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Je vote pour Mme Marois

01/09/2012 11:23 EDT | Actualisé 01/11/2012 05:12 EDT
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Le Parti québécois propose de plancher sur le problème des urgences en amont via une augmentation significative des soins à domicile pour les personnes âgées. Ayant travaillé près de six ans comme préposé en CHSLD, puis deux ans comme intervenant social affecté au suivi auprès de personnes âgées en CLSC, je me considère en position privilégiée pour analyser cette question. À noter, auprès des détracteurs de la fonction publique, que dans les deux institutions, j'ai vu 100% des travailleurs se donner corps et âme du début à la fin de leurs quarts de travail, et qu'il est impossible de rendre ces travailleurs plus performants, sinon en coupant dans la "paperasse", qui fait boîter la plupart des professionnels de la santé dans leurs fonctions.

Quand j'étais au Soutien à domicile, sous un PLQ minoritaire, les dommages ne se faisaient pas encore trop sentir car le PQ, qui a toujours valorisé les services de santé et sociaux, avait mis en place des conditions acceptables pour que les services de soutien à domicile soient adéquates en qualité et en quantité. Mon mandat était, grosso modo, de tout faire pour que la personne puisse rester à domicile le plus longtemps possible, dans les meilleures conditions possibles.

Si je jugeais qu'une personne avait une perte d'autonomie au niveau de la marche, je pouvais lui offrir, par exemple, deux heures de marche par semaine avec une auxiliaire familiale et sociale (AFS). Si une personne souffrait d'incontinence, je pouvais lui offrir assistance d'une AFS non pas pour un, mais deux ou trois bains par semaine, en plus des soins d'hygiène réguliers, offerts matin et soir. Si j'avais dans mes clients une personne atteinte d'une maladie dégénérative, par exemple la paralysie cérébrale, et que la personne souhaitait continuer à cuisiner, je pouvais lui offrir trois heures par semaine avec AFS pour préparer des repas pour la semaine, brisant du même coup l'isolement par cette coopération hebdomadaire.

Ces exemples ne sont que des miettes dans l'océan de soins qui sont prodigués à domicile au Québec pour maintenir les personnes en perte d'autonomie à la maison. Je retiens aussi certaines initiatives de notre CLSC, comme le Projet buanderie, pour lequel une AFS cueillait les vêtements des personnes en besoin un matin par semaine, puis les ramenait lavés à la fin de la journée. Aussi, le Projet épicerie, qui réunissait six ou sept personnes seules et vulnérables, que l'AFS allait chercher en début d'après-midi, les accompagnait pour faire leur épicerie et les amenait prendre un café et discuter après.

Tout n'était pas parfait, la place grandissante du privé entraînant la multiplication des préposés et des AFS provenant d'agences pour dépanner nos manques de personnel, et, règle générale, entraînant une baisse significative de la qualité des services. L'équation est simple : offrez 10-12$ l'heure à un employé dans le privé ou 20$ l'heure dans le public; c'est ce dernier qui aura les personnes les plus compétentes et le premier, qui aura les fainéants et les personnes non qualifiées. À noter que les agences peuvent gober 7 à 10$ l'heure sur le dos des travailleurs qui les font exister, ce qui est scandaleux. Tant qu'à moi, ces agences seraient toutes abolies et le système s'en porterait mieux, à moins d'offrir un salaire décent aux employés. Mais ce n'est pas l'objet de ma chronique.

Pour revenir à l'élection, j'ai croisé une ancienne collègue de travail du Soutien à domicile, que j'ai quitté depuis cinq ans, et lui ai demandé comment le système se porte depuis que le détestable Charest est majoritaire. Eh bien, les soins sont coupés de façon drastique, les marches bi-hebdomadaires avec AFS et autres projets n'existent plus, et les soins sont limités la plupart du temps au curatif.

Soigner une personne âgée, ce n'est pas juste la laver. C'est aussi maintenir ses acquis, lui offrir des possibilités de socialisation, lui offrir des moyens de se sentir utile, lui donner des outils pour avoir le goût de se battre pour son autonomie et pour rester à la maison le plus longtemps possible, dans les meilleures conditions possibles. Sans compter qu'une personne à domicile, et ce même avec une quarantaine d'heures de soins par semaine, coûte moins cher à l'État qu'une personne en CHSLD. Et je ne veux pas vous faire de peine mais dans les conditions actuelles, les travailleurs sociaux doivent se battre pour obtenir 4-5 heures de soins par semaine pour leurs clients.

Voilà une des multiples raisons pourquoi je donne mon vote sans hésiter à Mme Marois et le PQ, car c'est la seule qui propose une vision durable et plausible au niveau des soins à domicile. Ne vous laissez pas berner par Charest et son icône de la revue "Le bel âge", Marguerite Blais, car les services ont été coupés dramatiquement sous son égide. Enfin, pour moi, un Québec souverain, dont je serais fier, serait un Québec dans lequel tout citoyen peut prétendre avoir toutes les chances pour vieillir chez lui le plus longtemps possible et non finir sa vie dans un corridor lugubre et incolore, entendant souvent des cris du voisin confus et renâclant régulièrement des odeurs de liquides biologiques, en plus d'attendre tristement la mort, dans le silence. Un Québec sous Mme Marois, qui est travailleuse sociale de formation, est un Québec qui assurera une vie meilleure à nos aînés et aux personnes handicapées.

Pauline Marois en campagne