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Entre la droite et la gauche, la laïcité

07/04/2014 01:17 EDT | Actualisé 07/06/2014 05:12 EDT

Je suis Houda-Pépin, Legault et David.

Je l'ai dit, j'ai beaucoup de respect pour ceux qui se lancent en politique. C'est un engagement de tout instant. Dommage que les meilleures intentions sont si rapidement confrontées à la réalité de la guerre, souvent sale et mesquine, dans laquelle ils seront aspirés pour gagner la faveur de l'électorat. Il faut vraiment avoir le courage de vouloir changer les choses, mais aussi une volonté en fer pour maintenir le cap de ses propres convictions pour éviter de tomber dans les pièges tendus par les adversaires - avec lesquels, ironie du sort, ils devront constituer un gouvernement par la suite. C'est une réalité qui laisse un mauvais gout.

De fait, l'aspect majoritaire-minoritaire du gouvernement, et la structure qui « oppose » la majorité à la minorité est, à mon avis, fondamentalement malsaine. Parce que le fait de « s'opposer » sous-entend que tu ne seras jamais d'accord avec celui qui est en face de toi. Même les sièges à la Chambre des communes à Ottawa et à l'Assemblée nationale à Québec, étant placés face à face, semblent être conçus pour que les élus « s'opposent » les uns aux autres.

Dans cette optique, je ne suis pas la seule à avoir trouvé Françoise David intéressante comme politicienne. Elle va à contrecourant en étant solidaire, non seulement avec sa propre plateforme, mais avec le vrai rôle de leader. Durant les débats, elle était presque modératrice en faisant le bilan des réalisations des autres chefs en leur demandant leur opinion avec respect, sans jamais les poignarder dans le but de les humilier. Un leader dirige avec le consensus de ceux qui la suivent, en leur permettant de s'accomplir, de s'actualiser, et de se sentir comme faisant partie de la réussite d'un ensemble. Les trois autres chefs veulent gagner en écrasant l'adversaire. C'est une idéologie de bully. Et avec ça on veut combattre l'intimidation à la petite école! C'est pour ça, à mon avis, que les gens ont qualifié cette campagne comme étant du « lançage de boue », dégradante, insignifiante et tristement semblable aux autres, et que David en est sortie gagnante sur le plan de l'image.

Par contre, il n'y aura pas de compromis sur la langue. Si on se veut un pays, on ne peut pas se permettre de mal parler la langue que l'on dit défendre. En visite officielle au Luxembourg il y a quelques mois, à la question « Pourquoi voulez-vous briser le Canada? », Pauline Marois, première ministre du Québec, a répondu: "On ne veut pas briser rien". De son côté, Philippe Couillard a dit en entrevue qu'on "n'a pas besoin de personne" pour faire des études.

Les doubles négatifs doivent être éliminés de la langue parlée au Québec, entre autres erreurs sérieuses de grammaires, de syntaxe, d'accords, et de genre qui montrent les Québécois sous une lumière plutôt blafarde. Marois a démontré à un auditoire international qu'au Québec on ne respecte pas les règles de grammaire de la langue française qu'on ne cesse d'utiliser comme porte-étendard d'un Québec souverain. En fait on démontre que la province est indigne du statut qu'elle convoite! La langue est une patate chaude au Québec. Sujet « épineux ». Pourquoi? Parce qu'on la parle mal, on le sait, et on ne veut pas qu'on nous mette le nez dedans. C'est tout. C'est plus facile de blâmer l'anglais et les Anglais que d'interrompre son interlocuteur pour lui dire que « à cause que », ce n'est pas du français.

Pour ce qui en est de la langue, Philippe Couillard a dit avec raison qu'il est souhaitable que tous les Québécois possèdent les deux langues, si ce n'est que pour des raisons de travail. Pour ma part je suis née au Québec, mais de parents français de souche européenne. J'ai vécu une grande partie de ma vie aux États Unis. Je n'ai donc pas peur de l'anglais. Au contraire c'est une grande richesse - tout le monde semble être d'accord - que de pouvoir s'exprimer, transiger et explorer le monde dans une autre langue que la sienne, surtout avec ses propres compatriotes! Je suis donc pleinement d'accord avec les Libéraux sur ce point.

Par contre, élire le Parti libéral veut dire élire Gaétan Barette comme ministre de la Santé. Et personne ne respire la santé autant que le docteur Barette! Un opportuniste de la première heure, cet homme opulent à plusieurs égards ne m'inspire pas la compassion. Et c'est lui que vous voulez à la gouverne de la Santé?

Legault a dit qu'il a le cœur à gauche et le portefeuille à droite. Voilà enfin une formule gagnante qui assure en même temps une connaissance profonde de la société distinctement québécoise et le monde des affaires. Enfin un plan économique basé sur le secteur privé, en comprenant les besoins d'émancipation du Québec. Il a bien raison de parler de courage parce que ça va en prendre pour changer les habitudes d'une grande partie de la population québécoise qui en mange encore, du petit pain. La Coalition est aussi ouverte en ce qui concerne l'application de la Charte des valeurs du PQ, et plutôt réfractaire aux accommodements déraisonnables. Et Legault a dit qu'il éliminera la hausse de tarif d'Hydro-Québec? Ça fait mon affaire.

Françoise David a toujours dit qu'il suffirait de taxer les banques un infime pourcentage sur leurs profits annuels pour réussir à éliminer le déficit. « Allons chercher l'argent là où il se trouve! », avait-elle dit lors du premier débat. Elle a tout à fait raison. Sa plateforme est très sensée. Tout le monde l'aime. C'est la dame du peuple. Son problème c'est un parti trop à gauche, et Amir Khadir. Un élu ne peut pas se permettre d'outrepasser son devoir de réserve pour contribuer à une propagande de haine contre un autre pays. Son implication et son soutien au boycott du magasin de la rue St-Denis qui vend des chaussures faites en Israël est absolument inacceptable.

La reine de toutes les politiques au Québec, selon moi, c'est l'indépendante de parti et d'esprit, Fatima Houda-Pépin. On l'attendait à la sortie de la Charte des valeurs québécoises. On l'a attendu longtemps, celle qui s'était levée contre la Charia au Québec. Lorsque finalement elle s'est exprimée, c'était avec aplomb et un raisonnement clair et pertinent qu'elle a confirmé son soutien au maintien d'une société laïque. Et qui sommes-nous, pauvres mécréants bons chrétiens, pour lui dire qu'elle n'a pas raison, alors qu'elle connait sa communauté mieux que nous et qu'elle et plusieurs autres dénoncent le prosélytisme islamique comme une réelle menace pour toutes les sociétés occidentales?

Je suis donc passionnément Fatima, majoritairement François et minoritairement Françoise.

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