Stéphane Biron

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L'indécence

Publication: 10/04/2012 11:35

En cette semaine supposée sainte, j'avais prévu publier un texte en vers. Je voulais, par celui-ci, exprimer les aberrations du siècle dernier. Je voulais démontrer son confort, dissimulant une indécence qui est à vomir lorsque l'on ouvre un tant soit peu nos horizons. Car le mot qui correspond le mieux à ce siècle est bien l'indécence! Une indécence bien présente dans le message de l'archevêque de Montréal, Christian Lépine. Un représentant du christianisme qui exclut plutôt qu'inclure! Une Église qui consciemment ferme ses portes plutôt que de les ouvrir et ainsi, peut-être sauver quelques vies. Une indécence bien présente lorsque l'on écoute Jean Ziegler expliquer les rouages de cette destruction massive par la faim. Un siècle rempli de promesse, mais aussi rempli d'indécences.

Le XXe siècle a apporté une modernité sans précédent en Occident. Dans sa deuxième moitié, quelques pays d'Orient se sont joints à la fête. Cette notion, de créer de la richesse, est devenu le but ultime de nos sociétés. Cet intérêt suprême devenait ainsi la nouvelle béatification au sein de laquelle, nous devions diriger l'ensemble de nos leviers sociaux. Bien sûr, l'intérêt suprême a créé des leviers utiles à nos sociétés que ce soit en santé, en éducation et dans différents domaines technologiques. Si notre société de loisirs, c'est ainsi développé, nous lui devons bien. Si nous vivons plus longtemps et en meilleure santé, nous lui devons aussi. Cependant, l'intérêt perd de l'intérêt lorsqu'il devient trop indécent et que cette même indécence devient naturelle. Elle perd tout son sens lorsque son but n'est plus le bien commun, mais plutôt le bien particulier.

Nous assistons actuellement à un certain éveil de nos sociétés. Avec les crises économiques successives, nous avons été à même de constater avec quelle arrogance cette dernière agissait. Dans cette course effrénée à l'enrichissement, les boussoles économiques ont complètement perdu le nord. Pendant que le particulier augmentait son bien, le commun perdait lentement le sien. Il faut bien se l'avouer, en période de richesse, on privatise les profits et en période de crise, on socialise son remboursement. Maintenant que l'ensemble des sociétés riches souffre de dettes excessives, le remède à appliquer est bien sûr de demander à ses sujets de faire les sacrifices appropriés.

Le négativisme, de notre hémisphère droit, nous le réclame chaque jour. Pour notre survie, nous devons abandonner cette idée saugrenue du bien commun ou d'une meilleure répartition de notre richesse. Cette richesse collective, elle n'existe pas! Nous devons tous tenter de l'atteindre individuellement. Au diable, le collectivisme et l'entraide, pendant qu'une douzaine d'enfants meurent chaque minute dans notre monde fantastique, nous devons tenter à tout prix de nous enrichir individuellement. Pendant que le prix des aliments de base augmente et que l'aide humanitaire diminue, le monde doit en faire plus. En faire plus! D'accord, mais pour qui? Ce monde ne se contrôle plus! Heureusement, une jeunesse, remplie d'espoir, a décidé, contre vent et marée, de nous ouvrir le chemin.

Grâce à eux, nous avons vécu le mouvement « Occupy Wall Street ». Très rapidement, le mouvement est devenu contagieux et il s'est propagé à l'ensemble de la planète. Ces indignés se sont élevés contre les abus du capitalisme financier qui détruit tout sur son passage et affame des milliards d'êtres humains. Ce sont maintenant les étudiants québécois qui sonnent les glas de l'éveil québécois. Peu importe la façon, écoutons-les! La bataille a beau sembler être dirigée vers la hausse des frais de scolarité, j'aime la voir plus grande. Comme c'est maintenant le cas dans plusieurs pays, il est temps de prendre conscience que nous sommes 99% de gens qui s'entredéchirent pour leurs choix contre un maigre 1% qui se foutre complètement de ces choix. Ensemble, notre unique choix est maintenant de mettre un terme à cette indécence chronique qui nous tue lentement, en tant que collectivité. Notre devoir est de maintenir ouvert ce débat que notre jeunesse à initié. Notre devoir est de dire : c'est assez!

 

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