellement appris que ce n'étais pas « naturel », que c'était « contre-nature », qu'il n'y croyait pas lui-même. Il a essayé de se convaincre à coup de conquêtes, en vain. Il était malheureux. Et un jour, il n'a plus eu le choix de regarder la réalité en pleine face et de l'assumer. De s'assumer. Et le fait d'entendre des commentaires comme le tien, très cher, n'aide en rien à l'acceptation de soi. Parce que, savais-tu que les personnes les plus à risque de suicide sont les jeunes hommes homosexuels? Pourquoi, à ton avis?

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