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Gouverner, c'est choisir

20/08/2015 10:23 EDT | Actualisé 20/08/2016 05:12 EDT

La crise de confiance face à la classe politique, y compris à l'endroit de nos élus locaux, croît à un rythme effarant depuis quelques années. (Boisvert, 2009) De nombreux électeurs ne se rendent pas ou plus aux urnes, pire, ils ne se sentent plus concernés par ce qui est proposé par nos dirigeants, peu importe le palier de gouvernement. Un nombre grandissant de citoyens estiment que les élus ne servent qu'une tranche de la population et qu'ils font passer leur réélection avant l'intérêt général.

Dans un climat pour le moins austère où le gouvernement réduit drastiquement le nombre de tribunes de réflexion et de consultation, il est impératif de trouver de nouvelles manières d'intéresser la population à la chose politique.

Crise occidentale

Le Québec ne semble pas faire exception à cette tendance occidentale de désintéressement face aux institutions politiques, comme le démontre le taux d'abstention qui croit année après année.

En effet, les récentes études montrent que le taux de participation des jeunes Québécois de 18 à 35 ans aux élections fédérales ou provinciales se situe en deçà du taux de participation global des électeurs. Certes, les jeunes se rendent moins aux urnes, tout de même, on constate un désintéressement généralisé et marqué à l'endroit de la chose politique. Lors des dernières élections fédérales (2011) et provinciales (2012), respectivement 45% et 62% des électeurs âgés de 18 à 24 ans avaient voté. On parle donc d'un taux d'abstention de plus de 50% pour les élections fédérales chez les jeunes!

Si l'on observe ce qui se produit en France, le taux d'abstention aux élections législatives est d'environ 40% alors qu'il était de 15% il y a 30 ans. Pour les élections européennes, c'est 60% des Français qui ne se rendent pas aux urnes. Pire, en 2009, 48% des Français estimaient que la démocratie fonctionnait mal; aujourd'hui, ils sont 70%. (Guibard, 2009)

Même constat du côté américain: dans les années 80 le taux d'abstention aux présidentielles était d'environ 20%, aujourd'hui on parle plutôt de 43%.

Une tendance à combattre

L'une des manières de contrer ce désintérêt, et ce cynisme, est certainement de multiplier les dispositifs et les plateformes de concertation, d'élaboration et de construction des politiques publiques. L'essor de la participation et de l'engagement citoyen constitue un enjeu démocratique majeur, garant de la cohésion sociale et du vivre ensemble.

Plusieurs avancent aujourd'hui qu'il est temps de rénover nos pratiques et moeurs politiques. Notre processus démocratique ne doit plus se résumer à se présenter aux urnes tous les quatre ans. Une avenue de plus en plus populaire: le budget participatif. Cette initiative bien connue en Amérique du Sud et qui émerge en Europe, mais qui, au Québec et en Amérique du Nord, en est à ses premiers balbutiements.

Qu'est-ce qu'un budget participatif ?

D'abord, les citoyens formulent des propositions relevant de l'investissement au sein de la métropole, puis, ils sont appelés à se prononcer pour les propositions émises qu'ils estiment prioritaires. En s'inspirant de ce qui se passe à Paris, les citoyens sont invités à se prononcer directement sur l'affectation de 5% du budget d'investissement de la Ville, notamment via une plate-forme numérique où il est possible de bonifier, modifier et échanger sur divers projets proposés par les citoyens. À titre d'exemple, Paris a investi massivement pour un meilleur partage de l'espace public et pour que les citoyens se réapproprient les espaces urbains: art urbain, rues réservées à des jeux pour enfants, kiosques festifs, etc.

L'information, l'éducation civique et l'intérêt pour la politique sont tous des facteurs décisifs du taux de participation des jeunes. Ainsi, que le citoyen soit au coeur du processus décisionnel via les budgets participatifs permet d'informer la population de l'utilisation des fonds publics, en plus d'offrir une forme d'engagement citoyen rapide, accessible et concrète. Montréal pourrait donc prévoir, à même son budget, une enveloppe visant à permettre aux citoyens de proposer des projets d'envergure pour la métropole, le tout via une plate-forme numérique.

Plus de 500 villes dans le monde, notamment au Brésil, en Inde, en France et en Pologne ont mis en place un dispositif du genre qui permet de se prononcer, d'échanger et de réfléchir sur les investissements municipaux.

Ce projet ambitieux semble concorder avec la vision du maire Coderre qui tente de relancer notre belle métropole en la rendant plus attrayante, plus performante, et ce, tout en prenant un virage numérique sans précédent en Amérique du Nord. Constatant le succès retentissant à l'échelle planétaire, pourquoi ne pas appliquer le budget participatif à l'ensemble de Montréal ?

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