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Où sont les jeunes en politique?

Il faut encourager les jeunes à présenter leur candidature aux élections et inciter la population à leur faire confiance.

18/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 18/08/2017 09:00 EDT
FangXiaNuo via Getty Images
Ce qu’il faut, c’est un véritable changement de paradigme, où les jeunes adultes ne sont pas seulement invités à prendre part au processus décisionnel, mais sont aussi appelés à l’incarner!

Le 12 août avait lieu la 18e journée internationale de la jeunesse dont un des domaines prioritaires est la participation effective des jeunes dans la vie de la société et dans le processus de prise de décision. Or, à l'aube des élections municipales qui auront lieu en novembre dans plus de 1100 municipalités au Québec, un constat s'impose : la présence des jeunes dans l'arène politique demeure famélique. En effet, les élus de moins de 34 ans ne représentaient au Québec lors du dernier scrutin, que 8% des élus et ce, bien que l'on ait constaté une hausse de 8% de leurs candidatures depuis 2005. (UMQ, Portrait statistique, Québec, affaires municipales). Au Québec, le pourcentage de personnes âgées de plus de 40 ans siégeant sur la colline parlementaire est de 85% alors qu'elles ne constituent que 52% de la population. D'ailleurs, la moyenne d'âge actuelle des députés de l'Assemblée nationale en fait la 3e législature la plus âgée depuis 1867, alors que 23 parlementaires avaient plus de 60 ans au lendemain des dernières élections (Assemblée nationale).

Les lieux de pouvoir partisans ne sont par ailleurs pas les seuls à être délaissés par les jeunes. On constate, élection après élection que ces derniers boudent aussi les urnes. On assiste à une diminution à ce point importante et constante de la participation électorale de ce groupe d'âge depuis près de 40 ans, que celle-ci suffit à expliquer la diminution du taux de participation globale du vote. La tendance est à ce point lourde qu'on est à même de se demander, non pas si, mais quand on assistera à un déficit de légitimité de nos instances. En effet, combien de personnes doivent ignorer le processus électoral avant que celui-ci ne devienne caduc?

On aurait soi-disant affaire à une jeunesse désengagée, cynique, désintéressée de la chose publique.

Plusieurs causes complexes président à ce désengagement. Or il en est une qui a le dos particulièrement large, soit l'apathie des jeunes à l'égard de la politique. On aurait soi-disant affaire à une jeunesse désengagée, cynique, désintéressée de la chose publique. Pourtant, plus de la moitié des jeunes de 15 à 24 ans et près de 40% des 25-34 ans affirmaient en 2010, faire du bénévolat, comparativement au tiers des personnes âgées de plus de 35 ans (Institut de la statistique du Québec).

Et si les jeunes n'étaient pas indifférents à la chose publique? Et s'ils opéraient tout simplement selon des processus de socialisation politiques différents des générations précédentes, lesquels donnent lieu à de nouvelles formes d'engagements. On pourrait penser que les jeunes s'impliquent et militent seulement différemment, qu'ils souhaitent investir autrement les lieux de pouvoir.

Comme en témoigne la pléthore d'organismes qui défendent et font la promotion de la jeunesse et surtout, la vitalité de ces derniers, que l'on pense entre autres au Forum jeunesse de l'île de Montréal, qui à lui seul, englobe plus de 230 organisations montréalaises et plus de 300 membres individuelles, ou encore à Force Jeunesse pour ne nommer qu'eux. Au début du mois d'août, ce sont plus de 100 jeunes qui sont venus participer à une simulation du Conseil municipal de Montréal, à l'initiative du Jeune Conseil de Montréal en partenariat avec le projet SEUR, alors qu'avait lieu, il y a quelques jours seulement, la 14e édition de l'école d'été de l'Institut de Nouveau Monde à laquelle participaient plus de 200 jeunes engagés.

Mais si ces initiatives qui valorisent l'engagement citoyen des jeunes sont fort louables et si l'on se doit de souligner leur pertinence et leurs efforts, force est de constater qu'il ne s'agit pour la plupart que d'organes consultatifs, lesquels n'offrent aucune garantie de succès quant à la prise en compte concrète des recommandations qui en émanent. Le postulat généralisé selon lequel les jeunes doivent influencer les décideurs est à ce point ancré et si peu remis en question, qu'il devient difficile pour ces derniers d'appréhender le pouvoir autrement, d'envisager de prendre la décision plutôt que de l'éprouver. Cela maintient aussi les décideurs dans une posture d'écoute bienveillante à l'égard de la jeunesse qui distortionne peut-être parfois le rapport de force qui pourrait exister entre eux.

Il ne faut pas oublier que les jeunes sont des citoyens à part entière, qui contribuent activement à la société.

Il ne faut pas oublier que les jeunes sont des citoyens à part entière, qui contribuent activement à la société. Ils sont plus éduqués qu'avant et sont aussi plus nombreux à travailler. Au tournant du siècle, en quelques années seulement, le taux d'emploi chez les jeunes a bondi de plus de 20% (Statistiques Canada). Les jeunes ont aussi une conscience particulièrement accrue des enjeux de leur époque et présentent souvent des solutions novatrices aux problèmes contemporains. Il n'y a donc aucune raison qui justifie que ces derniers demeurent en périphérie des décisions qui se prennent sur le fonctionnement de la société qu'ils habitent. Il faut sortir du vieux réflexe paternaliste qui fait d'eux les leaders de demain. C'est aujourd'hui que le monde en a besoin.

Digression intéressante, bien que la proportion de femmes candidates et élues augmente dans tous les groupes d'âge, celle-ci est particulièrement importante chez les jeunes adultes. Et non seulement les jeunes femmes sont proportionnellement plus nombreuses à poser leur candidature, elles sont aussi plus nombreuses à être élues. En favorisant la présence des jeunes en politique, il semble que l'on favorise aussi, par le fait même, la présence des femmes, lesquelles font encore cruellement défaut dans le milieu. (Portrait statistique, Ministère Affaires municipales, Régions et Occupation du territoire)

Il faut encourager les jeunes à présenter leur candidature aux élections et inciter la population à leur faire confiance. Il faut surtout, chez les décideurs actuels, qu'il y ait une véritable volonté de leur ouvrir les portes de l'arène et que des moyens concrets soient mis en place pour y parvenir. Il faut que les partis formalisent les pratiques qui favorisent la présence des jeunes dans leur rang et qu'ils soient proactifs dans leur recrutement. Ce qu'il faut, c'est un véritable changement de paradigme, où les jeunes adultes ne sont pas seulement invités à prendre part au processus décisionnel, mais sont aussi appelés à l'incarner!

Le 5 novembre, donnons-nous donc le pouvoir.

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