LES BLOGUES

Des analyses et des points de vue multiples sur l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Stéphane Brousseau Headshot

Le citoyen, clef de la survie climatique de l'humanité

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Le 23 février, Bruno Massé donnait une conférence au sujet des impacts de l'austérité sur les mesures de protection et de sauvegarde de l'environnement. Bruno Massé est géographe spécialisé dans les mouvements sociaux environnementaux, coordonnateur du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), chargé de cours au cégep Marie-Victorin, blogueur au Huffington Post Québec et auteur de plusieurs romans engagés.

M. Massé exposait les impacts de l'austérité en environnement au Québec en opposition aux projets d'exploitation des ressources naturelles, dont le pétrole. Les coupures limitent la capacité d'assurer l'intégrité des écosystèmes et de la biodiversité. Son allocution couvrait également les amputations dans les programmes sociaux qui vont appauvrir les régions afin que les populations ne puissent s'objecter aux projets d'exploitation des ressources naturelles en n'ayant d'autres choix que d'accepter des emplois.

Ce phénomène politico-économique est connu et des recherches de l'IRASD le définissent comme «les pressions fiscales de l'économie monétaire». Pressions qui imposent également des limites à la croissance et à l'évolution de l'humanité.

Le système économique monétaire, datant de 687 av. J.-C., a évolué au fil de l'histoire avec l'environnement social qui n'est qu'une adaptation complexe des stratégies comportementales de l'espèce humaine selon les principes de l'évolution. Jamais, dans l'histoire de l'humanité, l'homme n'a tenté de concevoir un modèle de société intégré qui respecte les limites de son environnement biophysique.

En 2014, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) publiait son 5e rapport sur les changements climatiques depuis 1988. Le premier volume concerne la science physique du climat. Plus de 9200 études scientifiques indépendantes de 39 pays ont été validées par 1089 réviseurs provenant de 55 pays. Les conclusions de cette compilation sont sans équivoque: les activités humaines sont responsables à 95 %des émissions de gaz à effet de serre (GES) provoquant les changements climatiques.

Le second volume du rapport couvre d'ailleurs les impacts des changements climatiques sur les systèmes et infrastructures de la civilisation en tenant compte de la capacité d'adaptation et en identifiant les vulnérabilités (agriculture, approvisionnement, économie, stabilité politique et sociale). Plus de 12 000 études scientifiques indépendantes de 92 pays ont été validées par 1729 réviseurs provenant de 84 pays.

Le troisième volume présente les mesures de mitigation pour limiter les changements climatiques et les mesures d'adaptation pour tenter d'y survivre. Près de 1200 scénarios socio-économiques ont été analysés en provenance de 10 000 études indépendantes de 58 pays qui ont été validées par 836 réviseurs de 66 pays.

La crédibilité de ces rapports ne peut être contestée. Même la NASA fait ses propres recherches. Pourtant, la méconnaissance règne... Et les coupures budgétaires en éducation deviennent néfastes. Le sociologue Gérald Bronner expose ses observations des erreurs comportementales décisionnelles dans son livre La planète des hommes. Réenchanter le risque. Des psychologues comme Amos Tversky, Daniel Kahneman et Paul Slovic ont d'ailleurs gagné un prix Nobel pour leurs publications à ce sujet. Un cas typique de ces comportements peut être observé avec les politiques fédérales concernant les sables bitumineux.

Alors que la dégradation des écosystèmes aura des impacts s'échelonnant sur des années, les changements climatiques auront des conséquences qui persisteront durant des siècles, voire des millénaires, mettant à risque la survie des espèces incluant l'homme. C'est pourquoi l'ONU prépare une proposition d'entente internationale en prévision du COP21 à Paris en décembre. Le texte mis à jour le 25 février prévoit que les pays doivent s'engager à diminuer les émissions de GES de 40% à 70% d'ici 2050, et de 100% d'ici 2100 afin de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés.

Des économistes chez Kepler Cheuvreux ont estimé que l'industrie pétrolière devrait se priver de 28 000 milliards de dollars d'ici 20 ans pour respecter ces ententes. Le 24 février, un article mentionnait que la British Petroleum (BP), l'une des quatre plus importantes pétrolières au monde, venait de publier son rapport BP's Energy Outlook 2035 dans lequel elle prévoit des augmentations de 25% d'émissions de CO2 d'ici 20 ans.

Avec de telles pressions économiques, il ne faut surtout pas s'attendre à des décisions substantielles de réduction des GES de la part des gouvernements. Les solutions viendront de nous, les citoyens ordinaires. Pour y arriver, nous devons nous joindre à des groupes sociaux ou environnementaux qui ont «la nouvelle responsabilité» de former une coalition sociale internationale afin de travailler sur un vaste chantier de modernisation de la société. Les forums sociaux sont les outils de mobilisation, mais ils sont insuffisants sans travaux structurés sur des solutions.

Nous devons nous impliquer pour sauver notre peau, sortir marcher le 11 avril à Québec. Nous ne pouvons plus attendre, car nous allons écoper dans les prochaines décennies... et les changements sociaux seront drastiques et rapides, menant à des instabilités considérables de tout acabit.

Mais faire vite et bien en même temps en visant de bons résultats est impossible, sauf en économie où rien n'est durable...

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Close
Efficacité environnementale: le classement des pays développés
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter