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Êtes-vous à contre-courant?

13/08/2013 11:58 EDT | Actualisé 13/10/2013 05:12 EDT

Dimanche, j'étais en kayak sur le Lac Morency, dans les Laurentides. J'avironnais avec force, fixant l'horizon au loin, comme un objectif ultime à atteindre. Le vent s'est levé; j'étais au milieu du lac puis, soudainement, je me suis arrêtée. Qu'étais-je donc en train de faire? Je ne profitais pas de la nature qui s'offrait à moi; de l'immensité des conifères, de la densité de la forêt, du souffle du vent, de la majesté des collines. Puis, j'ai ouvert les yeux pour vrai. Et j'ai regardé. Et je me suis imprégnée, sans lutter contre la brise, sans chercher à me rendre quelque part sans profiter du paysage ni de chaque coup d'aviron. Et j'ai baissé les yeux. L'eau. Magnifique. Profonde. Limpide. J'y ai aperçu de multiples poissons, des arbres jonchant les profondeurs du lac voisinant des rochers invincibles.

Et je me suis demandée : Combien d'entre nous nage à contre-courant et ce, intentionnellement? Et qu'est-ce qui motive cette lutte contre les flots, contre les vagues? Un refus de se conformer à la masse? Un refus d'accepter notre nature profonde, notre destinée, si destinée il existe? Pourquoi avoir tant de mal à profiter de ce qui s'offre à nous?

Je lisais dans un livre de Colette Portelance que seuls les judokas qui vont dans le même sens que les coups ne se blessent pas. Les autres, ceux qui tentent de lutter, de combattre le coup se blessent. Comme dans la vie, non?

Pourquoi a-t-on tant de mal à accepter ce qui est et ce, tant le positif que le négatif? Plusieurs semblent éviter le positif en croyant ne pas le mériter, en pensant que c'est impossible que cela leur arrive, pas à eux! Qu'il y a nécessairement anguille sous roche, qu'ils n'arriveront pas à être à la hauteur de ce qui s'offre à eux, qu'ils ont probablement mal perçu, qu'ils n'auraient pas su quoi en faire, qu'ils auraient échouer, de toute manière. Tant de fausses croyances qui nous font dévier de ce qu'on veut vraiment, des opportunités qui se présentent à nous. En entretenant de telles pensées, pas étonnant que le positif ne surgisse pas. En fait, c'est faux : le positif, le beau, le rêvé, continue de se pointer le bout du nez. Seulement, peut-être est-ce nous qui perdons la capacité à le repérer?

Et il arrive qu'en ayant entretenu ces pensées ou non, ô malheur, il soit arrivé qu'on se soit trompé. « Bon, je le savais que c'était trop beau pour être vrai! ». Et voilà : on alimente de nouveau la machine à pensées négatives.

Peut-être également qu'une partie de la réponse à ces questionnements de nager à contre-courant, de ne pas arriver à saisir les occasions lorsqu'elles se présentent à nous se cache derrière nos traces judéo-chrétiennes, selon lesquelles on doit « gagner son ciel », que la vie n'est pas facile, qu'il faut souffrir, etc. Faux, archi-faux! Certes, la souffrance est inévitable, à un moment ou à un autre. Mais encore là, que fait-on de cette souffrance? L'utilise-t-on pour se propulser ailleurs, plus loin, ou pour se conforter dans notre malheur et dans nos croyances qu'on ne mérite pas le bonheur?

En nageant constamment à contre-courant (ou en avironnant, dans mon cas), on s'épuise, en utilisant la quasi-totalité de notre énergie à rester hors de l'eau, ce qui fait en sorte qu'on n'arrive pas à voir le ban de poissons, pas plus que les libellules qui jouent à cache-cache ni le paysage à couper le souffle. Pourquoi ne pas nager avec le courant, accepter ce qui est, cesser de lutter, profiter des roches jonchant les rapides pour prendre une pause ou encore, se laisser aller en levant les bras vers le ciel et en profitant de la vague?

Allez, riez aux éclats, savourez votre repas, humez l'odeur du gazon fraichement coupé. Vivez. Et vous verrez, les occasions positives viendront à vous. Comme elles l'ont toujours fait. Seulement, maintenant, vous saurez les repérer.