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L'État islamique à la CSDM?

13/11/2014 11:21 EST | Actualisé 13/01/2015 05:12 EST

Mieux vaut prévenir que guérir - telle est l'approche préconisée par le Service de police de la Ville de Montréal, qui répond à des inquiétudes exprimées par des gens du milieu scolaire montréalais. Ainsi, le SPVM a rédigé une circulaire concernant les mesures d'écoute et de prévention vis-à-vis la mouvance du groupe terroriste «État islamique» à l'attention des directions d'écoles de la Commission scolaire de l'île de Montréal.

La directive incite les témoins scolaires à contacter Info-Crime au (514) 393-1133 dans l'une ou l'autre des situations suivantes :

«- Un élève adopte un discours violent inspiré de l'idéologie de l'État Islamique (ÉI) véhiculé à travers les médias sociaux ou autres;

- un élève signifie son intention de se joindre à un groupe terroriste;

- un élève est en possession de symboles ou de matériels de la mouvance de l'ÉI;»

Après conversation avec le SPVM et le porte-parole de la CSDM, on nous mentionne d'entrée de jeu qu'il n'est pas question d'ostraciser une communauté en particulier. Il s'agirait d'une approche préventive demandant aux «acteurs du milieu» et aux «partenaires communautaires» d'être «à l'écoute». Une approche similaire aurait aussi été mise de l'avent avec les imams des mosquées via le «partenriat communautaire» sur le terrain.

Ce qui choque dans cette approche, c'est le traitement que certains directeurs d'école en ont fait. On ne peut pas être contre la prévention et la délation dans de pareilles circonstances où la violence et un comportement erratique viendraient semer le doute et pourraient mettre en péril la population scolaire. Pas besoin de l'État Islamique pour nous dicter le gros bon sens. Les trop nombreuses tueries dans les écoles de l'Amérique viennent nous rappeler régulièrement notre devoir de vigilance à cet égard.

Non, ce qui choque le plus c'est d'avoir balancé cette directive là à la face des profe sseurs sans aucune préparation tout en augmentant ainsi un sentiment malsain d'insécurité. Les professeurs et le personnel scolaire seront-ils devenus des agents de surveillance de la «mouvance terroriste» au sein des écoles montréalaises? Cela se traduit comment dans une institution d'enseignement primaire ou secondaire? Quel sera le lien avec l'Islam pratiqué par de nombreux élèves qui suivent les pas de leurs parents? A-t-on prévu une approche particulière pour en discuter dans les cours d'éthique et de culture religieuse?

Maintenant que le chat est sorti du sac, la direction de la CSDM devra bien pouvoir expliquer maintenant à ses parents - envers qui elle est en tout premier lieu redevable - l'ampleur de la situation et les mesures qui seront prises. Oui, il est vrai qu'en France on a vu l'anecdote de certains adolescents quitter pour s'enrôler dans les rangs de l'ÉI. Est-ce le cas au Canada ? Non. Du moins, nous sommes en mesure de croire qu'un contrôle serré des passeports puisse décourager tout mineur qui pourrait fantasmer à l'idée de joindre un groupe terroriste quelconque. Quand on questionne le SPVM à ce sujet précis, on ne rapporte aucun cas de «djihadiste élève» du territoire de Montréal en route vers la Syrie ou l'Irak.

Certaines voix auront beau dire que l'islamophobie n'est pas un phénomène réel au Québec, les événements récents n'ont fait qu'augmenter la tension et justifier - dans la bouche de plusieurs Québécois - cette haine publique de l'Arabe et du Musulman. Chaque mesure de sécurité additionnelle - bien que justifiée - viendra stigmatiser davantage une communauté pleinement intégrée à notre société. Voilà les dommages collatéraux qu'il faut à tout prix corriger. Et en semblable matière, la CSDM comme toutes les administrations doivent faire preuve de jugement et de retenue.

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